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Une femme raconte la cruauté des algorithmes sur les réseaux sociaux

Son bébé mort-né, Gillian Brockell doit subir sur les réseaux sociaux des publicités ciblées de jeune maman. Une douleur qu'elle a pris soin de communiquer dans une lettre ouverte à Twitter, Facebook et Instagram.

Les algorithmes ont estimé que son bébé était vivant, alors qu'il est mort-né
Les algorithmes ont estimé que son bébé était vivant, alors qu'il est mort-né Crédit : Unsplash/luis-galvez
ArièleBonte
Arièle Bonte
Journaliste

Le mal que peuvent faire les réseaux sociaux en une lettre ouverte. Gillian Brockell travaille pour le Washington Post Opinion et a publié ce mardi 11 décembre une lettre ouverte adressée à Twitter, Facebook et Instagram, trois plateformes qui font du profit grâce à l'usage des publicités ciblées défilant dans nos fils d'actualité. 

Elle commence ainsi : "Chères entreprises de la Tech, je sais que vous saviez que j'étais enceinte. C'est ma faute, je ne pouvais tout simplement pas résister à ces hashtags sur Instagram comme #30weekspregnant ("enceinte depuis trente semaines", ndlr.), #babybump ("ventre arrondi", ndlr.). Et, je suis bête ! J'ai même cliqué une ou deux fois sur les publicités de vêtements de maternité que Facebook m'a envoyée", écrit d'abord Gillian Brockell. 

Sur ses réseaux, cette dernière a partagé les étapes de sa grossesse. Sa baby shower avec ses amies, le renouvellement de sa garde-robe au fur et à mesure que son ventre s'arrondissait, ses inquiétudes de femme enceinte, quand elle ne sentait pas son bébé bouger dans son ventre et puis ce message, posté le 30 novembre, dans lequel elle annonce que son fils est mort-né. 

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26.000 bébés morts-nés aux États-Unis chaque année

Gillian Brockell s'adresse alors aux réseaux sociaux : "Vous n'avez pas vu les trois jours de silence, une chose peu commune pour une utilisatrice aussi intense que moi ? Et ensuite cette annonce avec les mots-clés 'cœur brisé', 'problème' et 'mort-né' et les deux cents larmes en émoticônes envoyées par mes proches ? Ce n'est pas quelque chose que vous pouvez traquer ?", s'indigne-t-elle. 

En colère, Gillian Brockell ne comprend pas pourquoi après cette fausse-couche, les publicités sponsorisées sur son profil n'ont pas changé. "Vous voyez, il y a 26.000 bébés morts-nés aux États-Unis chaque année, et des millions d'autres dans le reste du monde. Laissez-moi vous dire à quoi ressemble les réseaux sociaux quand vous rentrez enfin chez vous de l'hôpital avec les bras les plus vides du monde, après avoir passé des jours à pleurer dans un lit, après avoir pris votre téléphone pour quelques minutes de distraction avant les prochains pleurs. C'est exactement la même chose que lorsque votre bébé était encore en vie", explique-t-elle avant de citer toutes les marques qui s'invitent dans ses fils d'actualité. 

Les algorithmes ont décidé que vous avez donné naissance à votre bébé

Gillian Brockell
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Chaque réseau social permet pourtant à l'utilisateur ou l'utilisatrice de pouvoir modifier la nature des publicités qu'il ou elle reçoit. Pour cela, raconte encore Gillian Brockell, il faut donner une raison à la plateforme. "Cela ne me concerne plus" devient alors la plus cruelle des phrases à admettre pour une femme qui vient de faire une fausse-couche. 

Pourtant, malgré cette information, "les algorithmes ont décidé que vous avez donné naissance à votre bébé". Et les publicités pour soutien-gorge d'allaitement, conseils pour aider son bébé à dormir ou à grandir envahissent les pages. 

"S'il vous plaît, entreprises de la Tech, je vous implore : si vous êtes assez intelligentes pour réaliser que je suis enceinte, que j'ai donné naissance, alors vous êtes sans aucun doute assez intelligentes pour réaliser que mon bébé est mort". 

Le coût humain du Big Data

Ce témoignage poignant n'est pas passé inaperçu sur Twitter où il cumule près de 50.000 interactions. Il illustre à quel point les algorithmes sont loin d'être parfaits, notamment concernant l'impact qu'ils peuvent avoir sur les être humains qu'ils visent. 

Un professeur de mathématiques a par exemple répondu à Gillian Brockell qu'il allait utiliser son témoignage pour "rappeler aux futurs data scientists que le big data a un vrai coût humain". Une révolution est-elle en marche ?

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Son bébé mort-né, Gillian Brockell doit subir sur les réseaux sociaux des publicités ciblées de jeune maman. Une douleur qu'elle a pris soin de communiquer dans une lettre ouverte à Twitter, Facebook et Instagram.
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2018-12-12 19:01:00
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