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Quand Facebook prévoyait le pire en 2016 : "Il est possible que cela coûte des vies"

L'image de Facebook est à nouveau écornée par la fuite d'une note interne de 2016 dans laquelle un dirigeant du groupe assure que tous les moyens sont bons pour connecter les gens entre eux.

Facebook est impliqué dans un scandale sans précédent sur l'utilisation des données de ses utilisateurs
Facebook est impliqué dans un scandale sans précédent sur l'utilisation des données de ses utilisateurs Crédit : AFP
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Benjamin Hue
Journaliste RTL

Déjà mise à mal par l'utilisation abusive des données de ses utilisateurs par la société Cambridge Analytica, l'image de Facebook est de nouveau écornée par la fuite d'une note interne datant de deux ans dans laquelle un cadre dirigeant de l'entreprise affirme que le réseau social doit tout faire pour soutenir sa croissance, quitte à faire encourir des risques à ses utilisateurs. Révélé jeudi 29 mars par le site internet Buzzfeed, ce texte datant de 2016 présente à certains moments Facebook sous un angle particulièrement cynique. Il est attribué à Andrew Bozworth, cadre dirigeant en charge de la division matérielle du groupe, considéré comme un proche du fondateur de Facebook, Mark Zuckerberg. 

Intitulée "The Ugly", la note a été rédigée juste après la mort d'un homme abattu à Chicago en avril 2016 pendant qu'il diffusait une vidéo en direct sur Facebook Live. En proie à des problèmes de modération de ses contenus diffusés en temps réel, le réseau social venait également d'essuyer un coup d'arrêt dans son projet de conquête de l'Inde et voyait poindre les premières accusations de manipulation des sujets politiques aux États-Unis via sa rubrique "tendances". Le texte visait à faire le point sur le rôle de Facebook et à motiver les employés de la firme dans cette période de turbulences.

"Tout le travail que nous faisons pour améliorer la croissance est justifié"

"Nous connectons les gens", martèle Andrew Bozworth à plusieurs reprises. Le dirigeant souligne certains aspects positifs de ces connections qui permettent aux membres du réseau social de "trouver l'âme sœur" ou "d'éviter un suicide", par exemple. Il envisage aussi le pire. "Il est possible que cela coûte des vies en exposant les personnes au harcèlement. Il est possible aussi que quelqu'un meure dans une attaque terroriste coordonnée à travers nos outils", souligne-t-il. Andrew Bozworth décrit ensuite ce qu'il appelle "la vérité crue" derrière Facebook. "La vérité crue est que nous croyons tellement au rapprochement des individus que tout ce qui peut nous permettre de connecter plus de gens entre eux et le plus souvent possible nous semble de facto bon".

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Le texte insiste sur la détermination dont l'entreprise doit faire preuve pour continuer de croître. Il explique que le monde n'est pas connecté par nature, qu'il est fragmenté par les frontières et les langues et que cela génère une multiplication des outils visant à connecter les gens. Dans ce contexte, "les meilleurs produits ne gagnent pas. Ceux que tout le monde utilise l'emportent", affirme la note. Et pour sortir vainqueur de cette compétition, les questions éthiques doivent être secondaires. 

"C'est pourquoi tout le travail que nous faisons pour améliorer la croissance est justifié", poursuit le mémo. "Toutes les pratiques douteuses d'importation de contacts. Toutes les subtilités qui aident les gens à rester accessibles à leurs amis. Tout le travail que nous faisons pour apporter plus de communication. Le travail que nous aurons probablement à faire en Chine un jour ou l'autre. Tout cela", énumère-t-il, dans une sorte d'inventaire à la Prévert des dossier brûlants qui attendent l'entreprise. Sans cette stratégie, Facebook n'aurait jamais atteint sa dimension, en dépit de ses excellents produits, assure-t-il.

Mark Zuckerberg assure qu'il n'était pas d'accord

Sur le coup, le texte n'aurait pas vraiment eu l'effet escompté. "C'était l'un des posts les moins populaires et les plus controversés de Bozworth", a confié un ancien employé à Buzzfeed. Deux ans plus tard, son auteur a tenu à prendre ses distances avec le mémo. "Je ne suis pas d'accord aujourd'hui avec ce texte et ne l'étais même pas lorsque je l'ai écrit", a-t-il indiqué à l'AFP. "L'objet de cette note, comme de beaucoup d'autres que j'ai rédigées en interne, était de faire remonter des sujets qui méritaient, à mon avis, plus de discussions de façon plus large au sein de l'entreprise", explique l'auteur.

Interrogé par l'AFP, Mark Zuckerberg a présenté son collègue comme un leader talentueux mais tenant des propos parfois provocateurs, parmi lesquels ce mémo. "C'est l'un de ceux avec lequel le plus de gens chez Facebook, y compris moi, sont le plus en désaccord", a précisé le fondateur du réseau social. "Nous n'avons jamais pensé que la fin justifie les moyens. Nous reconnaissons que connecter les gens n'est pas en soi suffisant. Nous avons aussi besoin œuvrer pour rendre les gens plus proches les uns des autres", a-t-il tenu à tempérer.

Un scandale sans précédent

La divulgation de cette note intervient à un moment délicat pour Facebook, mis en cause dans l'utilisation des données de 50 millions d'utilisateurs de Facebook par la société de conseil britannique Cambridge Analytica, qui a travaillé à la campagne électorale du président américain Donald Trump en 2016. Mark Zuckerberg est sommé de s'expliquer devant la Justice des deux côtés de l'Atlantique pour prouver qu'il n'a pas trompé les consommateurs en partageant leurs données personnelles sans leur consentement. 

Pour apaiser les critiques, Facebook a annoncé des mesures (dont certaines visent seulement à mettre l'entreprise en conformité avec le règlement européen sur la protection des données personnelles) pour rendre ses paramètres de confidentialité plus facile à appréhender par ses membres. Pendant ce temps, les appels à quitter le réseau social se multiplient. Et l'affaire a déjà contribué à réveiller la conscience de nombreux utilisateurs sur l'immense quantité de données personnelles hébergées par les serveurs de Facebook.

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