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Comment la police britannique veut prédire les crimes avant qu'ils ne soient commis

Des services de police utilisent l'intelligence artificielle pour analyser des bases de données criminelles et prédire la probabilité de récidive d'individus ciblés. Un dispositif qui soulève de sérieuses questions éthiques.

Des officiers de police britanniques en mars 2018
Des officiers de police britanniques en mars 2018 Crédit : AFP
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Benjamin Hue
Journaliste RTL

"Vous êtes en état d'arrestation pour le futur meurtre de Sarah Marks". Dans les années 50, le romancier Philip K. Dick décrivait dans Minority Report une société dans laquelle la police avait la capacité de stopper les crimes avant qu'ils ne soient commis. Six décennies plus tard, la réalité n'a pas encore rattrapé la fiction. Mais les progrès des programmes d'intelligence artificielle et l'avènement du big data ont permis l'avènement d'une certaine forme de police prédictive.

La prédiction des crimes et des délits avec des outils algorithmiques existe déjà dans plusieurs villes du monde. Aux États-Unis, en Allemagne, en Belgique, au Royaume-Uni, mais aussi en France, des équipes de police municipale brassent des millions de données dans des logiciels qui les aident à déterminer les points chauds à surveiller en priorité, anticiper les lieux où les futurs crimes ont le plus de probabilité de se produire, voire le comportement déviant d'individus ciblés.

La police britannique s'intéresse particulièrement à ce dernier point. D'après un article publié dans New Scientist, neuf services de polices du pays travaillent actuellement sur un projet de grande ampleur visant à prédire les crimes violents.

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Une police prédictive préventive

Piloté par la police des Midlands de l'Ouest, dans la région de Birmingham, le projet, appelé National data Analytics Solution (NDAS), doit utiliser des bases de données criminelles des polices locales et nationale et des outils d'intelligence artificielle pour déterminer les personnes susceptibles de commettre des attaques à main armée ou à l'arme blanche, celles qui présentent la plus forte probabilité d'en être victime et les individus présentant le plus de chance d'être victimes d'esclavage moderne.

L'objectif n'est pas forcément d'arrêter les criminels avant qu'ils ne commettent un délit ou un crime, comme dans Minority Report. Le NDAS doit d'abord permettre de réorienter les individus ciblés comme présentant le plus de risque vers des services thérapeutiques et des établissements spécialisés afin qu'ils ne passent pas à l'acte. Selon Ian Donnelly, qui dirige le projet, le NDAS ne ciblera que les personnes présentant des tendances criminelles. 

Pour alimenter le NDAS, les équipes ont recueilli plus d'un téraoctet de données à partir de données criminelles locales et nationale. Environ cinq millions d'individus ont ainsi été identifiés. Le logiciel a ensuite isolé près de 1.400 indicateurs permettant de prédire la future criminalité, dont une trentaine particulièrement forts, comme le nombre de crimes qu'une personne a commis avec l'aide d'autres personnes et le nombre de crimes commis par des personnes de la même catégorie sociale.

Les algorithmes du NDAS se chargeront ensuite de travailler sur ces indicateurs pour prédire quelles personnes connues des services de police présentent des signaux augurant d'un passage à l'acte violent semblables à ceux observés dans des cas antérieurs. Ces individus se verront attribuer une note de risque évaluant leur probabilité de récidive future. La police des Midlands de l'Ouest doit présenter une première version opérationnelle du NDAS en mars prochain. L'avancée du projet est supervisée par le régulateur britannique des données personnelles.

Un risque de prédictions erronées

Comme tout projet de police prédictive, le NDAS soulève déjà de sérieuses questions éthiques. Des chercheurs de l'Institut britannique Alan Turing de recherche sur l'intelligence artificielle ont émis de sérieuses réserves sur le système. Ils se demandent notamment s'il est vraiment nécessaire d'agir auprès d'individus qui n'ont pas encore commis de crime. Ils s'inquiètent également des risques d'erreurs statistiques susceptibles de provoquer des prédictions erronées.

Le NDAS risque aussi de perpétuer des inégalités sociales. Plusieurs études ont déjà prouvé que les algorithmes ont tendance à reproduire les biais des bases de données sur lesquels ils s'appuient. Les quartiers défavorisés sont souvent surreprésentés, de même que les personnes de couleur qui sont plus susceptibles de se faire contrôler par des policiers.

Hasard du calendrier, l'expérimentation d'un système similaire a touché à sa fin dans le comté de Kent, dans le sud-est du pays. Après cinq ans, le dispositif conçu par la société PredPol a finalement été abandonné faute d'avoir pu démontrer qu'il permettait réellement de prédire les crimes et délits.

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2018-11-29 20:14:00
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