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Allemagne : 3 options pour Merkel après l'échec des négociations

ÉCLAIRAGE - Dans une impasse politique inédite, la chancelière cherche une issue à la crise et joue sa survie politique.

La chancelière Angel Merkel à Berlin (Allemagne) le 29 novembre 2016.
La chancelière Angel Merkel à Berlin (Allemagne) le 29 novembre 2016. Crédit : Michael Sohn/AP/SIPA
Ludovic Galtier
Ludovic Galtier
Journaliste RTL

Jamais dans l'histoire politique de la République fédérale d'Allemagne (RFA) - fondée en 1949 - la situation n'avait été si critique. Près de deux mois après des élections législatives qui ont éclaté le paysage politique, Angela Merkel est dans l'impasse. Si son parti - les conservateurs de la CDU - a remporté le scrutin de septembre, son score décevant, en chute de 8,5 points (33%), empêche Angela Merkel d'avoir les mains libres.

Tard dans la nuit du 19 au 20 novembre, la chancelière, au pouvoir depuis 2005, a fait aveu d'impuissance, constatant l'échec des négociations en vue de la formation d'un nouveau gouvernement mêlant la CDU, les Libéraux et les Verts. "Je déplore que nous n'ayons pu trouver une solution commune", a expliqué la chancelière.

Dans ce contexte politique exceptionnel, le président allemand, Frank-Walter Steinmeier, est sorti de sa réserve, exhortant la classe politique à retourner à la table des négociations. "J'attends de tous (les partis) qu'ils soient disponibles pour le dialogue afin de rendre possible, dans un délai raisonnable, la formation d'un gouvernement".

1. L'option privilégiée : de nouvelles négociations

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Un message tout droit destiné aux Libéraux (FDP), responsables, selon la presse allemande, de cet enlisement par calcul politicien. Christian Lindner, jeune chef du parti conspué pour sa dérive droitière, a, en effet, claqué la porte des discussions, mettant en avant une profonde incompatibilité avec les écologistes (die Grünen), censés eux-aussi intégrer le potentiel quatrième gouvernement d'Angela Merkel.

La Constitution ne fixant pas de délai pour former un gouvernement, la chancelière peut donc respecter la parole du président, en entamant une nouvelle série de négociations. Interrogé par franceinfo, Hans Stark, spécialiste de l'Allemagne, lui prédit le même sort. "C'était une coalition des impossibles", résume-t-il.

La marge de manœuvre d'Angela Merkel est donc limitée. Elle tentera sans doute de se tourner vers son partenaire historique, les progressistes du SPD. Problème : Martin Schulz a répété son refus de participer à une coalition.

2. L'option écartée : un gouvernement minoritaire

Pourtant, le consensus fait partie de l'ADN politique de l'Allemagne depuis sa refondation en 1949. Il est donc impensable pour Angela Merkel, "très sceptique" sur le sujet, de prendre les rênes d'un gouvernement minoritaire, qui mêlerait CDU, CSU et soit les Libéraux du FDP, soit les Verts. Logiquement, elle a jusqu'ici toujours exclu cette option, assurant vouloir un gouvernement "stable".

En attendant la fin de cette phase de transition qui n'en finit pas, le gouvernement est en charge des affaires courantes et ne peut concrétiser aucune grande réforme. Angela Merkel a promis de "tout faire pour que ce pays soit bien dirigé au cours des semaines difficiles à venir". 

3. L'option probable : de nouvelles élections en 2018

Le ciel s'assombrit au-dessus de la vie politique d'Angela Merkel. L'incapacité de la chancelière à fédérer sa droite et sa gauche sur la question de l'immigration ou écologique pourrait signifier le début de la fin de sa carrière à la tête de la première économie européenne. "C'est son échec, cela montre que la méthode Merkel - un pragmatisme sans limite et une flexibilité idéologique maximale - est arrivée à sa fin", indique Der Spiegel. La chancelière ne rend toutefois pas les armes, et s'est déclarée sur la chaîne de télévision allemande ARD prête à être candidate en cas d'élections anticipées.

En cas de blocage persistant, le Président, pour l'heure opposé à cette option, peut en effet organiser des élections législatives anticipées au début de l'année 2018. Les derniers sondages montrent que seule l'extrême droite serait en mesure de vraiment progresser en pareil cas de figure, après son entrée historique au Bundestag avec près de 13% des suffrages.

L'état des forces politiques après les législatives

- La CDU d'Angela Merkel reste la première force du pays, mais avec une hégémonie limitée. Avec 200 députés dans ses rangs sur 709 sièges, le parti conservateur peut compter sur ses 46 homologues de la CSU, allié bavarois de la CDU.

- Le SPD (les progressistes) a perdu son pari en septembre, à savoir mettre un terme au règne d'Angela Merkel. Son leader, Martin Schulz, par ailleurs ancien président du Parlement européen, a mis un terme à la participation de son parti à la coalition CDU-SPD, tant l'attelage droite-gauche est de moins en moins goûté par l'opinion.

- L'Afd (Alternativ für Deutschland), parti absent jusque-là du Parlement, a fait une percée historique avec 94 députés. Angela Merkel a exclu de s'allier avec le parti d'extrême droite.

- Le FDP (les Libéraux) est la quatrième force du pays. Avec 80 députés, ils font, eux aussi, leur entrée au Parlement après quatre années d'absence.

- Les partis d'extrême gauche ferment la marche. Die Linke totalise 69 députés quand les Verts comptent 67 députés.

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2017-11-20 18:09:00
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