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Intelligence artificielle, immortalité : quand la science rejoint la science-fiction

DÉCRYPTAGE - Les lois sur le retour accéléré et la singularité, défendues par Raymond Kurzweil, "futurologue" de Google, présagent un futur où l'intelligence artificielle sera toute puissante, et l'humain, immortel.

"Terminator : Genisys" est en salles depuis le 1er juillet
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Morgane Giuliani
Morgane Giuliani
Journaliste RTL

Et si des films comme Terminator ou Blade Runner n'étaient pas de la fiction, mais une vision du futur de l'humanité ? Certains scientifiques comme l'astrophysicien Stephen Hawking, ou encore, le milliardaire et ancien patron de Microsoft, Bill Gates, le craignent. L'objet de leur inquiétude : la croissance infinie de l'intelligence artificielle, qui pourrait déposséder l'humain de la maîtrise de son destin. Un phénomène nommé "Singularité", et sur lequel se base Raymond Kurzweil, le "futurologue" de Google. Cet ingénieur a par ailleurs postulé la "loi du retour accéléré", selon laquelle l'humanité ferait des progrès de plus en plus rapidement, au point d'atteindre l'immortalité avant 2050.

La réalité peut-elle rattraper la fiction ? Raymond Kurzweil en est en tout cas convaincu. Employé en tant qu'ingénieur en chef par Google depuis 2012, il y fait office de "futurologue". Son rôle consiste à anticiper les tendances technologiques, pour que la firme californienne soit au pire, à la pointe, au mieux, en avance. 

Les prémonitions de Raymond Kurzweil

Raymond Kurzweil est connu comme le "pape" du transhumanisme. Ce courant de pensée, presque philosophique, encourage le rapprochement entre les nanotechnologies, la biologie, l'informatique et les sciences cognitives (NBIC). Son but : atteindre l'immortalité en inventant un "homme 2.0.", résistant aux maladies, et dont les capacités cognitives peuvent être transférées sur une machine. L'humain ne serait donc plus limité à une enveloppe corporelle vouée à se dégrader. À la fin de Lucy (2014), le carton de Luc Besson, Scarlett Johansson, qui a ingéré tout le savoir de l'humanité, se transforme ainsi en clé USB pour léguer ses connaissances. Dans Avatar (2009), un soldat handicapé se déplace mentalement grâce à un avatar contrôlé par la pensée.

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"Avatar" de James Cameron - Bande-annonce Durée : |

Selon le "futurologue" de Google, cette dématérialisation de l'homme sera permise par le "mind-uploading", qui verrait le jour d'ici moins de trente ans. L'idée ? Télécharger et implanter l'esprit d'une personne dans un ordinateur ou un hologramme. Un moyen de rester auprès de ses proches même après la mort, et donc, d'être immortel. Dans le film Transcendance (2014), la femme d'un scientifique assassiné "télécharge" l'esprit de son époux dans un ordinateur surpuissant, qui contrôle tous les réseaux liés à Internet. 

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Raymond Kurzweil et ses nombreux soutiens croient dur comme fer que les progrès technologiques y parviendront, s'appuyant sur la loi du retour accélérée, stipulée par le premier en 2005 dans l'ouvrage Humanité 2.0. La Bible du changement. En France, Laurent Alexandre, fondateur de Doctissimo et auteur d'ouvrages prospectifs, croit aussi à l'arrivée de la vie éternelle, mais est assez critique vis-à-vis de Google.

De son côté, l'intelligence artificielle devrait également progresser de manière exponentielle. C'est également ce qu'affirme Raymond Kurzweil, se basant sur le principe de "Singularité", émis dans les années 1950. Celui-ci stipule que l'intelligence artificielle finira par dépasser l'intelligence humaine. Dans le film I, Robot (2004), Will Smith fait face à une intelligence artificielle surpuissante, qui contrôle une armée de robots. Ces derniers effectuent également de nombreux métiers autrefois assurés par les humains.

Des applications existent déjà

On pourrait croire que tout cela est de l'ordre de la science-fiction, mais la rencontre entre l'homme et la machine a déjà lieu. À ce jour, des greffes robotiques ont été pratiquées, comme dans la série Robocop. En 2014, un homme amputé s'est fait greffer deux bras bioniques équipés de neurotransmetteurs, qu'il peut donc commander depuis son cerveau. Une première.

Par ailleurs, des centaines d'hommes et femmes, scientifiques ou capitaines d'industrie passionnés, œuvrent déjà en ce sens au sein de groupes de réflexion ou en finançant des projets de recherche. C'est le cas de Martine Rothblatt, femme la plus riche des États-Unis. Fervente activiste pro-transhumanisme, elle a fait construire un robot à l'effigie de son épouse, qui contient des centaines d'heures d'entretiens réalisés avec elle, afin d'imiter au mieux sa personnalité. 

De son côté, Google soutient la Singular University, université dirigée par Raymond Kurzweil, où sont formés les spécialistes des NBIC, et a racheté plusieurs entreprises de robotique. Fin 2014, la firme américaine a annoncé vouloir fabriquer des robots personnalisables grâce à une base de données, et s'adaptant aux réactions de leur interlocuteur. Au Japon, les modèles Nao et Pepper en sont déjà capables. Sebastian Thrun, co-fondateur de Google Street View, estime qu'il sera tout à fait possible de transférer notre personnalité sur une machine.

Les bioconservateurs font de la résistance

En face des transhumanistes se trouvent les bioconservateurs, qui s'alarment de leurs envies de grandeur, et appellent à ce que l'humain reste... humain. Sans pour autant être affilié aux bioconservateurs, le philosophe Jean-Michel Besnier est très critique vis-à-vis du transhumanisme.

Les transhumanistes veulent en finir avec l'humanité

Jean-Michel Besnier, philosophe
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"Les transhumanistes veulent en finir avec l'humanité, s'alarme-t-il auprès de RTL.fr. Leur projet est de parvenir à un stade où l’humain ne sera plus ce qu’il est. Il deviendra autre chose, on ne sait pas encore quoi, mais ce ne sera plus nous. [...] Je veux bien qu’on soit enthousiaste à l’idée des organes artificiels ou de dupliquer le cerveau sur un support dématérialisé, mais cette obsession d'en finir avec l’humain est malsaine."

Selon Jean-Michel Besnier, les volontés des transhumanistes réduisent l'homme à un état animal : "Les transhumanistes font comme si la culture, le symbolique, c'est-à-dire, ce qui aide à dépasser l’animalité, ne devraient plus exister. Ils pensent que l'on finira par abandonner le langage pour communiquer directement par la pensée, par exemple." Pour le philosophe, cette vie n'en vaudrait pas la peine : "Une vie qui ne consisterait que dans la survie ne m‘intéresse pas. C’est la vie de n’importe quel mammifère." 

Je pense que les transhumanistes sont de grands déprimés

Jean-Michel Besnier, philosophe
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Même certains scientifiques ou hommes de pouvoir, comme Stephen Hawking ou Bill Gates tirent la sonnette d'alarme et appellent à un encadrement par la loi : "Il faut anticiper des situations qui peuvent être irréversibles", affirme Jean-Michel Besnier. "Veut-on devenir comme le héros de Blade Runner qui n’a pas d’émotions ?", interroge le philosophe, qui voit les transhumanistes comme "de grands déprimés".

Selon lui, la science-fiction et la science sont de plus en plus imbriqués : "Longtemps, la science-fiction était autonome par rapport à la science, comme avec Isaac Asimov (auteur américano-russe du 20e siècle, qui avait anticipé le monde en 2014, ndlr) On découvre que les scientifiques vont chercher dans la science-fiction des arguments pour développer des programmes de recherche", dit-il, prenant l'exemple des travaux sur l'intelligence articielle, abordée par Isaac Asimov dans plusieurs de ses romans. 

La science-fiction enrichit la science et la science enrichit la science-fiction

Jean-Michel Besnier, philosophe
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Jean-Michel Besnier cite aussi l'impact d'Interstellar (2014), film Christopher Nolan dans lequel une équipe d'astronautes voyage à travers l'espace-temps en se servant de trous noirs : "Ce cas est très intéressant. Les scientifiques ont été étonnés de la manière dont on y a représenté le trou noir, et ont écrit des articles qui ont porté sur sa modélisation." "La science-fiction enrichit la science et la science enrichit la science-fiction", constate Jean-Michel Besnier. Finiront-elles par fusionner ?

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