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On ne vivra jamais après 125 ans mais rien n'empêche de se faire cryoniser entre-temps

MORTELS POUR TOUJOURS ? (2/3) - Selon une étude parue dans "Nature", l'homme ne sera jamais immortel. Qu'à cela ne tienne : les partisans de la cryonie ont trouvé leur solution.

Dans "Alien", les héros du film se font cryogéniser
Crédit Image : Capture d'écran YouTube / 20th Century Fox

Vous vous souvenez d'Hibernatus, le personnage interprété par Louis de Funès qui se réveille après avoir été congelé pendant 65 ans ? En 1969, année de sortie du film, l'histoire relevait de la farce incongrue. Près d'un demi-siècle plus tard, elle est devenue l'un des scénarios préférés des partisans de l'immortalité et porte même un nom : la cryonie.

La technique, qui date des années 1960, consiste à conserver le corps d'une personne décédée à une température très basse. L'objectif de la cryonisation - à ne pas confondre avec la cryogénisation, qui désigne l'étude des basses températures - est de pouvoir ramener ce corps à la vie dans le futur quand les techniques scientifiques permettront de lui redonner vie, voire d'inverser le processus de vieillissement pour le rendre immortel.

Aux États-Unis comme en France, l'idée a déjà fait son bout de chemin. Au point où certaines entreprises proposent déjà cryoniser le corps ou une partie du corps dans des caissons réfrigérés : les corps de plus de 300 personnes sont déjà conservés de cette manière aux États-Unis et en Russie.

Des larves de mouches ramenées à la vie après une congélation partielle

Conserver un corps en parfait état durant des années voire des siècles, est-ce vraiment possible ? Les toutes premières expériences de cryonisation ont commencé à voir le jour dans les années 1960. À l'époque, l'opération s'apparentait davantage à une simple "congélation" des corps, ce qui a sans doute abîmé les cellules des corps à cause de la formation de cristaux de glace qui abîment les tissus. 

Mais selon les partisans de la cryonie, cette méthode n'a pas tardé à être supplantée par une technique de "vitrification" qui consiste à injecter des anticoagulants et à remplacer la majeure partie des fluides corporels par des "cryoprotecteurs", une substance aux propriétés similaires à celles de l'antigel. Selon le site de l'organisme américain de cryonie Alcor, cette technique aurait permis de conserver puis de transplanter avec succès un rein de lapin sur un autre animal après conservation à une température de -135°C. 

Autre problème soulevé par la cryonie : est-il concevable qu'un jour, des techniques existent pour ramener à la vie un corps cryonisé ? En 2012, des scientifiques tchèques ont réussi à ramener à la vie des larves de mouches drosophiles avant de les réanimer. Des avancées prometteuses, certes, mais encore bien loin de la promesse de réanimation d'un corps humain entier.

Cryonics

Aucune obligation de résultat pour les organismes de cryonie

Ce passeport espéré pour l'immortalité a tout de même un coût : Cryonics Institute propose la conservation du corps pour 28.000$, mais les prix peuvent grimper jusqu'à 150.000$ pour la cryoconservation chez Alcor. Ces prix n'incluent pas le service de "standby" proposé par certains organismes aux clients afin qu'une équipe soit dépêchée rapidement au chevet du client juste avant son décès. La plupart des entreprises qui proposent ces services mentionnent également à leurs clients qu'elles ne garantissent aucune obligation de résultat, comme The Cryonics Institute, qui indique sur son site qu'il "n'y a aucune autre garantie que celles d'avoir une chance de succès".

D'un point de vue légal, la cryonie est autorisée aux États-Unis et en Russie dans la mesure où elle est considérée comme un mode de sépulture et non comme un traitement médical. Outre-Atlantique, le client doit faire don de son corps à la science pour que l'institution de cryonie puisse en acquérir la "propriété biologique". En Russie, les clients sont liés à l'organisme par un "contrat d'expérimentation scientifique". En France en revanche, la cryonie est illégale. Selon un arrêté du Conseil d'État du 6 janvier 2006, les seuls modes de sépulture autorisés sont en effet l'inhumation et la crémation.

Si on arrive à réanimer les neurones d'une personne cryogénisée, la question de leur corps ne sera plus un problème.

Max More, directeur d'Alcor
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Au-delà de l'aspect financier et légal, la cryonie ouvre des champs de réflexion vertigineux : que resterait-il des clients cryonisés si leur corps pouvait un jour être ramené à la vie ? Que resterait-t-il notamment de ceux qui ne font cryogéniser que leur tête - l'une des options proposées par les organismes ? Le président d'Alcor, Max More, est persuadé que "si on arrive à réanimer les neurones d'une personne cryogénisées la question du corps ne sera plus un problème". Il estime également que la conservation permettrait de conserver intacts les souvenirs de l'individu. "Il existe bien des gens paralysés à partir du cou qui continuent de vivre et restent eux-mêmes" , argumente-t-il lors d'une interview.

La cryonie pose également la question de notre rapport à la mort : les partisans de la cryonie ne voient pas la mort comme une fin brutale mais plutôt comme un processus entamé dès la fin de la puberté. En d'autres termes, mourir ne serait plus une fatalité pour l'homme. Bien plus encore : elle serait même le début d'une toute nouvelle existence.

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