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Confinement : faut-il se méfier de Houseparty, l'application star des apéros entre amis ?

Cette application dédiée aux chats vidéo de groupe est l'une des plus téléchargées en France depuis le début du confinement. Mais elle s'autorise certaines libertés dans la collecte des données personnelles.

Houseparty est l'une des applications les plus téléchargées en France depuis le début du confinement
Houseparty est l'une des applications les plus téléchargées en France depuis le début du confinement Crédit : Houseparty
Benjamin Hue
Benjamin Hue
Journaliste RTL

Avec plus de 10 millions de téléchargements sur Android et des millions d'autres sur iPhone, elle est devenue l'application qu'il faut absolument télécharger pour palier la solitude pendant le confinement. Houseparty est un réseau social qui permet aux utilisateurs de créer des maisons virtuelles, pour discuter, jouer en ligne ou trinquer entre amis par chat vidéo dans la limite de huit participants.

Lancée en 2016 et rachetée par le propriétaire de Fortnite Epic Games en 2019, Houseparty connaît un vif succès depuis la mise en oeuvre des mesures de confinement dans de nombreux pays du monde, où elle a séduit une large audience par son approche très ouverte de la messagerie en ligne. 

Contrairement à des services comme Messenger ou WhatsApp, il suffit qu'un utilisateur ouvre l'application pour que ses contacts puissent accéder à son chat vidéo. Dans le même esprit, les amis d'amis peuvent rejoindre les conversations lancées par leurs contacts sur la plateforme et discuter avec des utilisateurs ne faisant pas partie de leur carnet d'adresse. Et une notification est envoyée à chaque fois que des contacts se connectent ou créent une maison virtuelle.

Mélange des genres et large collecte de données

Mais il convient d'avoir un certain nombre de considérations à l'esprit avant d'utiliser Houseparty. Comme le rappelle BFMTV Tech ce lundi 23 mars, l'application est très gourmande en données personnelles. Après le numéro de téléphone, elle demande l'accès à un carnet de contacts pour pouvoir mettre en relation l'utilisateur avec ses proches. Il est possible de lui associer ses contacts Facebook et Snapchat mais aussi ceux de son répertoire téléphonique. Ce qui peut s'avérer problématique par la suite.

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"Puisque l’application a accès au répertoire complet, ce ne sont pas seulement des amis qui peuvent être invités à rejoindre une conversation, c’est l’ensemble des contacts enregistrés dans le répertoire, et éventuellement les contacts de ces contacts", explique à RTL.fr, Suzanne Vergnolle, doctorante en droit à l’Université Paris-II Panthéon-Assas, qui s'est penchée sur la politique de confidentialité de Houseparty. "Le répertoire peut contenir des contacts professionnels ou des personnes que l’on connait très peu. On peut imaginer que parmi ces contacts, certains pourraient faire des irruptions non désirées dans des conversations".

En plus des données liées au compte, l’application collecte de nombreuses informations liées à l’appareil utilisé - comme le type d’appareil, l'adresse IP, l'opérateur téléphonique, l'adresse MAC ou le numéro IMEI - mais aussi le lieu où les utilisateurs se trouvent. Elle collecte également des données via des outils de traçage habituels - comme les cookies, les pixels invisibles et les balises Web - et déclare analyser les interactions sociales des personnes. "Cette collecte assez large de données par défaut semble assez peu respectueuse de la vie privée des utilisateurs de la plateforme", estime Suzanne Vergnolle.

Houseparty peut accéder aux conversations

La spécialiste de la protection des données personnelles a aussi observé une disposition étonnante. "La troisième section nous informe sur le fait que l’entreprise s’autorise à accéder aux conversations qui ont lieu sur sa plateforme", explique-t-elle. L'application se laisse le droit de réutiliser des informations, dont "des idées, inventions, concepts, techniques ou savoir-faire qui y sont divulgués", "à toutes fins", pour développer, fabriquer et commercialiser un bien ou un service, par exemple. Une telle disposition est "assez peu commune et juridiquement très contestable", estime Suzanne Vergnolle

D'autant plus que les conversations sur la plateforme ne sont pas chiffrées de bout-en-bout, seulement partiellement, ce qui fait craindre des risques liés à la sécurité et la confidentialité des échanges car "Houseparty peut accéder sur ses serveurs à l'ensemble des communications effectuées sur son service". La spécialiste recommande donc de ne pas utiliser cet outil pour des conversations professionnelles ou personnelles sensibles, mais plutôt de privilégier des plateformes chiffrées comme Messenger, WhatsApp et FaceTime ou des outils strictement professionnels.

Quelques options pour renforcer la confidentialité

Cela dit, il est toujours possible d'utiliser Houseparty pour un usage divertissant tout en renforçant la confidentialité du service. Vous pouvez activer pour cela le mode privé, afin que les discussions que vous créerez par la suite soient verrouillées et seulement accessibles aux personnes que vous aurez choisies. 

Vous pouvez également activer l'option "Sneak into the house" pour que vos contacts ne soient pas alertés à chaque fois que vous vous connectez. Il est aussi possible d'utiliser un faux nom et une fausse date d'anniversaire, de recevoir les emails, SMS et notifications émanant de l'éditeur de l'application. 

Enfin, vous pouvez, en théorie, demander à l'application de supprimer vos données personnelles en écrivant (en anglais) à cette adresse : hello@houseparty.com. Mais l'application semble s'arroger la possibilité de les conserver dans des archives ou des copies de sauvegardes, une disposition contraire au cadre européen sur la protection des données personnelles. Contacté par RTL.fr, Houseparty n'a pas encore donné suite à nos sollicitations.

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