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Comment une vidéo YouTube sur Impots.gouv.fr offre vos données à Google

En rendant obligatoire le visionnage d'une vidéo YouTube sur le prélèvement à la source pour déclarer ses revenus, Bercy offre un boulevard à Google pour collecter des données personnelles de millions de Français.

La vidéo expliquant le prélèvement à la source a été visionnée plus de 4 millions de fois en une semaine
La vidéo expliquant le prélèvement à la source a été visionnée plus de 4 millions de fois en une semaine Crédit : Impots.gouv
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Benjamin Hue
Journaliste RTL

À quelques semaines de l'entrée en vigueur du règlement européen sur la protection des données personnelles et en plein scandale Facebook, l'initiative de l'administration fait désordre. Depuis le 11 avril, la direction générale des Finances publiques (DGFiP) oblige les contribuables à visionner une vidéo présentant le fonctionnement du prélèvement à la source pour accéder au site impots.gouv, sur lequel ils peuvent effectuer l'ensemble de leurs démarches fiscales en ligne. Hébergé par YouTube, le clip permet à Google de recueillir des données personnelles auprès de millions d'internautes français. Il a déjà été visionné à plus de 4,5 millions de reprises au 17 avril.

Depuis près d'une semaine, les internautes doivent regarder la vidéo à chaque fois qu'ils souhaitent accéder à leur espace personnel, pour déclarer leurs revenus de l'année 2017 en ligne, par exemple. Pas la peine de rafraîchir sa page ou de redémarrer son navigateur. Jusqu'au 17 avril, il était impossible de passer le tuto gouvernemental sans le visionner pendant au moins soixante secondes. Depuis, il est possible d'accéder directement au site après seulement cinq secondes.

De nombreux internautes ont dénoncé un passage en force de l'administration fiscale. La direction générale des Finances publiques a défendu la démarche sur Twitter en expliquant que "quelques minutes d'attention pour une réforme d'envergure qui va concerner 37 millions de foyers fiscaux et plus de 3 millions d'entreprises" lui semblait "acceptable".

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Google peut enrichir ses profils publicitaires

L'intention de Bercy de faire preuve de pédagogie auprès des citoyens est louable, alors que le fonctionnement du prélèvement à la source demeure flou pour une bonne partie d'entre-eux. Mais la méthode interroge. La direction générale des Finances publiques a choisi d'utiliser YouTube, filiale de Google, pour héberger sa vidéo. Or, pour chaque vidéo diffusée sur la plateforme, le géant américain collecte des données personnelles sur les internautes, relatives à leur utilisation de la plateforme, comme l'historique des recherches, les horaires et la durée des connexions.

La vidéo étant affichée par défaut, le service américain peut collecter les informations de navigation de millions de contribuables, qui n'auront jamais exprimé leur consentement, avec la bénédiction de l'administration. Si la personne est connectée à son compte Google, les informations sont associées aux données collectées les autres services du groupe, comme son moteur de recherche. 

Google peut ainsi retracer leur parcours et connaître les sites qu'ils ont visité en amont et en aval de leur déclaration d'impôts, savoir s'ils sont en avance ou en retard dans leur démarche, voire déduire leur régime fiscal s'ils ont effectué des recherches en rapport à leur situation avant de remplir leur déclaration. Pour rappel, Google anonymise ensuite ces données afin de les mettre à disposition des annonceurs pour qu'ils puissent proposer des messages publicitaires ciblés et permet à chaque utilisateur de contrôler ses paramètres de confidentialité dans la page Mon Compte.

"Aucun risque pour les données fiscales", selon la DGFiP

Comme le relève le site spécialisé Next INpact, Bercy aurait pu mettre en oeuvre des ressources internes pour diffuser ce contenu, mettre à contribution des plateformes françaises comme PeerTube, plus respectueuse de la vie privée des internautes ou, a minima, activer le mode de confidentialité avancé de YouTube qui permet de limiter l'exploitation des données. Le service de communication de Bercy a justifié le choix de YouTube en raison de "sa capacité à supporter un très grand nombre de connexions simultanées", indique Le Point.

La direction générale des Finances publiques a publié un communiqué dans l'après-midi dans lequel elle assure qu'"il n'y a aucun risque de confidentialité sur les données fiscales des usagers dans l'utilisation qui est faite de ces plateformes sociales". La DGFiP rappelle au passage que les sites gouvernementaux utilisent "les coookies à des fins de mesures d'audience uniquement" et qu'ils "n'impliquent aucune transmission d'informations fiscales personnelles".

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2018-04-17 13:33:00
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