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Hyperloop : où en est l'implantation d'une piste d'essai à Limoges ?

Une société canadienne cherche à implanter une piste d'essai du train du futur au nord de Limoges. Un projet qui aiguise les imaginaires dans une région boudée par les lignes à grande vitesse et qui soulève des doutes sur sa faisabilité.

Image d'illustration du système Hyperloop développé par Transpod
Image d'illustration du système Hyperloop développé par Transpod Crédit : Transpod
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Benjamin Hue
Journaliste RTL

Limoges pourrait devenir un site de développement du projet Hyperloop dès l'année prochaine. Conceptualisé par l'entrepreneur milliardaire touche-à-tout Elon Musk, l'Hyperloop est un train supersonique capable de transporter des passagers dans des tubes en acier sous vide d'air à plus de 1.000 km/h. De quoi relier Paris et Marseille en une quarantaine de minutes sur le papier. Les premiers lignes commerciales ne sont pas espérées avant horizon 2030. Plusieurs entreprises sont en concurrence à travers le monde pour développer la technologie. Des ingénieurs travaillent sur le projet aux États-Unis, au Canada et en Corée du Sud. La société Transpod, fondée par Sébastien Gendron, un Français installé à Toronto, a jeté son dévolu sur la Haute-Vienne pour expérimenter la technologie, avec, dans le viseur, le corridor Paris-Toulouse, toujours dans l'attente d'une ligne à grande vitesse.

"On étudiait plusieurs sites en Italie, au Canada et en France pour développer un site d'essai afin de contribuer à la certification du système complet", explique l'entrepreneur à RTL Futur. "La proposition était la suivante : un terrain de trois kilomètres en ligne droite avec un centre d'essai pour valider les premiers prototypes, l'embauche de dix à vingt ingénieurs et chercheurs locaux, l'établissement de partenariats avec des universités et des entreprises locales et une implication des acteurs locaux pour contribuer au développement économique du site". 

La piste d'essai doit permettre de valider la transmission de puissance, la propulsion et la lévitation du train du futur. "Tout ce qui concerne les taux de fuite de l'infrastructure, les activités liées à la mise sous vide de la ligne, les joints d'expansion, le comportement de l'infrastructure, la communication et la signalisation", précise Sébastien Gendron qui espère pouvoir atteindre une vitesse de 350 km/h avec son premier prototype. Parallèlement, la piste doit servir de support à la certification du système

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Des financements à trouver

Le choix s'est porté sur Limoges qui s'est montrée la plus prompte à avancer rapidement sur le dossier. Un point sensible pour Transpod dont les investisseurs souhaitent commercialiser la technologie le plus rapidement possible, concurrence mondiale oblige. Une association "Hyperloop Limoges" s'est constituée pour sensibiliser les acteurs locaux aux avantages du projet. Vincent Léonie, adjoint au maire (mouvement Radical) de la ville, en est le président. "L'Hyperloop est une course. Transpod aimerait que la piste soit opérationnelle dans un an. Maintenant, il y a tout le temps administratif et les négociations qui vont avec", précise-t-il à RTL Futur.

Le site qui tient la corde pour l'implantation de la piste d'essai en Haute-Vienne est un ancien rail de chemin de fer reconverti en chemin de randonnée situé entre Droux et Le Dorat, à 35 kilomètres au nord de Limoges. "Les discussions avec le département sont avancées. Le président du département est prêt à discuter d’une mise à disposition du terrain", assure Vincent Léonie. "Des réflexions sont en cours sur le type de contrat, les modalités de construction de la voie d'essai, le lieu d'hébergement et l'arrivée des ingénieurs", confirme le maire Les Républicains de Limoges, Émile-Roger Lombertie.

Transpod souhaiterait déposer un permis de construire en avril ou en mai pour pouvoir démarrer les travaux cet été. La société table sur six à huit mois de chantier et assure être en mesure de démarrer les premiers essais dans un an. "Entre temps, on va construire les premiers prototypes et la capsule qui va servir aux essais Puis, il faudra voir si l'on construit les trois kilomètres d’un seul coup ou si l'on commence par un kilomètre et demi. Cela dépendra des financements", souligne Sébastien Gendron.

La construction du centre d'essai nécessite un peu plus de 20 millions d'euros d'investissements. Transpod s'engage à en apporter la moitié et espère une contribution des collectivités locales et des entreprises privées pour finaliser le tour de table. Vincent Léonie, président de l'association "Hyperloop Limoges", mise sur un engagement fort de la région Nouvelle Aquitaine et ne désespère pas de réussir à obtenir des fonds européens. Sébastien Gendron assure bénéficier d'une oreille attentive de l'Élysée pour faire avancer le dossier.

Pas vocation à remplacer la LGV

Les défenseurs du projet sont conscients des espoirs suscités par l'évocation de l'Hyperloop dans une région boudée par le train à grande vitesse. Mais ils refusent d'en faire une solution au désenclavement du Limousin dans l'immédiat. "La piste d'essai n'a pas vocation à transporter qui que ce soit", tempère Sébastien Gendron. "Il ne s'agit pas de construire un transport mais de faire avancer la recherche. Il ne faut pas brûler les étapes et se servir de l'Hyperloop comme d'une promesse en remplacement de la LGV alors que pour le moment la technique n'est ni certifiée ni installable", insiste Émile-Roger Lombertie.

"La Haute-Vienne est un territoire pour lequel beaucoup de promesses n'ont pas été tenues, abonde Vincent Léonie. Aujourd'hui, il ne s'agit pas de dire qu'on va avoir une ligne entre Paris et Toulouse. La question est de savoir si on veut ou non développer cette technologie sur notre territoire. La possibilité d'une ligne se posera dans un second temps seulement, avec toutes les problématiques d'utilité publique et d'expropriations que ça implique, ce n'est pas la même échéance".

La piste d'essai en Haute-Vienne n'est qu'une première étape pour Transpod. La société travaille déjà à identifier un second tronçon de 6 à 10 km - Orléans et Calgary au Canada, tiennent la corde - pour valider le système à l'échelle supérieure et lancer des études économiques pour vérifier la rentabilité de certains corridors en Europe et au Canada. Une fois ces étapes validées, l'entreprise espère pouvoir s'inscrire dans les politiques des transports de l'après TGV à horizon 2025.

Un risque financier

L'implantation de l'Hyperloop à Limoges ne fait pas consensus. Des élus Europe Écologie-Les Verts ont dénoncé récemment la faisabilité du projet. Les écologistes s'appuient sur un rapport réalisé par la région des Pouilles en Italie, également sollicitée par Transpod, pour critiquer le coût du projet, rapporte Le Populaire du Centre. Selon eux, celui-ci revient à plus de "60 millions d'euros au kilomètre" et est constante augmentation. Ils déplorent aussi une entreprise "catastrophique pour l'environnement" en raison des aménagements nécessaires à la réalisation des travaux.

L'opposition à l'Hyperloop trouve aussi un écho chez les anciens détracteurs de la LGV Limoges. Dans une tribune à Médiapart, Marcel Bayle, professeur de droit privé à l'Université de Limoges pointe les risques financiers liés à l'absence de structure juridique permettant d'harmoniser les différents projets de constructions de tubes à travers le monde

"La concurrence fait rage ; mais c’est une concurrence débridée qui semble peu raisonnable : a-t-on besoin de tant de prototypes alors que l’élaboration d’un seul coûte fort cher ?", s'interroge-t-il. Selon lui, "les investisseurs publics doivent soigneusement prendre la mesure des risques financiers liés à ce désordre dans la promotion d’un projet a priori intéressant" afin que cela "ne devienne pas une pompe à subventions pour un résultat ludique mais d'autant plus aléatoire que la concurrence est forte".

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2018-03-25 12:03:00
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