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La banalisation de la reconnaissance faciale menace-t-elle les libertés ?

Commercialisé le 3 novembre, l'iPhone X met la reconnaissance faciale à la portée du grand public. La généralisation de cette technologie inquiète les défenseurs des libertés publiques

Reconnaissance faciale
Reconnaissance faciale Crédit : Face recognition | Steven Lilley | Flickr
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La rédaction numérique de RTL
et AFP

Avec l'iPhoneX, que l'on pourra déverrouiller d'un simple regard, la reconnaissance faciale devrait se généraliser mais elle préoccupe les défenseurs des libertés publiques qui s'inquiètent notamment de l'usage que pourraient en faire les forces de l'ordre. Le dernier smartphone d'Apple, qui sera dans les rayons le 3 novembre, doit être en mesure de reconnaître le visage du propriétaire en trois dimensions, grâce à une série de capteurs.

Ce système de déverrouillage vise à remplacer le bon vieux code secret. Impossible de tromper l'appareil avec une photo, assurait la marque à la pomme en présentant son système FaceID le mois dernier. Apple promet que les données ne seront stockées que dans le téléphone et que le système est impossible à pirater.

Malgré cela, les défenseurs de la vie privée craignent que l'arrivée de la reconnaissance faciale dans un produit aussi vendu que l'iPhone banalise cette technologie et ouvre la porte à une utilisation plus large par les forces de l'ordre, les annonceurs publicitaires ou autres, d'autant que cet outil ne fait l'objet d'aucune législation.

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Même si "Apple a fait un certain nombre de bonnes choses pour (défendre) la vie privée", la question dépasse le simple cas de l'iPhone X, relève Jay Stanley, de l'association de défense des libertés American Civil Liberties Union (ACLU). "Il y a de vraies raisons de s'inquiéter du fait que la reconnaissance faciale se fraye progressivement un chemin dans notre culture et qu'elle devienne un outil de surveillance détourné" à de mauvaises fins, estime-t-il.

Cette technologie n'est déjà plus de la science-fiction en Chine, en pointe sur le sujet. Dans les fast-foods, les universités, la lutte contre la criminalité ou encore dans les distributeurs de papier toilette dans les endroits publics, la reconnaissance faciale est largement utilisée pour surveiller les citoyens.

Aux États-Unis, des chercheurs de l'université de Georgetown à Washington ont découvert l'an dernier qu'environ 117 millions d'adultes aux États-Unis figuraient à leur insu dans des bases de données permettant la reconnaissance faciale, utilisées par les forces de l'ordre, fédérales et locales. "On ne veut pas de policiers avec des caméras examinant les visages des passants dans la rue" pour les comparer à leur liste de personnes recherchées, insiste Jay Stanley.

Un futur outil de surveillance ?

Clare Garvie, qui a mené l'étude de Georgetown, pense aussi que même si Apple a une approche responsable, d'autres pourraient être moins prudents. "Ce qui m'inquiète, dit-elle, c'est que le public devienne indifférent ou complaisant".

Les bases de données examinées pour son étude comportaient beaucoup d'erreurs, ce qui pourrait conduire des personnes innocentes à être confondues avec des criminels, relève la chercheuse, qui s'inquiète aussi de ce que cet outil puisse aussi servir à identifier des personnes ayant simplement participé à une manifestation.

Autre possibilité, que la reconnaissance faciale soit utilisée par des magasins pour identifier de potentiels voleurs à l'étalage ou par des casinos pour identifier des joueurs indésirables. Et ce n'est pas tout. L'an dernier, un photographe russe a trouvé comment faire correspondre les visages de stars du porno - qui usent généralement de pseudos - avec leurs profils sur les réseaux sociaux, pour révéler leurs véritables identités...

Des batailles juridiques en perspective

Le FaceID d'Apple pourrait susciter de nouvelles batailles juridiques, relève Brett Max Kaufman, avocat au sein de l'ACLU. Ainsi, imagine-t-il sur le blog de l'association: "Vous êtes arrêté par la police et on vous prend votre téléphone. Est-ce que les flics pourraient simplement diriger le téléphone vers votre visage et ainsi accéder à tout son contenu ?"

Les tribunaux américains ont le plus souvent estimé que donner son code secret enfreignait les droits, mais les choses deviennent plus nébuleuses dès qu'il s'agit de données biométriques, explique-t-il, soulignant que le déverrouillage par empreinte digitale pose le même type de souci. En France, la Cnil a formulé des recommandations sur le sujet.

Clare Garvie anticipe aussi des batailles juridiques autour de la reconnaissance faciale. D'autant que le système d'Apple va "populariser cette technologie et rendre les gens plus à l'aise avec (...). Ils vont aimer", estime l'analyste Patrick Moorhead, du cabinet Moor Insights & Strategy.  Elle "va faire partie intégrante de nos vies", pense Clare Garvie. "Si ce n'est déjà le cas." 

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