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Hervé Morin : "Nos soldats étaient bien préparés pour leur mission"

Le ministre de la Défense était l'invité d'Elisabeth Martichoux jeudi matin sur RTL. Alors qu'un début de polémique enfle autour de la mort de dix soldats en Afghanistan (notamment autour de leur très jeune âge), Hervé Morin a affirmé que nos militaires étaient "bien préparé à cette mission" et a expliqué qu'une "armée professionnelle est une armée forcément de jeunes". Il a dit ne pas avoir d'information sur d'éventuels tirs alliés fratricides lors de l'embuscade meurtrière.

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Elizabeth Martichoux Journaliste RTL



Ecouter aussi :
- Hommage national aux dix soldats tués en Afghanistan
- Y a-t-il eu erreur de commandement en Afghanistan ?


Elisabeth Martichoux : Bonjour, Hervé Morin.

Hervé Morin : Bonjour

Merci d'être ce matin dans ce studio de RTL. Vous êtes donc revenu de Kaboul hier soir, avec Nicolas Sarkozy. Dans 3h30 débutera aux Invalides une cérémonie hommage national à nos dix soldats tués lundi et mardi en Afghanistan sur le terrain des combats.  vous avez rencontré, hier, à Kaboul, à peu près à l'heure où on se parle d'ailleurs, il y a 24 heures, leurs camarades. Dans quel état d'esprit les avez vous trouvés ?

Vous savez, nos militaires français sont des militaires qui font leur métier avec courage. avec détermination, avec volonté, avec passion, qui savent que le métier des armes peut amener jusqu'au sacrifice ultime. Mais ils sont aussi des hommes déterminés dans leur volonté de mener leur mission. Et donc à la fois, ils sont tristes, ils sont malheureux, comme nous le sommes, et en même temps, ils sont déterminés à continuer leur mission.. Parce que continuer leur mission, c'est rendre hommage aussi à leurs camarades qui sont tombés.

Choqués, pas destabilisés...

Non absolument pas. Je crois qu'ils ont la volonté de continuer la mission pour laquelle ils se sont préparés.

Alors il y a ce choc, qui frappe la France, qui frappe l'armée au premier plan, il y a la compassion. Et puis les premières questions très vite, très nombreuses, suscitées par ce drame, posées parfois par les familles elles-mêmes, on l'a entendu sur RTL

Je verrai les familles tout à l'heure, à partir de 9 heures pour leur donner toutes les explications et tous les éléments d'information que nous avons pour l'instant.

Et elles attendent, en effet, vos réponses.

Oui bien sûr...

Et en premier lieu, dans cette mission, nos soldats - on va reprendre les faits, si vous le voulez bien - étaient postés à l'avant garde d'une colonne composée derrière de l'armée afghane et des forces spéciales américaines. Vous avez entendu peut etre sur RTL d'ailleurs, des parents évoquer l'engagement très récent de leur fils, il y a un an, et poser cette question ouvertement : est-ce qu'ils étaient assez formés pour affronter un ennemi, dont on sait maintenant, monsieur le ministre de la Défense, qu'ils sont maitres dans l'art de la guerre ?

C'est évident que les talibans aujourd'hui qui mènent des actions contre les forces de la coalition, je vous rappelle qu'il y a 39 pays engagés, depuis 2001, que 25 pays de l'Union européenne le sont... Et donc que les talibans depuis 2001 ont changé de technique et de méthode, et qu'ils sont capables aujourd'hui de mener des opérations tactiques beaucoup plus aguerries qu'ils ne le pouvaient ou qu'ils ne le faisaient il y a quelque temps. Et c'est cela que nous payons à travers la mort de nos dix soldats. Nos soldats sont formés pendant des mois, sont préparés pendant des mois avant de partir en Afghanistan

Parfois moins d'un an. Ils avaient 20,21,22 ans

Une armée professionnelle est une armée forcément de jeunes. Une armée de métier et toutes les armées du monde qui sont des armées professionnelles, sont composées d'hommes et de femmes qui sont des jeunes hommes et des jeunes femmes... Ils ont été formés pendant des mois, ce sont des hommes qui participent, qui sont dans un régiment qui est un régiment d'élite, qui est le 8ème RPIMa de Castres et donc ils ont eu toute la formation nécessaire pour cela. Ce qui est évident, c'est qu'avec l'Afghanistan, nous connaissons des opérations militaires qui sont d'un autre ordre, d'une autre violence que tout ce que nous avons connue jusqu'alors.  Et c'est à cela que nous devons nous préparer en réfléchissant, en faisant ce qu'on appelle le "retour d'expérience", c'est-à-dire en tirant les conséquences en matière d'équipement, sur l'accompagnement militaire de nos opérations et des missions qui sont menées en Afghanistan.

Ce que vous allez faire dans les jours qui viennent et d'ailleurs les parlementaires vont vous recevoir en mission d'information et attendent aussi vos réponses.

J'ai proposé, en effet, au président de la commission de la Défense hier d'aller devant la commission parlementaire, et j'irai la semaine prochaine

Alors on revient sur le déroulement des faits, puisqu'on tente de comprendre. C'est bien naturel. Le journal "Le Monde" a recueilli à Kaboul les témoignages de soldats blessés dans l'opération, et qui disent ceci : par exemple, ils déplorent un manque de coordination au niveau du commandement pour l'arrivée des secours et cela expliquerait le nombre élevée de victimes.

Il faut qu'on tire tous les éclaircissements dont nous avons besoin. Ce que nous savons avec certitude, c'est que l'opération a été menée avec une violence extrême, soudaine, que c'était un guet apens qui avait été extrêmement bien organisé.

Qui engageait combien de talibans ?

Il y avait entre 80 et 100 insurgés qui avaient préparé ce guet apens et cette embuscade, et qui l'ont mené avec une violence extraordinaire. Et cette violence a amené très clairement à ce que nous perdions un certain nombre de nos hommes dans les premières minutes des combats

Tous ?

Ca nous ne le savons pas encore, mais très clairement, l'opération avait été réfléchie et elle avait été menée avec cette précision qui fait que les premiers hommes touchés ont été l'adjoint du chef de section, le radio, et le tireur d'élite. Et donc on voit bien que l'opération avait été clairement réfléchie. Sur la suite, dès lors que l'opération était engagée, très rapidement, une section de renforts a été envoyée, puis une seconde.

Très rapidement, c'est-à-dire combien de temps ?

C'est à dire que 15 à 20 minutes après, à partir du camp de base, une section complémentaire est arrivée. à peu près une heure sur le théâtre.

Elle est partie, vous voulez dire, 20 minutes après.

15 à 20 minutes après l'engagement des forces. Une section qu'on appelle "quick reaction force", c'est-à-dire une section de soutien est partie du camp de base et a mis environ entre 40 et 50 minutes pour arriver sur le théâtre. Puis une seconde section est partie.  Puis des moyens héliportés ont été engagés. Mais tout cela nécessitait bien entendu qu'on puisse sécuriser, par exemple, la zone de poser des hélicoptères. Donc les choses ne peuvent pas se faire par un coup de baguette magique.

Autre témoignage troublant. D'après les soldats toujours, interrogés par le monde, des tirs amis, des tirs de l'OTAN, des frappes aériennes auraient mal ciblé, et éventuellement frappé des soldats français.

Nous n'avons aucun élément d'information de la sorte. Ce que nous savons, c'est que nous n'avons pas pu engager les avions F15 qui n'ont pas pu tirer de bombes parce que les forces étaient très imbriquées. Taliban insurgés et forces françaises,  et qu'il y aurait eu bien entendu des dégâts collatéraux considérables si des bombes avaient été engagées. Il y a eu des tirs de canon mitrailleurs d'avions américains qui ont été guidés par des forces spéciales américaines, et nous n'avons aucune information de la sorte nous permettant de considérer que des soldats français sont morts sous le feu d'avions de l'OTAN.

Alors, vous l'avez dit, vous attendez les retours d'expérience. Vous apporterez peut être des réponses plus précises.

C'est ce que nous a demandé le président de la République, de tirer les conséquences et de lui faire des propositions dans les semaines qui viennent.

Le président de la République, dernière question. vous avez voyagé hier avec lui dans l'avion du retour. On sait qu'il avait changé d'avis sur l'engagement militaire en Afghanistan. Il a envoyé des renforts en avril dernier. Est ce qu'il est troublé, est ce qu'il se pose des questions maintenant sur la décision politique ?

Nous sommes en Afghanistan depuis 2001. Nous y sommes par une décision conjointe de Lionel Jospin et de Jacques Chirac, alors président de la République. Nous y sommes pour y défendre la liberté, pour lutter contre le terrorisme et pour aussi participer à notre propre sécurité. parce que le terrorisme est une menace majeure. Nous y défendons aussi les droits de l'homme, la dignité des femmes, la capacité pour l'Afghanistan, enfin, de retrouver la paix, et d'assurer la stabilité dans une partie du monde qui conditionne notre propre sécurité. Et donc la détermination du président de la République est totale. Il faut continuer ce combat, il n'y a pas d'autres solutions que de continuer à mener cette mission, longue, périlleuse, dangereuse, pour assurer la stabilité de l'Afghanistan et la sécurité de l'ensemble des démocraties occidentales à travers la lutte contre le terrorisme...

Merci.

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Le ministre de la Défense était l'invité d'Elisabeth Martichoux jeudi matin sur RTL. Alors qu'un début de polémique enfle autour de la mort de dix soldats en Afghanistan (notamment autour de leur très jeune âge), Hervé Morin a affirmé que nos militaires étaient "bien préparé à cette mission" et a expliqué qu'une "armée professionnelle est une armée forcément de jeunes". Il a dit ne pas avoir d'information sur d'éventuels tirs alliés fratricides lors de l'embuscade meurtrière.
https://www.rtl.fr/actu/herve-morin-nos-soldats-etaient-bien-prepares-pour-leur-mission-843889
2008-08-21 07:50:00