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8 mois après, RTL a visité la centrale de Fukushima

Les autorités japonaises ont ouvert samedi les portes de la centrale nucléaire de Fukushima à un groupe de journalistes, dont Joël Legendre faisait partie pour RTL, pour la première fois depuis le tsunami du 11 mars, voulant ainsi prouver que l'accident nucléaire est désormais sous contrôle. Vêtus de combinaisons intégrales antiradiations, le visage protégé par un masque respiratoire, munis de deux paires de gants, une trentaine de reporters, dont quatre représentants de médias étrangers, ont été conduits à bord de deux autobus jusqu'au site atomique.

Un paysage de désolation


Pour RTL avec un groupe de journalistes étrangers, dont un reporter sur le site des réacteurs, nous avons participé à la première visite à Fukushima, huit mois après l'accident nucléaire, le séisme et le tsunami du 11 mars dernier. Un reportage en zone radio active, sous haute protection politique et policière car la zone est interdite d'accès depuis la catastrophe. Sauf si on y pénètre clandestinement. Ce que l'on a souvent fait ces derniers mois, car même si l'actualité tourne, les souffrances restent. Pourtant cette fois, c'est un voyage officiel que le gouvernement japonais et le gestionnaire du parc nucléaire japonais Tepco, ont co-organisé en espace hyper-sécurisé. 

Reportage qui au départ était interdit aux journalistes femmes, pour des raisons obscures typiques, due a la discrimination des genres que pratique encore l'administration japonaise. Nous avons protesté et finalement obtenu qu'une camerawoman puisse participer à la visite.


Pour entrer sur une centrale nucléaire qui a explosé comme Fukushima, on porte une combinaison blanche de protection, des gants doubles, une double couche de chaussons de plastique sur les chaussures, il faut se couvrir les cheveux, porter un masque respiratoire, et les dosimètres, pour vérifier la radioactivité, et sur le site de la centrale c'est 20 microsieverts par heure a l'entrée de l'usine, 300 devant les réacteurs ! 

Nous sommes d'abord passés devant un emplacement où sont érigées de grandes tentes blanches, entourées de gros sacs noir en plastique contenant du sable. Ce campement contient les équipements et installations nécessaires au processus de décontamination. Près d'elles flottent les drapeaux américain, français et japonais, car les trois pays travaillent en équipe pour cette longue, épuisante et dangereuse décontamination de Fukushima.

Sur place, le décor est assez chaotique. Des camions tordus et renversés, réduits en pièce gisent sur le sol. Les trois-quarts des bâtiments qui recouvraient les six réacteurs sont complétement éventrés. Des tas de gravats les entourent.

Environ 3.000 techniciens travaillent sur le site. Ils œuvrent près de gros conteneurs, et participent aussi à la construction d'un cube de beton qui est utilisé pour stocker des déchets hautement radioactifs, à commencer par les boues, qui sont scellées à l'intérieur de caissons pour le stockage. Pour se protéger des réacteurs tout proches, les techniciens travaillent avec des combinaisons blanche, rouge ou jaune avec des casques.

Un taux de réactivité très important

La visite s'est poursuivie par un passage entre les six réacteurs et l’océan pacifique. Là le taux de radioactivité grimpe jusqu'à 1.000 microsieverts par heure : c'est la dose annuelle maximale imposée en temps normal au Japon.

De gigantesques grues se dressent au-dessus des réacteurs 2 et 3. On se rend bien compte de la violence de l'explosion lorsque l'on est devant eux. Ils ont littéralement été soufflés. Des centaines de conteneurs remplis d'eau contaminée, de couleur bleu et en plastique y sont encore entreposés, en attendant d'être traités.

L'accès aux réacteurs était restreint. Seul un journaliste a pu s'en approcher. Le numéro 1 a été recouvert d'une super-structure protectrice. Le numéro 2 ne présentait pas de dégâts vu de l'extérieur. Le numéro 3, quant à lui, n'est plus qu'une ossature effondrée de ferraille et de béton. Enfin, les dalles de confinement qui entouraient le numéro 4 ont été réduites en bouillie.

A environ 30 mètres des réacteurs, un nouveau système de refroidissement a été installé sur une colline. Il est régi par un centre de commandement où s'alignent de grands écrans de télévision. Vingt-cinq personnes y travaillent, et surveillent notamment les niveaux d'hydrogène dans chacun des six réacteurs (photo ci-dessous).


Et pour cause : le responsable de la centrale de Fukushima nous a expliqué que les réacteurs ne sont pas très sûrs et pas stabilisés, ce qui signifie qu'il reste dangereux de travailler sur le site.

Une démarche opaque

Derrière cette opération de communication, il ressort de cette visite l'impression permanente que le gouvernement cache la vérité aux gens. Nos reportages réalisés lors de cette visite ont d'ailleurs été partiellement censurés par les autorités. Il subsiste une "zone noire", au-delà de laquelle nos stylos, micros et caméras ont été refoulés. L'explication avancée est plutôt curieuse : les autorités japonaises redoutent une attaque terroriste, et ne veulent pas exposer les endroits les plus sensibles du site.

Au-delà de cette censure très ciblée, l'incertitude est toujours aussi grande sur les conséquences de la catastrophe sur la chaîne alimentaire. Les actes du gouvernement dans ce domaine sont quasi-inexistants, ce qui plonge les Japonais dans une colere froide digne, contenue contre l'administration.

Le séisme et le tsunami ont fait près de 20.000 morts et disparus sur la côte. Deux personnes sont mortes sur le site de Fukushima.

Reportage de Joël Legendre, correspondant de RTL au Japon

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