3 min de lecture Connecté

Un détecteur de mensonge bientôt testé dans des aéroports de l'UE

Un système capable d'analyser le comportement non-verbal d'une personne, via les micro-expressions du visage, va être testé en Hongrie, en Grèce et en Lettonie pour repérer les menaces potentielles.

Le système iBorderCtrl analyse les expressions faciales pour détecter si un voyageur est sincère ou non
Le système iBorderCtrl analyse les expressions faciales pour détecter si un voyageur est sincère ou non Crédit : Université de Manchester
BenjaminHuepro
Benjamin Hue
Journaliste RTL

Dans certains aéroports de l'Union européenne, vous pourrez bientôt être interrogé par une intelligence artificielle entraînée pour détecter les mensonges. Un système baptisé iBorderCtrl est sur le point d'être déployé dans des postes-frontières en Grèce, en Hongrie et en Lettonie dans le cadre d'un projet pilote de six mois pour assister les agents lors des contrôles à l'immigration en quantifiant la probabilité de tromperie des voyageurs. 

Financé à hauteur de 4,5 millions d'euros par l'Union européenne, le dispositif vise à "renforcer la sécurité" et "accélérer les procédures aux frontières pour les passagers de bonne foi", explique la Commission européenne dans un communiqué. Tous les voyageurs transitant dans l'UE ne sont pas encore concernés. Le système sera seulement utilisé sur des ressortissants non-européens consentants dans un premier temps.

Développé par l'université de Manchester et plusieurs entreprises spécialisées sous le contrôle de la Commission européenne, iBorderCtrl est une sorte de polygraphe virtuel. Le système repose sur une technologie de reconnaissance faciale qui promet de détecter les "biomarqueurs de tromperie", à savoir les expressions et micro-expressions du visage traduisant les mensonges ou les tentatives de dissimulation.

À lire aussi
L'Apple Store des Champs-Élysées ouvre ses portes au public fin novembre Connecté
Apple dévoile en avant-première le nouvel Apple Store Champs-Élysées

"Un regard fuyant vers la gauche ou vers la droite"

À leur arrivée au poste de contrôle, les voyageurs devront fournir les documents officiels originaux (passeport, visa) préalablement renseignés lors de l'enregistrement puis répondre aux questions habituelles sur leur état civil, l'objet de leur séjour ou le contenu de leurs bagages face à une webcam. Ils se verront alors remettre un QR code à scanner sur une machine pour que l'intelligence artificielle analyse les réponses et détermine si elles correspondent avec les expressions faciales observées.

"On ne recherche pas des signes comme le sourire ou le froncement d'un sourcil mais de très petits mouvements comme un regard fuyant allant vers la gauche ou la droite", explique le docteur Keeley Crockett de l'université de Manchester derrière la technologie. Les questions seront personnalisées en fonction du genre, de l'apparence ethnique et de la langue des voyageurs, indique le site de l'UE.

Selon les conclusions du logiciel, les voyageurs se verront attribuer un score de sincérité. Les personnes présentant un risque de mensonge élevé seront orientées vers des agents pour un interrogatoire plus poussé et des examens biométriques complémentaires. Les autres pourront continuer leur chemin selon la procédure habituelle. Le système ne sera pas seul juge de la sélection aux frontières. "Il est là pour donner une indication aux agents", souligne le Dr Keeley Crockett.

Un taux de précision de 75%

Le système iBorderCtrl ne garantit pas un taux de précision de 100%. 32 personnes l'ont expérimenté jusqu'ici, sur la base du volontariat. Les responsables du dispositif revendiquent un taux de reconnaissance des mensonges de l'ordre de 76%. Basée sur le machine learning, l'intelligence artificielle est censée s'améliorer au fil du temps, en apprenant de nouvelles façons de reconnaître le mensonge au contact de chaque voyageur. Les responsables du projet espèrent atteindre un taux de précision de 85% dans les prochains mois en collectant de nombreuses données lors des expérimentations.

L'utilisation de dispositifs automatisés par les autorités soulève de nombreuses craintes dans la communauté scientifique. Ces systèmes présentent un risque de faux positifs, car les machines peuvent faire des erreurs d'appréciation. "Les signaux non-verbaux ne donnent aucune information permettant de savoir si une personne ment. Aucune base scientifique ne prouve l'efficacité de cette méthode", observe Bruno Vershuere, maître de conférence en psychologie légale à l'université d'Amsterdam dans le journal néerlandais De Volskrant.

Des expériences ont démontré par le passé que les systèmes de reconnaissance faciale peuvent être biaisés et alimenter des discriminations relatives au genre et à la couleur de peau. Une étude du M.I.T. Media Lab a montré en début d'année que des algorithmes développés par IBM et Microsoft étaient capables de trouver le genre d'une personne de couleur blanche avec 99% de réussite mais que le taux de précision dégringolait à 21% à 35% pour les personnes à la peau foncée. 

La reconnaissance faciale a livré une nouvelle illustration de ses biais lors d'une expérimentation menée au printemps par la police locale. 98% des personnes déclarées comme "suspects" par le logiciel l'auraient été par erreur. Enfin, il existe un risque que le logiciel soit contourné par des voyageurs préalablement entraînés à le tromper, comme avec un polygraphe classique.

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Connecté Aéroport Sécurité
Restez informé
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants
article
7795448635
Un détecteur de mensonge bientôt testé dans des aéroports de l'UE
Un détecteur de mensonge bientôt testé dans des aéroports de l'UE
Un système capable d'analyser le comportement non-verbal d'une personne, via les micro-expressions du visage, va être testé en Hongrie, en Grèce et en Lettonie pour repérer les menaces potentielles.
https://www.rtl.fr/actu/futur/un-detecteur-de-mensonge-bientot-teste-dans-des-aeroports-de-l-ue-7795448635
2018-11-06 07:38:23
https://cdn-media.rtl.fr/cache/Jip0TT6iEdr4oSDVBnxEeg/330v220-2/online/image/2018/1105/7795450373_le-systeme-iborderctrl-analyse-les-expressions-faciales-pour-detecter-si-un-voyageur-est-sincere-ou-non.JPG