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Pourquoi il faut se méfier de Vero, le "vrai" réseau social dont tout le monde parle

Ce nouveau réseau social qui caracole en tête de l'App Store promet de ne jamais afficher de publicités et de ne pas surveiller ses utilisateurs. Mais le profil de son fondateur et ses conditions d'utilisation interrogent.

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Pourquoi il faut se méfier de Vero, le "vrai" réseau social dont tout le monde parle Crédit Image : Vero | Crédit Média : Marie-Pierre Haddad | Durée : | Date : La page de l'émission
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Benjamin Hue
Journaliste RTL

Difficile de passer à côté. Si vous vous êtes connecté à Internet cette semaine, vous avez certainement entendu parler de Vero au détour d'un tweet ou d'un article. C'est le réseau social dont tout le monde parle sur les réseaux sociaux et sur Google depuis quelques jours. Lancée il y a deux ans par l'homme d'affaires libanais Ayman Hariri, l'application engrange subitement les nouveaux adeptes à un rythme fulgurant.

Mardi 27 février, elle caracolait en tête du classement des applis les plus téléchargées sur l'App Store et figurait en bonne place dans le top 20 du Play Store d'Android. Selon l'un de ses fondateurs sur Twitter, elle aurait gagné plus de 600.000 utilisateurs en l'espace de 24 heures.

Une ascension vertigineuse qui pousse déjà certains médias à l'imaginer faire de l'ombre à Facebook et Instagram dans un futur proche. Deux géants du Web dont elle entend clairement se démarquer pour attirer les utilisateurs déçus par leur évolution.

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La promesse : pas d'algorithmes de tri, pas de trackers, ni de publicité

Frustré par l'expérience des réseaux sociaux existants, Ayman Hariri a voulu créer un "vrai réseau social". Vero ("vrai", en italien) prétend offrir une alternative innovante aux plateformes classiques coupables, à ses yeux, de faire passer leurs intérêts avant ceux des internautes. Le manifeste de l'application déplore le règne des algorithmes chargés de trier les contenus qui sont présentés aux utilisateurs pour augmenter le taux d'engagement des plateformes. 

À mi-chemin entre Facebook, Instagram, Twitter et Pinterest, Vero permet de partager tout type de contenus (surtout visuels) avec sa communauté et fournit des outils pour contrôler facilement l'audience des publications. Mais Vero défend les relations comme dans la vie et assure que son fil d'actualité restera chronologique. Ses fondateurs promettent de ne jamais "manipuler" le fil d'actualité des utilisateurs avec des calculs informatiques. 

Vero promet aussi de n'afficher aucune publicité pour se rémunérer et de ne pas exploiter les données personnelles pour surveiller ses utilisateurs. En contrepartie, elle prévoit de leur faire payer un abonnement annuel dont le montant n'a pas encore été annoncé. Peut-être le prix de quelques cafés, indiquait CNBC l'an passé. Des comptes professionnels et des partenariats avec des célébrités sont également envisagés.

L'emballement : un coup marketing réussi

Cantonnée à un écho confidentiel depuis son lancement, Vero suscite depuis peu un engouement aussi spectaculaire qu'inattendu. C'est le résultat d'une campagne marketing lancée en fin d'année dernière. La popularité de l'application a explosé après que plusieurs utilisateurs influents d'Instagram ont annoncé à leurs abonnés qu'ils avaient créé un compte sur Vero. 

On ignore s'ils ont été rémunérés pour cela où s'ils ont été sensibles aux arguments de l'application. Le poids grandissant de la publicité et le tri algorithmique des publications sont deux griefs récurrents des utilisateurs les plus assidus d'Instagram. Certains influenceurs ont mis en avant cette dimension en expliquant leur choix.

Début janvier, la presse américaine a commencé à évoquer une migration massive d'utilisateurs d'Instagram vers Vero. Les créateurs de l'application en ont ensuite profité pour indiquer que l'accès au service serait gratuit à vie pour le premier million d'utilisateurs inscrits. Les suivants devront s'acquitter d'un forfait annuel. 

Alimentés par la peur de rater quelque chose d'essentiel, les internautes se sont alors précipités pour ouvrir un compte. Vero n'était visiblement pas prêt à faire face à un tel engouement. L'application rencontre des problèmes d'accès et de stabilité depuis quelques jours.

Le hic : des zones d'ombres qui sèment le trouble

Vero est loin d'être la première application à essayer de damer le pion aux réseaux sociaux établis. Avant elle, Peach, Ello, Stolen, Peeple, à un degré moindre Mastodon, ou Sarahah ou également connu leur quart d'heure warholien avant de retomber dans l'oubli pour diverses raisons. Déjà critiqué pour le profil de son fondateur et sa politique de confidentialité, Vero n'est pas parti sur les meilleures bases pour réussir son pari.

Les règles d'utilisation de l'application ne la distinguent pas vraiment de ses concurrents. Vero est autorisé à recueillir les noms, prénoms, téléphones, mails et positions de ses utilisateurs. Elle collecte automatiquement les données de connexion (IP, pages visitées) et s'offre aussi le droit de conserver tout message envoyé à travers son service. Le numéro de téléphone est requis pour créer un compte et il n'est pas possible de le modifier ensuite.

Ces informations peuvent être utilisées afin d'améliorer le service mais aussi pour "personnaliser les contenus et informations visibles sur l'application" et pour "des services publicitaires". Deux leviers que les fondateurs de l'application assurent ne pas vouloir actionner dans leur manifeste.

Un bon point pour Vero cependant. L'association française Exodus Privacy n'a débusqué que 7 "mouchards" et 16 permissions au sein de l'application. Des outils utilisés par Facebook et Google pour réaliser des statistiques et des accès a priori nécessaires au bon fonctionnement de l'application. 

Enfin, la personnalité de son fondateur interroge. Ayman Hariri est le fils de l'ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri. À la tête d'une fortune estimée à 1,3 milliard de dollars, il fut un temps aux affaires de l'entreprise familiale Saudi Oger, le géant du BTP basé en Arabie-Saoudite. En faillite, cette dernière n'a toujours pas réglé les dizaines de millions d'euros d'arriérés de salaires qu'elle s'était engagée à payer à ses anciens salariés. La société est aussi accusée d'avoir réduit en esclavage certains travailleurs.

Ces zones d'ombre ont semé le trouble chez un certain nombre d'utilisateurs. Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes ont fait part de leur intention de désinstaller l'application. Mais la validation du support utilisateur de Vero est nécessaire pour supprimer son compte. Sur l'App Store et le Pay Store, la note de l'application ne dépasse pas 2,5/10 et les commentaires négatifs s'accumulent. Pas le meilleur présage pour la suite.

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