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Après avoir perdu la tête, Henri IV a retrouvé un visage

C'est le premier roi de France à avoir sa photographie : sur fond de querelle persistante quant à l'authenticité de la tête momifiée d'Henri IV, son visage a été reconstitué à partir des travaux menés par l'équipe du légiste Philippe Charlier. La reconstitution faciale a été présentée mardi dans le cadre prestigieux de l'Hôtel de Soubise, siège du musée des Archives nationales à Paris, à l'occasion de la sortie en librairie d'un livre retraçant l'enquête scientifico-historique qui a abouti à l'authentification de la tête momifiée.

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La rédaction numérique de RTL

Travail minutieux

L'infographiste Philippe Froesch, qui a déjà reconstruit les visages de Simon Bolivar ou de Pierre III d'Aragon, est parti d'images en noir et blanc de la tête scannée pour bâtir un volume général. Pour modéliser la musculature de la face, Philippe Froesch s'est ensuite aidé de tables prédéfinies caractérisant un individu de corpulence moyenne, entre 50 et 60 ans, d'origine caucasienne.

L'épaisseur des tissus mous a été réduite au maximum au niveau  maxillaire, le roi n'ayant plus que cinq dents au moment de son assassinat, le 14 mai 1610. Pour le nez, le spécialiste s'est appuyé sur les travaux de l'unité de contre-terrorisme du FBI.
  
Restait à définir la couleur de la peau, des yeux, des cheveux, la quantité de rides ou encore la pilosité. Autant de détails qui personnalisent le visage. Le résultat "est troublant, tant il est proche de l'iconographie connue d'Henri IV", estiment les auteurs d'"Henri IV. L'énigme du roi sans tête", le journaliste Stéphane Gabet, à l'origine de la redécouverte de la tête, et le spécialiste de l'anthropologie médico-légale, Philippe Charlier.




  
Leur détracteur de longue date, l'historien et journaliste Philippe Delorme a jugé pour sa part que la reconstitution relève davantage d'une "vision artistique que de quelque chose de scientifique". De toutes façons, Philippe Delorme n'en démord pas : pour lui la tête momifiée n'est pas celle du Vert-Galant.
  
"Les doutes sont maintenant levés sur l'identification de la tête d'Henri IV", a pourtant assuré à la presse l'historien Jacques Perot, conservateur général du patrimoine et président de la Société Henri IV, qui a collaboré à l'ouvrage de Gabet et Charlier. Eux, parlent d'"identification certaine" dans le livre à paraître vendredi (La Librairie Vuibert), préfacé par l'historien Jean-Pierre Babelon. 

Querelle de généticiens 


Le livre, à mi-chemin entre le roman policier et le récit historique, avec en particulier un éclairage sur l'épisode mouvementé du sac des tombeaux royaux en 1793 en la basilique Saint-Denis, raconte l'enquête qui a conduit à l'authentification de la tête en 2010.
 
Ses auteurs insistent en particulier sur un des points de contestation soulevés par Philippe Delorme, le fait que la tête n'ait pas le crâne scié, comme c'était généralement le cas pour l'embaumement des rois.
  
"C'est le seul argument valable qui nous a été opposé", a reconnu Stéphane Gabet, ajoutant aussitôt  que "cet argument est démonté point par point" par Bruno Galland (Archives nationales) et Jean-Pierre Babelon.

L'historien Jean-Pierre Babelon, spécialiste du roi Henri IV

  
Après la querelle d'historiens, voilà que  se profile une querelle de généticiens. Philippe Charlier, en collaboration avec une équipe espagnole, a montré en décembre dernier "une relation paternelle directe" entre la tête et du sang réputé avoir appartenu à Louis XVI, son lointain descendant.
  
De son côté,  Philippe Delorme, qui prévoit la publication d'un "livre de contre-enquête" en mai, fait valoir que pour les généticiens français Olivier Pascal et belge  Jean-Jacques Cassiman, cette analyse "n'est pas du tout probante". Ces spécialistes ont aussi montré, explique Philippe Delorme, que l'ADN mitochondrial (lignée maternelle) prélevé sur la tête ne correspond pas à celui d'Anne de Roumanie, une Bourbon.
  
Jugeant cette dernière comparaison "extrêmement hasardeuse", Philippe Charlier estime que l'argument "ne sera acceptable que lorsqu'il sera publié" dans une revue scientifique reconnue.
  
De son côté, Jacques Perot a demandé "solennellement" que la tête, aujourd'hui conservée dans le coffre d'une banque, puisse reposer "à Saint-Denis, lieu qu'elle n'aurait jamais dû quitter".

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