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Eric de Montgolfier : "Je suis fier d'être encore debout"

Yves Calvi recevait mardi matin Eric de Montgolfier, l’un des magistrats les plus connus de France. Il vient d’être nommé procureur général de la cour d'appel de Bourges (Cher) après presque 13 ans au poste de procureur de Nice. Cette mutation est en termes hiérarchiques une promotion. Mais Eric de Montgolfier a récemment évoqué « une possible mise à l'écart », avant son départ en retraite prévu en 2013. Il est connu pour avoir lancé l'affaire de match truqué Valenciennes-Marseille en 1993 ce qui a valu de la prison à Bernard Tapie. Ses rapports avec le maire UMP de Nice Christian Estrosi sont tendus. Ce matin sur RTL, Eric de Montgolfier vient dresser son bilan.

micro générique
La rédaction numérique de RTL
et Yves Calvi

Des extraits de l'interview

Vous aviez envie de découvrir le département du Cher ?

"Le Cher, ou ailleurs… Je ne peux pas dire que je suis las de Nice, je suis peut-être un petit peu las de ce que j’y vois, et j’avais envie d’un retour à la République. "
 
Comment abordez-vous le département du Cher et la ville de Bourges dans vos futures fonctions ?
"Paisiblement, mais il semble que j'ai une sorte de don pour faire lever les tempêtes là où je passe alors peut-être que les Berrichons ont vu leurs dernières heures de calme. Je ne suis pas sûr de le souhaiter mais là où il y a du travail je suis prêt à le prendre".
 
Le procureur devient procureur général mais dans une des plus petites cours d'appel de France, cette ville était-elle dans la liste de vos choix, je veux dire en haut de la liste ?
"Il n'y a pas de haut ni de bas, il y a un certain nombre de demandes, il y en avait je crois vingt-sept, vingt-sept postes que je demande depuis déjà plusieurs années. Je ne suis pas certain qu'on ait choisi le plus gros. Ça doit correspondre à une volonté ou peut-être c'était ce qu'il restait."
 
On dit que le maire de Nice Christian Estrosi, le préfet, souhaitaient votre départ ainsi que le président du département Eric Ciotti chargé des questions de sécurité à l'UMP. Etes-vous au courant de ses rumeurs ?
"Ce ne sont pas que des rumeurs, c'est quasiment public. Chacun d'eux, peut être en dehors du préfet, m'ont assuré que non, ils n'y étaient pour rien et monsieur Estrosi  me disait l'autre jour que je ne trouverai aucune trace à la chancellerie d’une intervention de lui contre moi."
 
Il vous a convaincu ?
"Nécessairement puisqu'il me le dit."
 
Il semblerait que vos rapports étaient particulièrement compliqués avec la police Niçoise .Vous trouvez la police municipale de qualité ?
"Oui, elle est sans doute de qualité mais j'ai une espèce d'exigence malsaine qui consiste à souhaiter qu'elle n'intervienne que dans le cadre de la loi. Et nous sommes en désaccord assez profond avec le maire de Nice sur ce point."
 
J'aimerais savoir sérieusement ce que vous avez appris de vos treize années à Nice ?
"(…) Nous ne sommes pas au sud de la France mais juste au nord de la méditerranée ce qui explique un certain nombre de comportements, (…) des traditions un peu différentes de ce que l'on trouve ailleurs. Une difficulté à vivre sainement dans la vérité. Je crois qu'ici trop de gens ont pris l'habitude à la fois de la délinquance et peut être une certaine arrogance de la délinquance."
 
C’est-à-dire un sentiment d'impunité, c'est ça ce qu'on appelle l'arrogance ?
"Oui c'est ne pas craindre d'afficher ce que l'on est. C'est un peu différent, c'est vrai que entre le nord et le sud il y a des différences considérables."
 
Pensez-vous avoir contribué à une justice plus indépendante et faisant mieux son travail ?
"Je l'espère, c'est toujours difficile pour un magistrat de savoir quelle a été son efficacité. Par hypothèse notre efficacité ne se voit pas. Maintenant c'est quand je serai parti qu'on verra si j'ai été efficace.  Beaucoup me promettent que les travers anciens vont revenir au galop, c'est donc qu'ils étaient parti et je m'en réjouis."
 
Vous êtes fier de votre travail ?
"Je suis fier d'être encore debout "
 
A ce point ? Encore debout ?
"Oui c'est treize années difficiles vous savez. Vous êtes une cible permanente, c'est une terre de ragots, de malveillance ici. On ne peut pas faire un pas sans être scruté, dévisagé et puis ça va transformer ce que vous faites, ce que vous êtes. C'est vrai que c'est extrêmement fatiguant."
 
Pouvez-vous dire que vous avez travaillé sans aucune influence politique venant de votre part ?
"Si la question c'est de savoir si je suis  de droite ou de gauche, vous m'aideriez en me disant où je suis. Je constate depuis si longtemps que la droite pense que je suis à gauche et que la gauche  pense que je suis à droite. C'est donc que je suis à ma place. En réalité je crois que la loi est un phare et que ce phare doit éclairer le comportement de chacun y compris celui des magistrats. En ce sens j'ai tenté d'être indépendant pendant toutes ces années, c’est-à-dire d'abord indépendant de moi-même."
 
Pouvez-vous dire aujourd'hui qu'après votre coup de balais dans les réseaux maçonniques de la région, je rappelle qu'ils étaient actifs jusque dans votre tribunal, tout cela est fini ?
"Mais comment voulez-vous que ce soit fini, dès lors que les réseaux s'inscrivent dans la pénombre, ils ont encore de belles années devant eux. Simplement je vois que nombre de maçons sont venus vers moi et m'ont demandé, y compris à la GNF, de les aider à se débarrasser des malfaisants. (…) "
 
Je crois que vous pouvez prendre votre retraite dans le courant de l'année 2013, où comptez-vous vous installer si tel est le cas ?
"Et bien écoutez à Nice. Curieusement mais Nice débarrassé de ma fonction. Ce pays est un pays magnifique, j'ai peur que ses habitants n'en soient pas toujours dignes. Donc je vais essayer d'être des leurs pour leurs montrer qu'on peut être digne de Nice et puis enfin je n'y serai plus procureur."

Chaque jour de la semaine à 8h15, du lundi au vendredi, Yves Calvi propose un entretien avec la personnalité qui fait l'actualité du jour.

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