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"Les Shadoks" : comment une Française a créé le Doodle

INTERVIEW - La première française de l'équipe des Doodles de Google livre les secrets de fabrication de l'hommage aux Shadoks et des événements célébrés régulièrement par le moteur de recherche.

Google célèbre le 48e anniversaire des Shadoks
Google célèbre le 48e anniversaire des Shadoks Crédit : Google
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Benjamin Hue
Journaliste RTL

Régulièrement, la page d'accueil de Google est remplacée le temps d'une journée par un logo, un dessin ou une animation qui reprend les lettres composant le mot "Google" et les associe à l'univers d'un événement célébré ce jour là. C'est ce qu'on appelle un Doodle. Le 183e anniversaire de Jules Verne, le demi-siècle du premier homme dans l'espace, le coup d'envoi des Jeux olympiques de Sotchi ou la 30e bougie de Pac-Man ont par exemple été à l'honneur sur le moteur de recherche ces dernières années, à l'instar de nombreuses autres dates historiques.

Ce vendredi 29 avril, la page d'accueil française de Google célèbre le 48e anniversaire des Shadoks, la célèbre série d'animation débarqué sur les écrans de télévisions des Français le 29 avril 1968. Les Shadoks sont des créatures venues d'une autre planète, semblables à des oiseaux mais dotés d'ailes "ridiculement minuscules", précise la voix de Claude Piéplu, narrateur de la série. Bêtes et méchants, les Shadoks sont en conflit avec les Gibis, êtres très intelligents de forme ovale, coiffés de chapeaux-melons et munis de petites pattes. Ces deux peuples vivent sur des planètes inhospitalières et ont un objectif : gagner la Terre, bien plus accueillante. En effet, sur Terre, on ne risque de tomber dans le vide au moindre soubresaut !

Pour la deuxième fois dans l'histoire des Doodles, son auteure est Française. Il s'agit d'Hélène Leroux, une illustratrice de 28 ans qui est la première française à avoir intégré l'équipe des Doodles chez Google. La jeune femme explique à RTL.fr en quoi consiste son quotidien de Doodleuse et livre les secrets de fabrication des Doodles.

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Hélène Leroux est la première Doodleuse française
Hélène Leroux est la première Doodleuse française Crédit : Google

Comment elle est devenue Doodleuse

Google a contacté Hélène Leroux à la fin de l'année 2015. "Ils ont apprécié mon travail et étaient intéressé pour me rencontrer et parler de mon parcours", se souvient-elle. "Après un entretien téléphonique d'un quart d'heure, ils m'ont fait venir en novembre pour un entretien sur place où j'ai présenté mon travail, mon parcours professionnel et scolaire et mes motivations pendant 45 minutes".

Hélène a fait des études d'art, "beaucoup de graphisme, d'illustration et d'animation". Après 5 ans à l'école de graphisme ESAG Penninghen, elle s'est tournée vers le dessin d'animation et a intégré l'école des Gobelins. "Pendant trois ans, j'ai découvert toutes les étapes pour faire un film d'animation. Ça m'a permis de faire mon propre film de fin d'étude en échange avec une école en Californie. Là-bas, des studios m'ont contacté et j'ai trouvé un travail à Los Angeles avant de rentrer à Londres car mon visa expirait". Puis Google est arrivé.

C'est ce profil polyvalent qui a séduit le géant américain, selon elle. Elle a commencé à travailler pour Google à la fin du mois de décembre et a rejoint les locaux londoniens de la firme. "L'idée est maintenant de rejoindre l'équipe à Mountain View, au siège de Google en Californie. Mais comme on ne peut pas avoir le visa tout de suite, je reste à Londres avant", explique-t-elle.

Comment sont choisis les Doodles

À Mountain View, l'équipe dédiée aux Doodles est composée d'une trentaine de personnes, à la fois des créatifs et des ingénieurs. Ils se réunissent tous les ans à l'été pour définir les Doodles qui seront traités dans l'année. Les propositions émanent aussi bien du grand public, que des Doodlers et des ingénieurs. Avec une seule règle : "éviter les idées religieuses et tout ce qui pourrait susciter des polémiques. Le but est de montrer le côté positif, les recherches scientifiques, les anniversaires artistiques, les avancées de l'humanité", explique Hélène. L'an dernier, plus de 400 Doodles ont été retenus.

Les sujets sont ensuite distribués aux Doodlers. "On a une liste de Doodles attribués sur lesquels on doit travailler. On commence par faire des recherches, on s'occupe des Doodles qui vont être lancés le plus tôt possible. On a des réunions chaque semaine avec l'équipe pour partager nos idées et proposer trois ou quatre thèmes. L'équipe nous aide à argumenter, à voir ce qui peut être le plus efficace pour le projet proposé. On avance comme ça sur chaque projet jusqu'à ce qu'un final soit choisi", confie Hélène.

Il y a deux types de Doodles. Les Doodles internationaux, que le monde entier va voir, comme le Nouvel An ou la Saint-Valentin, et il y a des événements plus locaux, comme Les Shadoks. "Quand on travaille sur un Doodle spécifique à un pays, on fait appel à un responsable local qui va nous aider à prendre en compte la culture du pays, ses valeurs et veiller à ce qu'on ne représente pas des aspects négatifs. Une couleur ou certains animaux peuvent choquer dans certains endroits. On va par exemple représenter plus souvent des chats plutôt que des chiens".

Comment elle a créé le Doodle dédié aux Shadoks

Depuis son arrivée dans les bureaux londoniens de Google, Hélène Leroux a fait "six ou sept Doodles". Elle a commencé par celui du Nouvel An puis a enchaîné avec la Journée de la femme. Quand elle a vu Les Shadoks dans la liste, elle s'est jetée dessus. C'est son premier Doodle français. Elle estime que c'est "une chance énorme" pour elle de pouvoir travailler sur un projet qui l'a inspiré quand elle était jeune. "Je ne sais même plus comment j'ai découvert mais ça m'a marqué", raconte-t-elle. "J'ai fait des recherches sur comment Jacques Rouxel en est venu à créer la série en 1968. Je ne pensais pas que ça avait divisé autant le pays à l'époque, ça faisait vraiment polémique". 

Dans la série, les Shadoks mettent en scène les traits des humains de la façon la plus grotesque, "dans l'esprit d'Alfred Jarry", et développent des devises absurdes. Hélène en a tout naturellement choisi quelques unes pour concevoir son Doodle."'Je pompe donc je suis', car tout le monde se rappelle des Shadoks qui pompent. ou encore 'Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué', car ça représente vraiment l'état d'esprit des Shadoks", explique-t-elle. 

L'une des œuvres d'Hélène Leroux a l'honneur en home de Google
L'une des œuvres d'Hélène Leroux a l'honneur en home de Google Crédit : Google
Hélène Leroux est restée fidèle à l'esprit des Shadoks
Hélène Leroux est restée fidèle à l'esprit des Shadoks Crédit : Google

Avant d'obtenir ce résultat, Hélène avait "cinq idées différentes". "La première, c'était de simplement remplacer les deux "o" de Google par deux Shadoks. La deuxième était de reprendre les devises des Shadoks. Une autre de reprendre tous les personnes des Shadoks en un Doodle. Et une dernière où je voulais représenter le premier générique créé en 1968 en représentant le mot "Shadoks" avec "Google", mais je trouvais que Google se réappropriait trop la série. Toutes les idées ont été validées mais les devises ont fait l'unanimité", confie-t-elle. Au final, le projet lui a pris "une journée pour les recherches et les esquisses" et "une semaine et demi pour les animations".

Des dessins vus par plus d'un milliard de personnes

Hélène Leroux admet être un peu impressionnée par l'audience à laquelle sont exposés ses travaux affichés sur la page d'accueil de Google et vus à chaque fois par plus d'un milliard de personnes. "J'espère que les gens sont satisfaits, c'est le but. Mais j'essaie vraiment de me concentrer sur l'aspect créatif et de ne pas penser aux millions de personnes qui peuvent le voir, ça peut être assez intimidant". En revanche, elle ne ressent aucune frustration de demeurer dans l'ombre de ses œuvres.  "J'ai fait des études d'art depuis le début. Dans le milieu de l'animation, on ne voit jamais le noms des artistes. C'est pareil pour les Doodles. On est content d'y participer. Ce n'est pas pour la renommée, sinon on ferait du théâtre ou du cinéma". 

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2016-04-29 00:02:00
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