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Michelle Gilbert (Facebook France) : "Internet est un espace plus sûr qu'il ne l'a jamais été"

INTERVIEW - A l'occasion du Safer Internet Day, la directrice de la communication de Facebook France estime que les investissements consentis par le réseau social et les grandes plateformes ont permis de rendre le Web plus sûr pour les enfants.

Michelle Gilbert est directrice de la communication de Facebook France
Michelle Gilbert est directrice de la communication de Facebook France Crédit : Facebook
Benjamin Hue
Benjamin Hue
Journaliste RTL

Franco-américaine installée à Paris depuis plus de trente ans, Michelle Gilbert dirige la communication de Facebook en France et en Europe du Sud depuis 2011. Passée par AOL et mère de quatre enfants, dont trois adolescents, elle est aux premières loges pour observer l'évolution des usages des jeunes sur les plateformes du groupe de Mark Zuckerberg et plus largement sur Internet.

À l’occasion du Safer Internet Day, journée de sensibilisation mondiale aux risques et aux bonnes pratiques du Web, elle revient auprès de RTL.fr sur les enjeux soulevés par l'utilisation des écrans et des réseaux sociaux par les enfants. 

Déroulant une vision optimiste, elle défend les efforts fournis par Facebook et estime que les investissements du réseau social et des grandes plateformes ont permis de rendre le Web plus sûr qu'il ne l'a jamais été. Elle plaide aussi pour un meilleur accompagnement des enfants à l'école et à la maison, deux sphères sur lesquelles Facebook se dit prêt à exercer une influence aux côtés des associations.

RTL.fr - Quinze ans après sa création, Facebook reste de loin le premier réseau social en France. Mais certaines estimations mettent en lumière la perte de son influence chez les jeunes, où il est de plus en plus concurrencé par des plateformes comme Snapchat ou TikTok. Ce sont des motifs d’inquiétude ?

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Michelle Gilbert : Nous ne constatons absolument pas de baisse comme cela a pu être dit dans la presse. Nous constatons que les jeunes utilisent beaucoup d’applications différentes. Ils sont nés dans une ère digitale et passent très facilement d’une application à l’autre. Ils n’utilisent plus le téléphone pour téléphoner. Mes enfants ne passent jamais de coups de fil. Tout se fait par messagerie, sur WhatsApp ou Instagram, où ils s’organisent avec les messages privés. Cela m’a sidérée, car je ne pensais pas que l’application allait être utilisée comme cela à la base. Aujourd’hui, les jeunes savent très bien s’ils ont envie de parler à un groupe ou à une seule personne. Ils ont compris avant les autres qu’ils étaient dans une époque ouverte ou tout le monde peut interagir avec tout le monde.

RTL.fr - Pensez-vous qu’Internet est un espace sûr pour les jeunes aujourd’hui ?

Michelle Gilbert : Je pense que c’est un espace plus sûr qu’il ne l’a jamais été. Il y a un vrai travail et un vrai investissement qui ont été faits. J’ai travaillé chez AOL et c’était déjà une bataille. Quand je vois les investissements qui sont faits par une entreprise comme la notre pour tripler le nombre de personnes travaillant dans la sécurité et le montant investi dans les technologies pour lutter contre la pédopornographie, les faux comptes ou la haine, c’est colossal. Mais ce n’est pas fini. Ce ne sera jamais fini. Je ne pense pas que la technologie soit dangereuse en soi. Mais il faut faire preuve de pédagogie pour éviter des situations compliquées qui ne sont pas propres aux réseaux sociaux mais à la nature humaine. 

RTL.fr - Comment se manifeste ce travail de pédagogie chez Facebook ?

Michelle Gilbert : Les jeunes connaissent souvent mieux les réseaux sociaux que leurs parents. Mais ce sont les parents qui leur donnent les tablettes et les portables dès le plus jeune âge. Il faut éduquer les parents. On travaille pour cela avec des associations sur le terrain, comme e-Enfance et Génération Numérique, car en tant qu’entreprise privée, on ne peut pas faire de pédagogie directement dans les écoles. On a noué un partenariat avec la ligne directe de Net Ecoute pour avoir un lien avec eux lorsque des cas de harcèlement sont signalés sur nos plateformes. Les mineurs qui s’inscrivent sur Facebook bénéficient automatiquement d’une protection supplémentaire et de ressources pédagogiques. Et si un mineur signale un contenu, son cas est traité en priorité par une équipe de modérateurs dédiée.

RTL.fr - La modération des contenus publiés sur Facebook a fait l’objet de nombreuses critiques par le passé…

Michelle Gilbert : C’est un travail hyper-difficile. J’ai entendu les critiques sur les modérateurs. Ce ne sont pas de simples modérateurs. Ils bénéficient de formations auprès de pédopsychiatres s’ils doivent travailler sur les problématiques liées aux jeunes. On ne met pas tout le monde dans une salle en s’exclamant : "Allez, bon courage les gars, à demain !". Tout n’est pas parfait. On a encore du boulot. On espère que les technologies vont nous aider. Le travail qui a été fait sur le terrorisme est extraordinaire, par exemple. Sur la pédopornographie aussi. C’est plus difficile pour les discours de haine mais on fait des progrès. 80% des contenus haineux supprimés sont aujourd'hui détectés de façon proactive par nos algorithmes. C’est là que l’intervention des humains est importante. Ce n’est pas facile. L’objectif, c’est que toute l’industrie profite de notre expérience. Car ce n’est pas uniquement un problème de réseaux sociaux, c’est d’abord un problème de société.

RTL.fr - Baigner dans les codes des réseaux sociaux, dans un univers qui valorise le narcissisme, parfois propice au harcèlement, ne risque-t-il pas d’entraver la construction identitaire des jeunes ? 

Michelle Gilbert : C’est un grand débat. Tous les pédopsychiatres du monde se penchent dessus. On travaille avec de grands chercheurs à l’Université de Stanford. Une nouvelle étude a démontré que les réseaux sociaux peuvent aussi faire du bien aux adolescents (une étude menée par Jeff Hancock, psychologue  à la tête du Social Media Lab de Stanford, NDLR). Nous prônons une utilisation active des réseaux : être acteur, s’engager, créer, s’exprimer. La technologie n’est pas mauvaise, c’est ce qu’on fait avec qui peut l’être. Il ne faut pas être passif. Les réseaux sociaux sont une fenêtre vers le monde. Il faut se demander, parents, éducateurs, écoles, quelle est notre vision pour ces plateformes, car elles ne vont pas disparaître. Quand vous voyez des enfants de trois ans avec une tablette à l’aéroport, leur éducation numérique commence ici. 


RTL.fr - Est-ce la responsabilité d’une entreprise privée comme Facebook de prendre part à ce processus d’éducation ?

Michelle Gilbert : C’est assez difficile, en France, de mélanger le rôle de mère et ses actions professionnelles. Mais à un moment donné, il y a une éducation à faire. On est pas en train de pousser un produit. On ne veut pas qu’il y ait une expérience négative sur nos plateformes. Quel est l’intérêt de Facebook d’avoir des problèmes sur ses plateformes ? C’est pire que tout. C’est une vraie responsabilité. Il y a du travail à faire et on aimerait bien faire plus. J’ai tendu les mains à toutes les associations de parents d’élèves car elles ont une influence énorme. Et je me fiche que l’on dise que c’est labellisé Facebook tant que ça permet de faire le travail d’accompagnement. Les associations ont cette légitimité mais elles ne sont pas assez nombreuses. La pédagogie est essentielle dans la prévention et je tends la main à tous ceux qui veulent en faire davantage.

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