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"Si les abeilles n'existaient pas, il ne resterait que le pain dans un hamburger"

INTERVIEW - Les apiculteurs réclament l'interdiction de certains pesticides "tueurs d'abeilles", alors que les colonies contribuent à la sauvegarde de la biodiversité dans le monde.

Un homme mange un hamburger dans une rue de Caen, le 10 mars 2011
Un homme mange un hamburger dans une rue de Caen, le 10 mars 2011 Crédit : MYCHELE DANIAU / AFP
James Abbott
James Abbott

La survie des hommes dépend-elle de celle des abeilles ? Les mythes sont nombreux autour de cette question, et le débat est relancé par la demande de nombreux apiculteurs français de défendre et protéger les colonies d'abeilles. Mardi 15 mars, 16 organisations apicoles, agricoles et environnementales ont appelé les députés à voter "l'interdiction totale des produits à base de néonicotinoïdes", des insecticides "tueurs d'abeilles", lors d'un rassemblement près de l'Assemblée nationale.

Les différents syndicats de l'apiculture étaient également soutenus par plusieurs députés, dont Noël Mamère et François de Rugy, ainsi que les ex-ministres Delphine Batho et Cécile Duflot. Le président PS de la commission du Développement durable de l'Assemblée, Jean-Paul Chanteguet, qui a géré les débats sur ce projet de loi pour la Biodiversité, était également présent pour épauler cette cause que le gouvernement ne soutient pas.

De "sévères effets négatifs" des pesticides, dit l'Agence de sécurité sanitaire

L'importance des abeilles sur la planète est telle que "sur un hamburger, si elles n'existaient pas, il n'y aurait que le pain", assure à RTL.fr l'apiculteur Frank Alétru, vice-président du syndicat national de l'apiculture et de l'ONG Terre d'abeilles. Il souligne que les légumes et la nourriture des animaux est liée à la pollinisation des abeilles. Ce dernier et d'autres syndicats d'apiculteurs accusent d'ailleurs Stéphane Le Foll d'avoir envoyé une missive "mensongère" aux députés pour les inciter à voter contre cet amendement.

Le ministre de l'Agriculture a envoyé un message, que Le Monde s'est procuré, en affirmant que les produits de remplacement de pesticides néonicotinoïdes, demandés par de nombreux apiculteurs, seraient encore plus dangereux. "Archi faux", nous répond Frank Alétru en estimant que ces produits de substitution (le Tau-fluvalinate et le Deltanithrin) sont utilisés depuis "une trentaine d'années".

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L'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (ANSES), a d'ailleurs réclamé dès janvier 2016, un "renforcement" des conditions d'utilisation des néonicotinoïdes, qui entraînent de "sévères effets négatifs sur les espèces pollinisatrices".

1/3 des produits alimentaires dépend directement des abeilles

De nombreuses études, dont celles de l'Institut national de la recherche agronomique (Inra) d'Avignon, établissement public sous la double tutelle des ministères de la Recherche et de l'Agriculture, ont réussi à prouver que les abeilles étaient gravement impactées par l'usage de ces pesticides. En plaçant une puce, les travaux de l'Inra ont observé que d’infiniment petites quantités des pesticides concernés désorientaient totalement les abeilles. Ainsi, elles ne retrouvent plus leurs ruches quand elles sont exposées à des champs qui contiennent des plantes aspergées de pesticides néoctinoïdes.

"Les abeilles et la biodiversité ne vont pas l'une sans l'autre", selon l'Inra. Sans les abeilles : plus de fruits, de légumes ni de café. Ne resteraient plus que blé, riz et maïs. Une chaîne américaine de supermarchés biologiques s'est ainsi amusée à imaginer les rayons d'un supermarché si les abeilles n'existaient pas et le résultat est saisissant.

Un supermarché s'est amusé à imaginer un supermarché si les abeilles n'existaient pas
Un supermarché s'est amusé à imaginer un supermarché si les abeilles n'existaient pas Crédit : Whole Foods

80% des plantes dépendent directement de la pollinisation des abeilles

Les colonies d'abeilles sont en déclin et sont de plus en plus rares. Le taux de mortalité atteint les 30% par an aux États-UnisLes abeilles vaudraient 143 milliards d'euros, selon le BBC Earth index, classement qui tente de définir une valeur des ressources naturelles, soit autant que le budget de l'Union européenne pour 2016. L'Inra explique que 80% des plantes dépendent directement de la pollinisation des abeilles. Et il est évidemment difficile d'imaginer un monde sans toute cette proportion de plantes...

Comme le dit une fameuse citation d'Albert Einstein : "Si les abeilles disparaissaient, l'Homme n'aurait que quatre années à vivre." Si la preuve qu'il ait réellement dit ou écrit cela n'a jamais été apportée, il reste certain que leur importance pour la survie de l'espèce humaine reste cruciale.

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