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L'inquiétant rapport remis à Donald Trump sur l'état du monde en 2035

Crise écologique, tensions géopolitiques et migration des richesses, les prévisions de la CIA pour le futur de la planète ne sont pas super optimistes.

La planète rentrerait dans une nouvelle ère : l'Anthropocène
La planète rentrerait dans une nouvelle ère : l'Anthropocène Crédit : AFP
Benjamin Pierret
Benjamin Pierret

Le National Intelligence Council est un organisme américain chargé d'établir des pronostics sur l'évolution du monde dans les années à venir. Tendances démographiques, technologiques ou environnemental : toutes les données sont passées au peigne fin pour anticiper avec le plus d'exactitude les grandes évolutions de monde. L'un de ses travaux les plus conséquents est le Global Trends report : tous les quatre ans, lors de l'élection d'un nouveau président des États-Unis, un grand rapport de prévisions est mis au point et remis au nouveau président entre le jour de son élection et celui de son investiture. 

Le premier rapport a été réalisé en 1997. Le dernier a été remis à Donald Trump, nouveau président des États-Unis, le 9 janvier dernier. Il s'intitule "Tendances globales : les paradoxes du progrès" et s'intéresse aux vingt prochaines années. Le rapport dégage toutes les thématiques en mouvement qui influeront à moyen et à long-terme sur l'organisation mondiale. À partir de ces données, il distingue trois scénarios d'organisation humaine possible. On fait le point sur les grandes tendances distinguées par ce rapport. 

"Le paradoxe du progrès"

Le tableau est assez sombre. La CIA fait l'inventaire des tendances lourdes et des enjeux soulevés par "le paradoxe du progrès". La population en âge de travailler va diminuer dans les pays riches, tels que la Chine et la Russie, et se développer dans les pays moins développés, particulièrement en Afrique et dans le sud de l'Asie. Dans ces régions du monde, l'économie, l'emploi et l'urbanisation vont augmenter. De fait, les formations et l'éducation deviendront aussi cruciales pour les pays développés que pour ceux en voie de développement. 

L'économie mondiale se déplace. La croissance économique va rester faible dans un avenir proche. Les grandes puissances vont devoir faire face à une baisse de main-d’œuvre ainsi qu'à une baisse des gains de productivité, tout en se relevant de la crise financière de 2008-2009. De fortes dettes, une demande faible et une remise en question de la mondialisation sont à prévoir. La Chine tentera d'adopter une économie déterminée par le consommateur après s'être longtemps concentrée sur l'export et l'investissement. Une croissance plus faible menacera la réduction de la pauvreté dans les pays en voie de développement. 

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La technologie accélère le progrès mais cause des discontinuités. De nouvelles opportunités verront le jour mais elles aggraveront les disparités entre les "gagnants" et les "perdants". L'automatisation et l'intelligence artificielle menaceront de modifier l'industrie, en supplantant potentiellement les ouvriers. La biotechnologie, notamment la manipulation des génomes, va révolutionner la médecine, ainsi que d'autres secteurs, mais provoquer des désaccords éthiques.

Une gouvernance de plus en plus difficile

Les avancées de la connectivité mondiale, combinées à la faible croissance, vont augmenter les tensions intra et inter-sociétés. Le populisme sera de plus en plus présent à gauche comme à droite, et menacera le libéralisme. Certains leaders s'en remettront au nationalisme pour asseoir leur contrôle. L'influence religieuse sera de plus en plus conséquente et fera plus autorité que de nombreux gouvernements. Quasiment tous les pays verront les pressions économiques améliorer le statut des femmes et leurs rôles dans le leadership, mais cela s'accompagnera de réactions violentes.

Gouverner sera de plus en plus difficile. L'opinion public exigera des gouvernements qu'ils offrent sécurité et prospérité mais les revenus faibles, la méfiance, la polarisation et une liste de plus en plus importante de nouvelles problématiques vont freiner les performances des gouvernements. Gérer les crises mondiales deviendra plus difficile car le nombre d'acteurs se multiplie, ce qui inclue les ONG, les entreprises, et les personnalités puissantes.

Le changement climatique, l'environnement, et les questions de santé réclameront de l'attention. Un éventail de dangers mondiaux constituent des menaces à court et à long-terme, qui nécessiteront des actions collectives, bien que la coopération devienne de plus en plus difficile. Une météo extrême, le manque d'eau et de nourriture et de fertilité des terres, vont perturber les sociétés. Le niveau de l'eau de la mer, l'acidification des océans, la fonte des glaces et la pollution vont changer les habitudes. Des tensions au sujet du réchauffement climatique seront de plus en plus intenses. Les voyages, de plus en pus fréquents, et les problèmes de santé des infrastructures rendront les maladies infectieuses plus difficiles à combattre.

Prenant en compte les différentes problématiques qui se poseront aux différentes puissances mondiales, le rapport avance trois scénarios possibles : "Islands" ("Îles"), "Orbites" ("Orbites") et "Communities" ("Communautés"). 

Scénario 1, le repli sur soi des États

Le premier envisage un monde dans lequel les collaborations entre états sont très restreintes, en faisant "des îles perdues dans une mer d'instabilité". L'augmentation des inégalités, la propagation des intelligences artificielles, la baisse de la croissance économique mondiale, la stagnation de celle de la Chine et de l'Inde ou encore le changement climatique seront autant de données qui pourront mener à un monde plus segmenté, dans lequel les États se fermeraient aux défis externes

Si les défis économiques existent toujours 20 ans après la crise financière de 2008, le rapport prévoit une nouvelle ère de croissance économique et de prospérité, notamment grâce aux avancées technologiques telles que l'intelligence artificielle, le Machine learning et l'automatisation. De plus, on devrait réaliser que les meilleures innovations viennent de la coopération entre les machines et hommes, ce qui permettra de renverser la tendance à la destruction d'emplois au profit des robots.

Scénario 2, l'escalade des tensions géopolitiques

Ce scénario explore la manière dont l'accroissement de la compétition géopolitique peut augmenter les risques de conflits entre les États des États-Unis et menacer l'ordre international. Il met en lumière l'importance de rassurer les alliés. Par ailleurs, le déploiement de nouvelles capacités, telles que les armes hypersoniques et les systèmes autonomes introduit de nouvelles dynamiques d'escalade qui augmentent le risque de guerre entre les principales puissances.  

L'augmentation des tensions géopolitiques peuvent donner des avantages aux rivaux pour trouver des terrains d'entente et négocier des mesures. Par exemple, la perspective d'un conflit militaire évité de justesse ou d'une large catastrophe naturelle illustrant l'impact du changement climatique sur le monde pourrait contraindre les nations à travailler ensemble par instinct de survie, menant à un ordre mondial plus stable. Une telle issue n'est cependant pas assurée, ce qui souligne l'importance de gérer l'augmentation de la compétition géopolitique, tout en laissant la porte ouverte à une meilleure coopération concernant les risques communs. 

Scénario 3, les communautés se partagent le pouvoir

Ce scénario examine les problèmes associés à l'avenir de la gouvernance. Les gouvernements auront besoin de politiques et de processus pour encourager les partenariats entre le public et le privé, avec de nombreux acteurs impliqués : des maires, des organisations non-gouvernementales et des sociétés civiles. De grandes entreprises multinationales et des associations caritatives, en particulier, pourraient de plus en plus compléter le travail des gouvernements en fournissant des recherches, une éducation, des formation, une couverture médicale et des services d'information pour les sociétés dans le besoin.   

Si les États vont continuer à assurer la sécurité nationale, ainsi que d'autres éléments de la puissance coercitive, leur capacité à tirer profit de leurs communautés d'acteurs locaux, privés et transnationaux améliorera leur puissance douce. Les démocraties libérales qui encouragent une gouvernance décentralisée et des partenariats public-privé seront les plus à même d'opérer. Dans ces sociétés, la technologie permettra des interactions entre le public et le gouvernement de nouvelles manières, comme la prise de décision collective. D'autres gouvernements, cependant, ne s'en sortiront peut-être pas si bien. Cela pourra mener à différents résultats, dont un autoritarisme de plus en plus fort et des défaillances des États.  

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