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Meilleur développeur de France : à la recherche du métier le plus courtisé du pays

Organisé mardi à Station F, le concours du Meilleur Dev de France était l'occasion pour les startups et grands groupes de courtiser des profils très prisés sur le marché du travail.

Le concours du Meilleur dev de France 2017 s'est tenu à Station F mardi 19 septembre
Crédit Image : RTLnet

"Tout le monde se les arrache". Dans l'un des nombreux salons privés dominant Station F, le consultant en stratégies de l'innovation Olivier Ezratty expose les raisons du fourmillement en cours dans les allées de la Halle Freyssinet passées 21 heures ce mardi 19 septembre. "Le développement logiciel est l'un des piliers du monde numérique. Sans logiciel, il n'y a pas d'applications. Et sans applications, pas de numérique. Or, il n'y a pas assez de développeurs. Le logiciel joue un rôle tellement omniprésent dans toutes les industries que tout le monde en a besoin et il n'y a pas assez de jeunes qui sortent des écoles en amont", constate-t-il entre deux tables rondes sur l'importance prise par les bâtisseurs des milliards de lignes de code qui font tourner le monde.

Quelques mètres plus bas, plusieurs centaines de développeurs se mêlent à une foule dense dans le hall principal de l'incubateur de startups fondé par Xavier Niel. Ils viennent de quitter la "Master Stage" où ont été annoncés les résultats des trois épreuves algorithmiques sur lesquelles ils ont planché tout l'après-midi. À l'issue d'un final consistant à trouver le nombre maximal de portes susceptibles d'être franchies par un kayakiste au fil de son parcours (à savoir, un algorithme d'une complexité aux alentours de 0(N^2)), le jury a sacré Stéphane Leroy, de l'écurie Criteo, Meilleur Dev de France 2017, un chèque de 10.000 euros et un sacré accélérateur de carrière à la clé.

C'est la deuxième fois en trois ans que Criteo décroche la timbale. Antoine Leblanc, sacré en 2015, était déjà en poste chez le champion français du ciblage publicitaire sur le Web. Il a depuis été débauché par Google. Le lauréat du jour se sent comme un poisson dans l'eau à Criteo, qu'il a pu intégrer grâce à des compétitions de programmation. Mais il est conscient que le titre a valeur de sésame au sein d'une profession couronnée il y a peu "reine des métiers les plus courtisés de France". Selon une étude réalisée par Le Monde et Linkedin l'an dernier, les développeurs sont les profils les plus recherchés par les recruteurs sur la plateforme. Geeks parmi les geeks, ces informaticiens capables d'avaler les lignes de codes et de jongler entre les langages Java, Python et C++ sont essentiels à la digitalisation des entreprises qui s'arrachent les plus talentueux dans un marché en situation de quasi-pénurie.

"Venez chez nous pour écrire le futur"

Organisé depuis cinq ans par Ametix, le Meilleur Dev de France est l'occasion pour les startups et grands groupes de courtiser ces profils très prisés, passés sous leurs radars. "Cela nous permet d’identifier des gens et de faire parler d’Engie pour attirer des profils de bon niveau qu’on n’a pas forcément dans les offres qu’on nous propose", explique Augustin Honorat, directeur du marché des clients particuliers chez Engie. Signe de l'importance du rendez-vous, pas moins de trois membres du comité de direction de l'ex-Gaz de France ont fait le déplacement. "On a besoin de jeunes souples, agiles, à jour sur la technologie et avec des méthodes d’apprentissage ultra-rapides pour continuer à sortir des factures pour dix millions de clients tout en intégrant l’exigence autour de la maîtrise de la donnée et l’ouverture des systèmes aux partenaires", résume Emmanuel Fouche, directeur des systèmes d'information. 

À l'heure où la Silicon Valley fait figure de nouvel eldorado, la marge de manœuvre des entreprises françaises est limitée pour attirer ces talents. Dans l'incapacité de rivaliser sur le plan des salaires, elles déplacent le curseur sur les valeurs des projets. Et ce type d'événement est l'occasion de les mettre en lumière. "Nous avons des sujets extrêmement high-tech autour de la sismique, de l'IA, de la visualisation 3D ou des voitures connectées. Mais il faut les faire connaître", explique Frédéric Gimenez, directeur des systèmes d'information chez Total. "On leur dit 'venez chez nous pour écrire le futur, pour nous aider à changer le monde', renchérit Patrice Noirot-Nérin, directeur marketing chez Engie. Avec la transition énergétique, des blockchains au stockage, en passant par la gestion dynamique des données, nos concurrents se nomment aujourd'hui Amazon ou Google". 

Parmi les quelque 6.000 personnes massées dans le campus pour jeunes pousses du XIIIe arrondissement de Paris ce soir-là, le gros des développeurs concourrait par dizaines pour Engie, Docapost, le Crédit Agricole, EDF et consorts. Ils s'affichent en équipes à grand renfort de t-shirts et casquettes colorées et trustent les places de finalistes, à l'image des cinq candidats Criteo présents dans le top 10. Si bien qu'il est parfois difficile d'exister pour des acteurs plus modestes. "Il y avait beaucoup d'infos en même temps, beaucoup de développeurs de société, ça grouillait un peu partout et je n'ai pas réussi à parler de mon projet à des "dev" indépendants", regrette après coup Andy, fondateur de startup venu "par simple curiosité" avec un petit espoir de dénicher la perle rare pour son projet.

L'embarras du choix

Plus discrets, les développeurs indépendants n'en n'ont pas moins tiré leur épingle du jeu. Étudiant en troisième année d'informatique fondamentale à l'ENS Paris-Saclay, Noël Nadal a pris la troisième place du concours pour sa première participation. Abordé par une startup travaillant dans le milieu du foot, "un domaine qui [l']intéresse", il s'est aussi vu promettre un CDI par l'un des organisateurs lors de la remise de son prix. Décliné poliment : "Il disait probablement la vérité, mais il me reste deux ans d'études avant le diplôme et c'est mon objectif principal à court terme". La tête sur les épaules, il se projette volontiers dans l'avenir, où l'argent n'est pas une priorité. "L'informatique est un secteur en plein essor et je suis optimiste sur le fait que je parviendrai à gagner ma vie de manière plus que décente tout en faisant ce qui me plaît vraiment, peu importe l'emplacement", explique-t-il posément, l'air de ceux qui peuvent voir venir.

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