3 min de lecture Espace

Spoutnik ou comment la Russie a surpris sans le vouloir les États-Unis

PODCAST - Le 4 octobre 1957, les Soviétiques lancent le premier satellite artificiel, Spoutnik I. Alors que Nikita Khrouchtchev dort, l'Occident est fasciné, avant de prendre peur. Et l'URSS sait en profiter.

Micro RTL générique La tête dans les étoiles 2019 Sophie Joussellin iTunes RSS
>
La tête dans les étoiles du 15 juillet 2019 - Spoutnik Crédit Image : TASS / AFP | Crédit Média : RTL | Date :
La page de l'émission
Sophie Jousselin
Sophie Joussellin
édité par Paul Turban

Dans la course à l'espace, l'URSS tire la première. Mais le début de la conquête spatiale est passé curieusement presque inaperçu aux yeux du pouvoir soviétique. L'empire communiste réussit ses premiers tirs de missiles intercontinentaux, bien plus importants stratégiquement aux yeux de Nikita Khrouchtchev que le lancement de Spoutnik le 4 octobre 1957. Et le maître du Kremlin n'apprécie pas tout de suite l'événement à sa juste valeur. 

"Il est en voyage officiel, il est à Kiev [Ukraine, ndlr], explique Pierre Baland, auteur de De Spoutnik à la Lune. Khrouchtchev est prévenu du succès alors qu'il est pratiquement minuit. Et ce n'est que le lendemain matin, quand il apprend les réaction de l'Occident, qu'il tape du point sur la table en disant : 'Il faut que je rentre à Moscou' et qu'immédiatement on en face un objet de propagande."

Si le signal strident du compagnon de voyage, "spoutnik" en russe, ne perturbe pas le sommeil de Khrouchtchev, la petite boule métallique flanquée de ses quatre antennes hystérise immédiatement la planète. 

Déferlante médiatique occidentale, sommeil russe

À lire aussi
Neil Armstrong, le premier homme a avoir marché sur la Lune en juillet 1969 La tête dans les étoiles
Mission Apollo 11 : les dessous de l'extraordinaire aventure de Neil Armstrong

Vite repéré par les radios amateurs, Spoutnik est en Une de tous les journaux dès le lendemain matin. "Les Russes ont lancé la première Lune artificielle" titre le Washington Morning News. "L'aire interplanétaire est lancée" pour Le Parisien

En revanche, la Pravda, l'organe du parti communiste soviétique, ne consacre que quelques lignes à l'événement en première page. Face à cette déferlante médiatique internationale, le Kremlin prend la mesure de "l'effet Spoutnik". 

Le réveil russe et Khrouchtchev propagandiste

Selon Pierre Baland, "l'URSS saisit la balle au bond je dirais, ou le satellite au bond. Et à partir du 6 octobre, la Pravda reprend l'événement, mais cette fois-ci sur 4 colonnes à la Une pour présenter cet événement comme le plus important du siècle. À partir de là, c'est effectivement un grand coup de propagande." 

La page de couverture du journal soviétique Pravda après le lancement du premier satellite au monde Spoutnik I, le 6 octobre 1957
La page de couverture du journal soviétique Pravda après le lancement du premier satellite au monde Spoutnik I, le 6 octobre 1957 Crédit : FILES PRAVDA / AFP

"Khrouchtchev est un homme de théâtre, ajoute encore l'auteur. C'est un comédien, il fait de l’esbroufe. Et il sent immédiatement le sentiment à la fois d'admiration et d'inquiétude et il devient sur tous les terrains du monde le principal propagandiste de cette propagande spatiale, qui est l'un des principaux outils de diplomatie de l'Union soviétique." 

Les États-Unis, de la fascination à la crainte

Aux États-Unis, le lancement du satellite attise d'abord la curiosité, voire l'admiration. Les spécialistes se relaient sur les plateaux de télévision, où ils tracent sur des cartes la ronde sans fin du Spoutnik. "En ce moment, il est au-dessus de la Nouvelle-Zélande, explique en anglais un commentateur dans un document d'archive. Dans 24 minutes, il passera au-dessus de Santiago du Chili. Et dans 50 minutes, il survolera l'Espagne."

Mais peu à peu, l'inquiétude gagne l'opinion américaine, qui se croyait hors d'atteinte de l'ennemi communiste. "C'est la preuve que l'Union soviétique est beaucoup plus en avance qu'on le pensait, raconte Pierre Baland. Et tout le monde fait le rapprochement : s'ils sont capables de lancer des objets qui ne retombent pas sur le sol, ils peuvent a fortiori lancer des objets qui retomberaient sur le territoire américain."

L'Amérique se déchire

Quatre jours plus tard, le président Eisenhower annonce en conférence de presse que le petit satellite ne l'inquiète pas d'un iota. Mais Spoutnik déchire déjà les hommes politiques américains. L'opposition démocrate prend le contre-pied du président républicain. Le sénateur Hubert Humphrey dénonce l'humiliation subit pas les États-Unis. "Une humiliation politique et scientifique" pour le démocrate.

Spoutnik tourne 92 jours autour de la Terre. L'URSS enfonce le clou le 3 novembre suivant en envoyant le premier être vivant, la petite chienne Laïka. 

Tout l'été sur RTL, retrouvez "La tête dans les étoiles" à 8h15 du lundi au vendredi.

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Espace Guerre froide Futur
Restez informé
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants
article
7798028065
Spoutnik ou comment la Russie a surpris sans le vouloir les États-Unis
Spoutnik ou comment la Russie a surpris sans le vouloir les États-Unis
PODCAST - Le 4 octobre 1957, les Soviétiques lancent le premier satellite artificiel, Spoutnik I. Alors que Nikita Khrouchtchev dort, l'Occident est fasciné, avant de prendre peur. Et l'URSS sait en profiter.
https://www.rtl.fr/actu/futur/spoutnik-ou-comment-la-russie-a-surpris-sans-le-vouloir-les-etats-unis-7798028065
2019-07-15 08:44:00
https://cdn-media.rtl.fr/cache/g649tv3ZCJKQB_S_UvCZBA/330v220-2/online/image/2019/0712/7798028181_spoutnik-i-lance-par-l-urss-de-baikonur-kazakhstan-le-4-octobre-1957.jpg