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Christchurch, Tech for good : la France au centre des débats sur la régulation du Web

Des dizaines de dirigeants de la tech et de responsables politiques avaient rendez-vous à Paris mercredi 15 mai pour développer des propositions contre la haine en ligne et pour responsabiliser les plateformes.

Vingt-six pays et géants d'Internet ont rallié mercredi "l'appel de Christchurch" contre les contenus en ligne "terroristes et extrémistes violents"
Vingt-six pays et géants d'Internet ont rallié mercredi "l'appel de Christchurch" contre les contenus en ligne "terroristes et extrémistes violents" Crédit : AFP
Benjamin Hue
Benjamin Hue
Journaliste RTL

La France veut prendre le leadership des débats sur la responsabilisation des grandes plateformes du numérique. À partir de ce mercredi 15 mai, Paris se mue en capitale des discussions mondiales sur la régulation d'Internet et de la lutte contre la haine et les violences en ligne. Des dizaines de patrons, hauts dirigeants et responsables politiques ont rendez-vous ces jours-ci dans la capitale française pour plusieurs événements organisés autour d'Emmanuel Macron dans un contexte chargé en actualité du numérique, en marge du salon de l'innovation VivaTech qui se tient de jeudi à samedi à la Porte de Versailles.

Pour la deuxième année consécutive, l'Élysée accueille ce mercredi soir le sommet Tech for Good, initié par le président français en mai dernier pour réfléchir aux manières dont les grandes entreprises du numérique peuvent contribuer au bien commun. Près de 200 dirigeants internationaux et patrons français du numérique sont conviés à dîner au palais présidentiel, comme Jack Ma (Alibaba), Ken Hu (Huawei), Dara Khososhahi (Uber), Jean-Paul Agon (l'Oréal) ou Éric Leandri (Qwant).

Après une première édition très riche en investissements, l'accent est mis cette année sur la responsabilité environnementale des entreprises de la tech et la promotion des femmes dans le secteur. Une quarantaine de groupes technologiques se sont engagés mercredi à porter à 30% le nombre de femmes à des postes de responsabilité d'ici 2022. L'Élysée espère pérenniser l'événement pour instaurer un dialogue régulier avec les géants du secteur et les encourager à s'engager en faveur du progrès social et environnemental.

"L'appel de Christchurch" contre la haine en ligne

Quelques heures plus tôt, le chef de l'État français et la Première ministre néo-zélandaise, Jacinda Ardern, ont lancé mercredi "l'appel de Christchurch" pour sonner la mobilisation internationale contre la violence en ligne, deux mois après la diffusion en direct sur Facebook de l'attaque contre des mosquées qui a fait 51 morts en Nouvelle-Zélande. Ce document de quatre pages demande aux géants du numérique et aux États de s'engager davantage pour prévenir, contrôler et supprimer les contenus violents et haineux diffusés en ligne. L'objectif est d'éviter qu'un nouveau massacre ne devienne viral sur Internet.

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Les participants s'engagent à prendre des mesures immédiates pour atténuer les risques" liés à la diffusion en direct de ces contenus en les identifiant en temps réel et en mettant en place des mécanismes de signalement adaptés ou d'algorithmes pour détourner les utilisateurs de ces contenus ainsi que la fermeture de comptes si nécessaire. Des actions déjà évoquées par le passé et un défi toujours aussi important pour des contenus qui sont souvent republiés à peine retirés. Les signataires promettent aussi d'améliorer les protocoles de crise entre les les plateformes, les États et la société civile. 

Une vingtaine de pays (France, Nouvelle-Zélande, Royaume-Uni, Indonésie, Japon, etc.) ont signé le texte. Pas les États-Unis. Manquent aussi à l'appel les réseaux sociaux chinois du côté des plateformes où l'on retrouve Twitter, Google, Dailymotion, Qwant et Facebook. Absent des réunions de mercredi et très critiqué pour sa gestion du massacre de Christchurch, le réseau social a envoyé en parallèle un geste fort en annonçant un durcissement des règles d'utilisation de Facebook Live. Désormais, les utilisateurs qui violent les conditions d'utilisation du service seront bloqués dès la première infraction. Vendredi dernier, Emmanuel Macron avait déjà reçu le patron de Facebook, Mark Zuckerberg, à l'Élysée pour lui présenter les recommandations de la France pour reciviliser les réseaux sociaux. 

Imposer un modèle de régulation coopératif

Au carrefour de ces initiatives, "il y a une vraie volonté du président de la République de travailler sur ces questions", assure-t-on à l'Élysée. Face à un modèle américain basé sur la culture de la liberté et l'absence de régulation et un modèle, plus asiatique, basé sur le contrôle de l'État, Paris veut faire émerger une troisième voie, un modèle coopératif régulé conjointement par les États et par les entreprises, à la manière de "l'appel de Paris" lancé en novembre dernier par Emmanuel Macron pour sanctuariser la paix dans le cyberespace. 

Ces discussions interviennent alors que la France travaille sur un projet de loi qui contraindrait les réseaux sociaux à retirer les contenus signalés sous 24 heures, sous peine d'une forte amende. Paris espère promouvoir cette régulation au niveau européen. En marge de Tech for Good, les ministres en charge du numérique des sept pays les plus industrialisés se sont aussi réunis mercredi à Bercy autour d'un projet de charte contre la haine en ligne sous toutes ses formes que la France poussera au menu du G7 dont elle assurera la présidence du 24 au 26 août à Biarritz. 

L'appel sera suivi d'une réunion des responsables techniques des grands groupes à Aqaba, puis d'une nouvelle rencontre lors du G7 de Biarritz et enfin d'un bilan concret en septembre à New York. Parallèlement, l'Europe envisage une directive obligeant les géants du Net à retirer les contenus "dans l'heure", un délai surnommé "golden hour". 

Mais ces discussions ne sont pas gagnées d'avance. Tous ces projets ne sauraient aboutir sans l'aval des États-Unis, où la liberté d'expression reste un concept sacré qui s'accommode mal des velléités régulatrices poussées par la France. Des voix s'élèvent aussi pour regretter une opération de communication offerte par la France aux géants américains sans aucune obligation en contrepartie. L'appel est une déclaration de principe. S'ils constituent les premiers jalons d'un travail à mener sur le long terme, tous ces engagements ne sont pas contraignants pour autant. 

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