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VIDÉO - YouTube censure-t-il les vidéos LGBTQ+ ?

ÉCLAIRAGE - Des vidéastes montrent comment les vidéos YouTube, dont les titres contiennent du vocabulaire LGBTQ+, sont presque automatiquement démonétisées. Il s’agirait d’un biais du système, que YouTube tenterait de corriger.

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Youtube's Biggest Lie Crédit Image : FREDERICK FLORIN / AFP |
Maria Aït Ouariane

Pour un vidéaste, se faire démonétiser sa vidéo peut être une sanction lourde tant elle peut constituer une part de revenu importante pour la survie de sa chaîne YouTube et donc de son travail. Un collectif de youtubeurs s'est réuni afin de démontrer que le site d'hébergement démonétise systématiquement des vidéos dont les titres sont issus du vocabulaire LGBTQ+.

La chaîne YouTube Nerd City a tenté de cerner dans une vidéo de 30 minutes les rouages d'un système opaque. Avec les youtubeurs américains Sealow (PDG de l’entreprise de recherche Ocelot AI), et Andrew (propriétaire de la chaîne YouTube Analyzed), ils ont publié sur la plateforme 15.000 vidéos d'une durée de deux secondes en testant plus de 15.296 mots-clés et ont ainsi élaboré un tableau comparatif, disponible ici

Les vidéos contenant les mots "lesbienne","gay" ou tout autre terme à connotation LGBTQ+, ont été perçues par le robot comme non-conformes aux "consignes relatives des contenus adaptés aux annonceurs". Probablement parce que ces mots sont souvent, à tord, reliés à des contenus pornographiques. Un problème d'algorithme que Google avait corrigé pour la recherche du mot "lesbienne". A contrario, dans l'expérience, les vidéos titrées de la même manière, mais dont ces termes ont été remplacés par "heureux" ou "ami", n'ont pas été démonétisées. 

Les vidéos ont plus de chances d'être monétisées si on remplace quelques mots...
Les vidéos ont plus de chances d'être monétisées si on remplace quelques mots... Crédit : Capture d'écran YouTube / Nerd City

Les questions LGBTQ+ : des questions sociales controversées ?

Pour qu'une vidéo soit monétisée il faut, comme le rappelle YouTube, que celle-ci ne traite pas d'un sujet uniquement pour adulte (sexe, nudité), que son langage soit approprié, qu'elle ne présente pas d'actes dangereux ou pernicieux, que le contenu n'incite pas à la haine, qu'elle ne contienne pas d'armes à feu (excepté pour la chasse) et enfin, que la vidéo ne présente pas de contenus sensibles.

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Dans cette dernière catégorie, sont admis ceux "évoquant des actes terroristes récents, des événements qui ont causé des pertes humaines catastrophiques ou des questions sociales controversées". Les questions LGBTQ+ sont-elles donc des questions sociales controversées pour YouTube ?

#ProudToBe, une campagne mené par Youtube pour la Pride 2017
#ProudToBe, une campagne mené par Youtube pour la Pride 2017 Crédit : Capture d'écran / YouTube

Si l'on en croit la communication officielle du géant américain et ses vidéos de soutien à chaque Marche des Fiertés, YouTube est "gay-friendly". Dans un communiqué, un porte-parole a réagi à un article du site Numérama en affirmant : "Nous sommes fiers de l’incroyable communauté LGBTQ+ sur notre plateforme et nous prenons ces craintes très au sérieux. Nous n'avons pas de liste de mots LGBTQ+ qui déclenchent la démonétisation et nous évaluons constamment nos systèmes pour nous assurer qu'ils reflètent nos politiques sans biais injuste. Nous utilisons l'apprentissage automatique pour évaluer le contenu par rapport aux consignes de nos annonceurs. Parfois, nos systèmes se trompent. C'est pourquoi nous avons encouragé les créateurs à faire appel".

YouTube manque de transparence

C'est justement cet "apprentissage automatique" qui pose problème. Comme le rappelle Nerd City, l'intelligence artificielle peut être mal ou pas assez entraînée (volontairement ou non), dans ce cas-là, le créateur peut effectivement faire appel et ainsi réclamer que sa vidéo soit réévaluée par un être humain. Mais, selon plusieurs témoignages présents dans la vidéo, les youtubeurs concernés ne sont presque ensuite jamais entendus.

Tout l'enjeu se pose donc, en réalité, sur le manque de transparence de l'entreprise. C'est ce que pointent le youtubeur allemand Joergsprave et quelque 23.000 créateurs, réunis sous le nom de FairTube. Ensemble, ils entendent bien s'opposer à la firme pour demander plus de clarté.

Dans une vidéo, le collectif a annoncé vouloir poursuivre en justice YouTube. Leurs décisions arbitraires ne sont pas "légales selon le règlement général sur la protection des données", ont-ils affirmé. En effet, le droit à la portabilité de l'article 15 RGPD, donne le droit aux personnes concernées de "recevoir les données à caractère personnel les concernant, qu'elles ont fournies à un responsable du traitement, dans un format structuré, couramment utilisé".

Un droit dont il estime ne pas disposer ; les vidéastes n'ont pas accès aux détails et informations claires sur, entre autres, la démonétisation. 

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