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Li-Fi : l'internet haut débit par la lumière devient réalité

Annoncé depuis plusieurs années comme une alternative au Wi-Fi, l'Internet haut-débit par la lumière sort de l'ombre et propose de plus en plus d'applications. Les professionnels du secteur étaient réunis à Paris cette semaine.

La lampe MyLiFi est l'une des premières applications grand public utilisant la lumière fournie par les LED pour délivrer une connexion haut débit
Crédit Image : Oledcomm

Les promesses du Li-Fi commencent à se concrétiser. Annoncé depuis plusieurs années comme une alternative au Wi-Fi, l'Internet haut-débit par la lumière est en passe de devenir réalité pour le grand public.

Alors que des expérimentations sont menées dans quelques villes de France et que plusieurs applications de la technologie ont été annoncées dans le commerce pour cette année, les professionnels du secteur et la communauté scientifique étaient réunis jeudi 8 et vendredi 9 février à Paris pour la première édition du Global Li-Fi Congress afin de faire le point sur les progrès de cette technologie et les défis qu'il lui reste à relever.

Le Li-Fi (Light Fidelity) est une technologie qui utilise la lumière fournie par les éclairages LED pour transmettre des données selon un système de morse optique. Elle profite de la modulation de lumière à haute fréquence des LED, qui ont la capacité de s'allumer et s'éteindre jusqu'à un milliard de fois par seconde, pour transmettre des données en langage informatique sous la forme de 0 (éteint) et de 1 (allumé). Un concept à mi-chemin entre le photophone inventé par Graham Bell ua XIXe siècle et la fibre optique.

Une alternative complémentaire au Wi-Fi

Le Li-Fi est présenté comme plus sécurisé que le Wi-Fi. Comme il nécessite de se trouver dans le spectre de lumière pour fonctionner, il ne présente pas de risque de piratage à distance et limite les risques d'intrusion. Ses partisans mettent aussi en avant ses avantages sanitaires par rapport aux box Wi-Fi. Le Li-Fi n'émet pas d'ondes électromagnétiques et peut ainsi être utilisé dans les hôpitaux et auprès des personnes électrosensibles. Le Li-Fi permet aussi d'obtenir des débits élevés avec une limite théorique de 1 gigabits par seconde. Le débit maximal est actuellement de 10 à 20 mégabits par seconde.

Ses promoteurs estiment que le Li-Fi est suffisamment mature désormais pour entrer dans la lumière à côté du Wi-Fi. "Aujourd’hui, la technologie Li-Fi est prête à être utilisée. Elle est dans une phase d’industrialisation. Des produits sont déjà sur le marché. Des cas d’usage se développent dans des quartiers, des stations de métro, dans des musées ou des hôpitaux", explique à RTL Futur Maxime Dubois, organisateur du Global Li-Fi Congress, le premier salon dédié à la technologie. "Mais il n'a pas vocation à remplacer le Wi-Fi", précise-t-il. "Il se place comme une technologie complémentaire".

Connecter la ville intelligente

De plus en plus équipées en éclairages LED (les ampoules à gaz seront interdites en Europe d'ici deux ans), les municipalités sont particulièrement intéressées par le Li-Fi pour développer la smart city. "Le principal besoin de la ville intelligente, c'est la connectivité. Tous les équipements seront connectés. Le réseau d'éclairage public constituera l'un des squelettes de connectivité de la ville. Il suffira de l'équiper d'une connexion Li-Fi pour connecter la ville", prédit Benjamin Azoulay, directeur général de la startup française Oledcomm, pionnière sur le marché.

Le Li-Fi est déjà expérimenté à Palaiseau depuis plus d'un an. EDF et Oledcomm ont mis en place un dispositif test sur 77 lampadaires du quartier Camille-Claudel afin fournir des informations locales et des indications sur les performances énergétiques du quartier. Les habitants doivent pour cela utiliser une antenne à brancher sur leur smartphone pour recevoir les signaux des lampadaires.

"On attend que les prochaines générations de smartphones intègrent un capteur Li-Fi pour passer la seconde", explique Christophe Rodriguez, directeur technique et innovation d’Optimal Solutions, une filiale d’EDF en charge du programme pilote. Un réseau Li-Fi bidirectionnel est notamment envisagé pour permettre aux habitants de pouvoir se connecter et naviguer sur Internet en plus de recevoir des informations sous les lampadaires.

Protéger les patients à l'hôpital, guider les usagers du métro

À Perpignan, un hôpital utilise le Li-Fi pour transmettre des données médicales en interne. Le médecin n'a qu'à se pencher sous la lumière du lit du patient pour se connecter à Internet et accéder à son dossier. Le système protège l'établissement contre les risques de pertes de données sensibles et limite les expositions des patients et du personnel au rayonnements des ondes électromagnétiques.

À Paris, la RATP et Oledcomm ont lancé un système de guidage Li-Fi des voyageurs aveugles et malvoyants et des touristes dans la gare de la Défense. Le dispositif utilise les LED au plafond de la station pour guider les usagers du quai du RER A jusqu'au parvis, via une application pour smartphone. 

"Cette technologie vient combler un un manque dans le guidage des voyageurs qui ne peut pas être fait par un GPS car la plupart des stations sont souterraines", explique Gilles Riemenschneider, chef de projet de l’expérimentation Li-Fi à la RATP. La RATP veut profiter du renouvellement de l'éclairage de ses stations pour équiper installer le Li-Fi dans le reste de son réseau dans les prochaines années.

Une lampe et une serrure pour ambassadeurs

Le Li-Fi devrait devenir plus familier des consommateurs avec la commercialisation des premiers produits dans le commerce. Deux startup françaises ont prévu de se lancer sur le marché dans le courant de l'année. Fondée à partir des recherches universitaires de son président Suat Topsu, l'un des pionniers du Li-Fi, Oledcomm a présenté au CES MyLifi, une lampe de designer offrant un premier usage grand public de connexion Internet par la lumière.

MyLiFi® by OLEDCOMM

Un câble ethernet alimente la lampe en réseau et en énergie et un capteur placé sous la lumière communique avec l'ordinateur via un récepteur USB pour transmettre des données par la lumière à des débits pouvant aller jusqu'à 23 mégabits par seconde. Avec une limite : l'ordinateur doit être placé sous le faisceau lumineux pour être connecté à Internet. Le prix, 899 euros, est aussi prohibitif. Celui d'"une lampe de designer et d'une technologie d’avant-garde", répond le directeur général d'Oledcomm, Benjamin Azoulay. 

Le CES a aussi été l'occasion de faire connaître Bright Lock, une serrure connectée utilisant la technologie Li-Fi pour ajouter une sécurité supplémentaire. L'application identifie le smartphone de l'utilisateur placé au niveau de la serrure en lui transmettant un flash à usage unique. "Les serrures connectées classiques utilisent des radiofréquences qui émettent à plusieurs dizaines de mètres et peuvent être interceptées. Avec le Li-Fi, la lumière est unidirectionnelle et elle ne traverse pas les murs", explique Alexandre Ballet, cofondateur de la startup Havr qui souhaite commercialiser la serrure en fin d'année au prix de 300 euros.

La cerrure Bright Lock utilise le Li-Fi pour sécuriser la maison
Crédit Image : Havr

Comme Oledcomm, Havr voit plus loin que son produit d'appel. La serrure connectée constitue la première étape d'une stratégie visant à démocratiser le Li-Fi. Le jeu en vaut la chandelle. Au regard des 14 milliards de points lumineux recensés à travers le monde, le potentiel de la technologie est considérable.

Les experts estiment que le marché pourrait peser 75 milliards de dollars dans cinq ans, porté par une croissance annuelle de 80%. L'arrivée de la 5G et la prise en charge native du Li-Fi par les smartphones sont attendues pour accélérer son développement.

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