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Hervé Morin : "La vente des Rafale au Brésil est bien partie, mais pas encore acquise" (vidéo)

Le ministre de la Défense répondait jeudi matin aux questions de Jean-Michel Aphatie. Il est revenu sur la confusion régnant au Brésil après le choix de ce pays en faveur du Rafale pour moderniser son aviation. Hervé Morin a indiqué que la vente de trente-six avions de combat était "bien partie" mais pas encore "acquise", précisant qu'il faudrait en tout état de cause "au moins huit à neuf mois de discussions". Mercredi, le gouvernement brésilien a fait savoir que le processus des négociations n'était pas clos, tempérant ainsi l'optimisme des Français.

Jean-Michel Aphatie

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Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Hervé Morin.

Hervé Morin : Bonjour, Jean-Michel Aphatie

Depuis mardi, tout le monde se réjouit, le Brésil va acheter trente-six avions de combat Rafale, c'est sûr. Et puis, hier, dépêche AFP, 17h03 - je lis : "Le ministre brésilien  de la défense, Nelson Jobim, affirme que le processus de sélection entre les offres française, américaine et suédoise n'est pas encore terminé". Alors, où en est-on, Hervé Morin ?

Il faut s'en référer au communiqué qui a été conjoint et publié lors de la visite du Président de la République. Le communiqué dit quoi ? Le communiqué dit que la négociation va s'engager désormais en priorité avec le Rafale, c'est-à-dire en clair, qu'il va y avoir désormais une discussion qui va porter à la fois sur le financement du programme, sur les transferts technologiques, sur le processus industriel, sur les coopérations industrielles, sur le système d'armes parce que quand vous achetez un programme comme celui-ci, c'est un équipement pour trente ou quarante ans, et donc il faut y voir quel système d'armes on y met, quel est le contour de la prestation fournie par l'industriel, c'est-à-dire : est-ce qu'on y met la maintenance, etc. Donc, c'est toute cette discussion qui va avoir lieu.

Pour vous, la vente est acquise, Hervé Morin ?

La vente est bien partie, elle sera acquise le jour où ce sera signé.

Combien de temps ?

Je vous donne un exemple. Lorsque nous sommes allés au Brésil, en décembre dernier, j'ai signé avec Nelson Jobim l'accord de principe concernant les sous-marins ; et la veille du déplacement du Président de la République et du gouvernement, c'est-à-dire le 5 septembre, nous avons signé pour cinq sous-marins (on l'oublie) un contrat majeur et massif avec l'armée brésilienne. Donc, il y a au moins huit à neuf mois de discussions.

Quel est le montant du contrat ?

Le montant du contrat, ça dépendra précisément de ce qu'on y met.

Des négociations. Il se peut qu'il y ait du tirage au sein du gouvernement brésilien, je ne sais pas. Le Président Lula a parlé trop vite, signé trop vite ?

Non, je pense qu'il faut bien voir les choses. La France et le Brésil se sont engagés dans un partenariat stratégique. Ca veut dire quoi ? C'est-à-dire de faire en sorte que sur les grands sujets du monde, la France et le Brésil parlent d'une même voix.

C'est nouveau ça !   

Que ce soit les questions politiques, que ce soit les questions diplomatiques, que ce soit même les questions liées au réchauffement climatique, que ce soit sur la nouvelle gouvernance mondiale, la France et le Brésil parlent d'une même voix.

C'est nouveau  ! Pourquoi le Brésil ? Pourquoi pas l'Argentine ?

Et le Brésil, c'est un des grands pays émergents, c'est la huitième puissance économique du Monde, c'est la grande puissance d'Amérique latine ; et à travers ce partenariat, nous sommes en mesure de pouvoir porter notre influence sur une partie du continent où nous étions absents depuis des années, où seuls les Américains étaient en place.

Peut-on dire puisque l'industrie de l'armement -c'est important en France, Hervé Morin, évidemment - que le sort de l'entreprise Dassault dépende de ce contrat ?

Non, bien sûr que non ! Mais je dois vous dire...

Elle est en difficulté l'entreprise Dassault, cette année.

Une décision d'achat d'un grand programme d'armement pour un pays, c'est la conjonction de deux choses. La première, c'est un produit excellent et il l'est ; et c'est un soutien politique majeur. S'il vous manque l'un des deux, vous ne vendez pas ; et là, aujourd'hui, la France s'est mise en situation à la fois de soutenir politiquement ses industriels et d'ailleurs les chiffres sont là.

Industriels en danger pour l'entreprise Dassault, nous sommes d'accord ?

Non, Dassault est une entreprise qui marche très bien ; et rassurez-vous, il n'y a pas de problèmes en la matière. Je voudrais simplement vous dire une chose, c'est que la France qui était un des grands pays exportateurs, était tombée progressivement depuis le milieu des années 2000. En 2008, nous nous étions fixés 6 milliards d'euros d'exportations, nous avons fait 6,3 milliards ; et cette année, nous ferons encore plus ; et nous sommes en train de retrouver notre place parce que l'équipe France, en quelque sorte, s'est mise en route.

Ces affaires sont complexes ; toutefois, une contrepartie au contrat signé, ou potentiellement signé au Brésil, étonne les spécialistes. Si le Brésil achète les trente-six Rafale, la France s'engage, de son côté, à acheter un avion de transport militaire brésilien le KC-390, c'est précis, alors même que nous sommes, nous Français, engagés dans un programme difficile, coûteux de construction d'un autre avion de transport militaire européen : le A400M ; et les spécialistes se disent : Alors ça, pour articuler tout ça, on ne comprend pas bien comment ça va se passer ?

Les spécialistes que vous devez rencontrer doivent être des spécialistes de petits pieds, excusez-moi de vous le dire !

D'accord !

L'A400M est, en effet, un programme que j'ai sauvé grâce à un travail incessant et permanent auprès des mes partenaires européens pour que nous restions ensemble dans ce programme. Nous l'avons sauvé en juillet dernier.

On devrait en avoir une cinquantaine en 2013.

Nous l'avons sauvé en juillet dernier. Ce programme est un programme de très haut niveau et nous avons besoin au-delà de ce que, excusez moi pour reprendre les expressions des militaires - de ce qu'on appelle une "brouette volante"...

"Une brouette volante" ! C'est excellent...

... C'est-à-dire d'un avion de transport capable de transporter beaucoup, de transporter loin et qui n'ait pas forcément les mêmes niveaux d'équipement que l'A 400 M qui sera un avion de transport tactique et stratégique absolument d'une nouvelle génération. Et grâce à cet accord avec les Brésiliens, nous allons pouvoir construire un nouveau partenariat industriel, donc tout ça est bon aussi pour l'industrie française et européenne.

Combien on achète de brouettes volantes ?

On en achètera entre dix et quinze.

Ca va nous coûter combien ?

Ca nous coûtera en fonction du développement du programme mais c'est un avion qui sera beaucoup moins cher ...

Ce n'est pas très précis comme chiffre, ça, Hervé Morin !

C'est un avion qui n'est pas du même niveau que l'A 400 M. Donc, ce sera un avion plutôt autour de 50 ou 60 millions d'euros comparé à un A 400 M qui en vaut cent, voilà.

Le colonel Kadhafi n'a toujours pas acheté les 14 Rafale qu'il avait promis d'acheter ?

C'est la même chose, ce sont des discussions longues, et ce sont des discussions qui méritent toute la confidentialité nécessaire.

Ah ça pour être confidentiel, c'est confidentiel.

Oui, oui parce que vous ne connaissez pas le contenu des discussions.

C'est ça !La politique rapidement. Vous êtes le leader du Nouveau Centre, Hervé Morin, dans la Majorité. On lisait, hier, dans Le Monde que François Sauvadet, président du Nouveau Centre à l'Assemblée nationale, s'opposait à l'augmentation envisagée du forfait hospitalier de 16 à 20 euros. "C'est inacceptable", disait-il. C'est votre position, Hervé Morin ?

La décision n'est pas encore prise. Les parlementaires du Nouveau Centre ont simplement expliqué qu'un forfait hospitalier de 20 euros multiplié par trente jours, si vous êtes hospitalisé trente jours, ça fait 600 euros, ça fait plus que la moitié d'un Smic, et donc il faut y réfléchir.

Donc, vous êtes opposé à l'augmentation du forfait hospitalier ?

Donc, les parlementaires du Nouveau Centre feront des propositions.

Donc, vous êtes opposé à l'augmentation du forfait hospitalier !

Je vous dis que les parlementaires ont exprimé une position.
   
Vous êtes très diplomatique aujourd'hui.

(rires)
   
La taxe-carbone, 17-18 euros, dit Virginie Garin, de RTL. C'est beaucoup ?

Il faut que cette taxe-carbone soit économiquement pertinente, écologiquement pertinente aussi et qu'elle soit socialement juste. Je vais prendre un exemple très simple. Moi je suis élu d'une zone rurale, j'ai des compatriotes qui sont obligés d'utiliser leur voiture, qui font 50 à 60 kilomètres par jour pour aller travailler dans une usine ou dans une entreprise et pour gagner 1.200 euros par moi. Donc, il fait qu'il y ait une contrepartie qui fasse que pour eux, ils puissent continuer à utiliser leur voiture sans que soit une perte de pouvoir d'achat.

C'est une manière de dire que vous vous faites gronder sur les marchés. On vous parle de la taxe-carbone, en vous disant : non, mais qu'est-ce que vous faites !

Non, non, non... Je vous dis simplement ce que je pense.

Hervé Morin, acheteur de "brouettes volantes" (moi j'aime bien l'expression !) était l'invité de RTL ce matin.

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