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Tadata, l'application qui veut payer les jeunes en échange de leurs données personnelles

Lancée fin janvier, l'application Tadata propose aux 15-25 ans de gagner de l'argent avec leurs données personnelles pour réintroduire de l'équité dans le fonctionnement du Web, relançant le débat sur la patrimonialité des données.

L'application Tadata propose aux 15-25 de vendre les données personnelles de leur choix à des annonceurs triés sur le volet
L'application Tadata propose aux 15-25 de vendre les données personnelles de leur choix à des annonceurs triés sur le volet Crédit : Tadata
Benjamin Hue
Benjamin Hue
Journaliste RTL

Ces derniers jours, un certain nombre d'internautes ont vu fleurir ce type de message sur leur téléphone : "Arrête de te faire voler par les géants d'Internet : gagne de l'argent avec tes données personnelles !". Derrière cette promesse alléchante, synonyme d'argent de poche facile, on retrouve l'application Tadata. Lancée le 31 janvier par deux entrepreneurs du monde de l'éducation, elle propose de rémunérer les 15-25 ans en échange du partage de leurs données à caractère personnel.

"Tous les jours, les acteurs d’internet utilisent tes données personnelles à ton insu et se font de l’argent sur ton dos", explique l'application sur son site. Partant de ce constat, Tadata invite les jeunes à dire "stop" et à rejoindre la "data révolution" pour "remettre un peu d'équité dans ce système à sens unique" et toucher eux aussi "une part du gâteau" pour "mettre un peu de beurre dans les épinards".

"Nous avons longtemps travaillé dans une agence de communication spécialisée dans l'enseignement supérieur et nous avons observé le système que tout le monde connaît, la captation et l'exploitation permanente des données qui se font sur le dos des jeunes lorsqu'ils surfent sur Internet, expliquent à RTL.fr Alexandre Vanadia et Laurent Pomiès, cofondateurs de Tadata. Comme ils sont l'une des populations les plus fragiles financièrement, on s'est dit qu'il ne serait pas idiot de proposer un système parallèle équitable sur la base du volontariat pour leur apporter un complément de revenu".

De 3 à 5 euros minimum par donnée exploitée

L'application, qui revendique déjà plus de 1.500 inscrits, propose à ses "data killers" de choisir les informations personnelles qu'ils souhaitent lui confier. Les utilisateurs doivent pour cela remplir un premier questionnaire sur leur niveau d'études et leur orientation professionnelle pour s'inscrire. Ils reçoivent ensuite des questionnaires thématiques sur leur style de vie, leurs centres d'intérêts, leurs usages des technologies ou leurs loisirs auxquels ils ont tout le loisir de répondre ou non. Tadata promet de ne pas les interroger sur des sujets sensibles comme la politique, la santé ou la religion.

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Tadata fait ensuite l'intermédiaire pour trouver des annonceurs intéressés par leurs données. Avec une promesse à la clé : gagner 3 à 5 euros minimum à chaque fois qu'elles seront exploitées. "Selon ce que l'on a facturé aux annonceurs, après avoir enlevé les frais de structure et les frais humains, on ne garde systématiquement qu'une part inférieure à celle que touche l'utilisateur", promettent les entrepreneurs. Sur cette base, un jeune peut espérer toucher entre 3 et 30 euros par mois, en fonction des données qu'il fournit et des annonceurs intéressés. Les paiements s'effectuent sous la forme de virements ou de cartes cadeaux, via un partenariat avec la société Wedoogift.

L'application promet de ne travailler qu'avec des annonceurs vertueux, "qui comprennent que le système actuel est tout sauf équitable et souhaitent s'engager dans une démarche plus responsable plutôt que d'acquérir des données sauvages". Une fois qu'une entreprise dispose de la licence d'utilisation des données d'un utilisateur, ce dernier est informé sur l'application qu'il est susceptible d'être contacté par celle-ci et peut suivre le parcours des données. Alexandre Vanadia et Laurent Pomiès promettent que les données fournies aux annonceurs sont limitées aux besoins réels de leur activité et l'usage qu'ils entendent en faire selon le cadre fixé par le règlement général européen sur la protection des données (RGPD).

La Cnil alertée par une association

La recherche d'équité est régulièrement mise en avant dans la promotion du projet de Tadata. "Nous voulons faire prendre conscience aux jeunes qu'ils sont exploités et essayer de proposer aux annonceurs une démarche plus responsable", insistent ses fondateurs. Mais l'initiative est déjà sujette à controverse. L'association Internet Society France a alerté la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil) après avoir constaté un certain nombre de points en contravention avec le RGPD. Selon elle, le type de données collectées, la durée de leur conservation, la définition des annonceurs vertueux à qui elles sont revendues ne sont pas assez clairement précisés et le recueil du consentement clair et éclairé des utilisateurs ne serait pas suffisamment explicite.

L'entreprise se défend en expliquant avoir consulté plusieurs anciens membres de la Cnil et des conseillers en propriété intellectuelle avant même de coucher la première ligne de son business plan. "On comprend le combat et la posture de l'Internet Society, moins la démarche, car ils ne nous ont jamais contacté pour nous dire ce qu'ils attendaient de nous. On reste ouvert à toutes les recommandations qui pourraient nous êtres adressées pour améliorer le système. Mais si c'est une question d'idéologie, on rentrera dans le débat de la patrimonialité des données", préviennent les entrepreneurs.

Les données, un patrimoine comme les autres ?

À l'instar du cercle de réflexion Génération Libre, qui avait émis l'idée fin 2018 que les données personnelles fassent l'objet d'un droit à la propriété en permettant aux internautes de choisir celles qu'ils souhaitent vendre en ligne et celles qu'ils souhaitent préserver, quitte à payer pour accéder à des services gratuits jusqu'ici, Tadata estime que la patrimonialité des données est inéluctable. "On a vu les polémiques et les discours comme quoi les données, c'est comme les bras, on ne devrait pas pouvoir les vendre. Sauf que les bras ne sont pas exploités tous les jours. Aujourd'hui, c'est le Far West, on veut réintroduire de l'équité. On anticipe une évolution législative à venir qui serait plus saine à nos yeux".

À l'inverse, l'Internet Society France et les opposants à la mise en place d'un système patrimonial estiment que les données personnelles ne devraient pas faire l'objet de transactions commerciales car elles procèdent d'un droit fondamental et qu'un tel système pourrait accroître les inégalités entre les individus les mieux dotés en patrimoine, qui pourraient s'affranchir de l'exploitation de leurs données, et ceux qui n'ont pas les moyens de s'offrir cette vie privée.

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