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2020-2030 : Lune, Mars... Les prochaines frontières de l'exploration spatiale

ÉCLAIRAGE - En pleine ébullition lors de la dernière décennie, l'industrie spatiale va tenter de repousser les limites de l'exploration du lors des années à venir.

La planète Mars (illustration)
La planète Mars (illustration) Crédit : D. Ducros / EUROPEAN SPACE AGENCY / AFP
Benjamin Hue
Benjamin Hue
Journaliste RTL

50 ans après les premiers pas de l'homme sur la Lune, l'espace fait à nouveau rêver. Grâce aux immenses progrès technologiques réalisés ces dernières années et sous l'impulsion de nouveaux acteurs privés menés par des entrepreneurs décomplexés, l'exploration des confins du système solaire connaît un dynamisme inédit que certains n'hésitent pas à qualifier de nouvel âge d'or de la conquête spatiale

Le champ des possibles n'a jamais semblé si ouvert. Désireuse de percer le mystère de la vie extraterrestre, l'humanité a fait de Mars sa "nouvelle frontière" pour les années à venir. Pas moins de quatre missions sont programmées dans les prochains mois et il n'est pas impossible que l'homme fasse ses premiers pas sur la planète rouge à l'aube des années 2030.

Avant de conquérir les paysages désertiques de Mars, l'homme sera très certainement retourné sur la Lune. L'astre céleste est devenu un enjeu géopolitique que les puissances spatiales se disputent à nouveau. Les Etats-Unis veulent y envoyer une femme dès 2024 et projettent d'y installer une base afin d'en faire le "huitième continent", un dessein également poursuivi par l'Europe et la Russie.

Tour d'horizon des grandes missions spatiales qui redéfiniront les frontières de l'humanité dans les prochaines années.

2020 : le grand retour de l'exploration martienne

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Le XXe siècle a été celui de la conquête de la Lune. Le XXIe sera celui de la conquête de Mars. Pas moins de quatre vaisseaux vont partir cette année en orbite ou à la surface de Mars afin de renouer avec l'exploration entamée il y a deux décennies. Les scientifiques ont beaucoup appris sur l'évolution de la planète rouge ces dernières années. Il est désormais temps de découvrir si, oui ou non, la vie est possible à sa surface.

Le coup d'envoi des missions sera donné cet été. La Nasa doit envoyer son rover Mars 2020 au sein du cratère Jezero pour rechercher des indices de vie passée. En parallèle, l'Agence spatiale européenne lancera la mission ExoMars 2020 pour aller prélever des échantillons jusqu'à 2 mètres sous la surface de la planète rouge. 

Après avoir atteint la face cachée de la Lune et des astéroïdes, la Chine tentera elle aussi de placer un instrument en orbite de Mars et de déposer un rover à sa surface dans le cadre de la mission Huoxing-1. Les Émirats arabes unis viseront pour leur part l'orbite de la planète rouge avec la sonde Hope. Toutes les missions doivent arriver à destination en 2021. 

De son côté, SpaceX, prévoit de lancer une mission non habitée en 2022 pour confirmer les sources d'eau sur Mars et faire du repérage avant une mission habitée espérée en 2024. Plus prudente, la Nasa table sur l'horizon 2033 pour voir des astronautes fouler le sol de Mars.

2020 : la course aux constellations de satellites

Avec les progrès de la miniaturisation et l'avènement de la vidéo à la demande, qui nécessite des besoins toujours plus importants en bande passante, l'industrie spatiale s'est convertie aux constellations de minisatellites. A terme, des dizaines de milliers de satellites miniatures vont rejoindre les quelque dizaines de satellites classiques déjà envoyés dans le ciel pour offrir un accès à Internet haut débit à bas coût partout sur la planète et stimuler les services basés sur la connectivité.

En novembre dernier, SpaceX envoyait une première grappe de 120 satellites miniatures de la constellation Starlink. L'entreprise d'Elon Musk prévoit de nouveaux lancements toutes les deux semaines dès ce mois de janvier avec l'espoir d'envoyer entre 12.000 et 42.000 satellites dans l'espace d'ici 2025.

La constellation Starlink vue depuis la Terre
La constellation Starlink vue depuis la Terre Crédit : Capture d'image de la vidéo de Marco Langbroek

OneWeb et Amazon ont également des projets en la matière. Au total, plusieurs milliers de projets de petits satellites placés en orbite basse ont ainsi été recensés par le cabinet Euroconsult. L'émergence de ces méga constellations inquiète les astronomes car elles pourraient engendrer une importante pollution lumineuse et encombrer l'orbite de la terre.

2020 : les États-Unis vont renvoyer des hommes dans l'espace

Depuis la fin de la navette spatiale en 2011, la NASA est dépendante de la Russie et du vaisseau Soyouz pour envoyer des astronautes dans l'espace. Quasiment dix ans plus tard, l'agence spatiale américaine est en passe de résoudre ce problème avec l'émergence des vaisseaux spatiaux commerciaux de SpaceX et Boeing.

Les deux entreprises espéraient être en mesure de mener des premières missions habitées dès le début de l'année 2020. Mais les revers essuyés par leurs capsules respectives Crew Dragon et Starliner lors de leurs dernières tentatives devraient retarder ces dates de lancement cibles à février-mars.

2021 : mise en service du télescope spatial James Webb

C'est l'Arlésienne de l'astronomie. Imaginé au début des années 90, le télescope spatial James Webb a vu son lancement mainte fois reporté et son budget exploser. Sa mise en service est aujourd'hui prévue pour le 30 mars 2021 à bord d'une fusée Ariane 5.

Le successeur de Hubble doit devenir le principal observatoire des années 2020. Il sera capable de voir beaucoup plus loin et de fournir des observations sans précédent en scrutant les premières galaxies qui se sont formées dans l'univers dans les centaines de millions d'années qui ont suivi le Big Bang. 

Quatre ans plus tard, le télescope géant E-ELT promet de devenir le plus grand télescope optique et infrarouge au monde. Capable de recueillir treize fois plus de lumière que les télescopes spatiaux les plus puissants actuels, il devra répondre à des questions fondamentales relatives à la formation et l'évolution de la planète, son environnement et l'unicité du système solaire. 

2021-2022 : premier vol habité de l'Inde

L'Inde rêve d'entrer dans le cercle très fermé des puissances qui ont envoyé des hommes dans l'espace. L'agence spatiale du pays devrait tenter de franchir ce jalon symbolique en  2021 ou en 2022. Les astronautes doivent être choisis cette année, une femme devrait faire partie de l'aventure. Si la mission est réussie, l'Inde deviendrait le quatrième pays à réaliser cet exploit technologique après la Russie, les États-Unis et la Chine. 

Cela serait l'aboutissement d'une décennie d'investissement spatial, avec quelques succès à la clé, comme l'envoi d'une sonde en orbite de Mars, mais aussi des échec, comme la tentative d'alunissage ratée de cet automne. Le pays espère aussi disposer de sa propre station spatiale d'ici cinq à sept ans.

2022 : une station spatiale chinoise en orbite

La prochaine décennie devrait être marquée par la montée en puissance de la Chine. Plus tôt cette année, elle est rentrée dans l'histoire en étant la première nation à faire atterrir un vaisseau de l'autre côté de la Lune, un territoire jusqu'ici inconnu. Un succès d'autant plus important que la sonde Chang'e 4 a atterri dans le cratère le plus ancien et le plus profond de la Lune et pourrait apporter un nouvel éclairage sur les origines de l'astre.

Le rover Yutu 2 est descendu de la sonde Chang'e 4 pour explorer le cratère Von Kàrmàn sur la face cachée de la Lune
Le rover Yutu 2 est descendu de la sonde Chang'e 4 pour explorer le cratère Von Kàrmàn sur la face cachée de la Lune Crédit : CHINA NATIONAL SPACE ADMINISTRATION (CNSA) VIA CNS / AFP

La Chine voit plus loin et prévoit de commencer à exploiter sa propre station spatiale d'ici à 2022 et d'envoyer des astronautes dans une base lunaire d'ici la fin de la décennie. Le géant asiatique tire aussi des plans sur Mars où il doit envoyer des sondes pour y collecter des échantillons dès 2021.

2023 : nouvelle ère du tourisme spatial

En 2001, l'Américain Dennis devenait le premier civil dans l'espace en séjournant une semaine à bord de l'ISS après avoir déboursé près de 20 millions de dollars. Deux décennies plus tard, le tourisme spatial va devenir une réalité un peu plus accessible sous l'impulsion des projets de vols suborbitaux de Blue Origin et Virgin Galactic, qui sont censés voir le jour dès 2020. 

La compagnie de Richard Branson entend proposer à partir de 2023 plus de 250 vols par an aux frontières de l'espace, en orbite basse à une centaine de kilomètres d'altitude, pour un ticket d'entrée inférieur à 300.000 dollars. Un grand frisson de quelques minutes suffisant pour admirer les formes de la Terre depuis un point de vue inédit et profiter de l'apesanteur.

La même année verra aussi SpaceX lancer une première mission touristique vers la Lune. Accompagné d'une demi-douzaine d'artistes, le milliardaire japonais Yusaku Maezawa sera le premier passager privé à profiter d'un aller-retour lunaire de plus de 750.000 kilomètres à bord de la Big Falcon Rocket moyennant un investissement estimé à près de deux milliards de dollars.

2024 : l'Europe va visiter un astéroïde pour mieux les détecter

Entre les astéroïdes, les débris spatiaux et les éruptions solaires, de nombreuses menaces planent au-dessus de notre planète. Grâce au travail de détections des agences spatiales, on estime connaître plus de 90% des plus gros objets géocroiseurs dont une collision avec la Terre serait synonyme d'extinction de nos civilisations. 

Afin de mieux parer à ces menaces, l'agence spatiale européenne va envoyer une sonde en 2024 pour visiter l'astéroïde Didymos sur lequel se sera écrasé un vaisseau kamikaze américain en 2021. L'idée est d'analyser les conséquences de l'impact pour obtenir un modèle de déviation qui fonctionne. 

2023 : retour d'échantillons des astéroïdes visités par Osiris-Rex

Lancée en 2016 pour visiter l'astéroïde Bennu, la mission Osiris-Rex de la Nasa devrait ramener sur Terre un échantillon du corps rocheux d'ici 2023. Le vaisseau spatial a atteint l'astéroïde en novembre 2018 et a rapporté un certain nombre d'images inédites sur Terre. Les scientifiques espèrent que cet astéroïde, vestige de la formation du système solaire, nous livrera des informations relatives à la constitution de la vie sur Terre.

2024 : une première femme sur la Lune

La prochaine décennie sera aussi résolument tournée vers la Lune. Le 55e anniversaire de la mission Apollo 11 a ravivé les ambitions américaines. La Nasa espère ramener des astronautes sur la Lune en 2024 avec la mission Artemis. L'équipage devrait être constitué d'un homme et, pour la première fois, d'une femme. Un premier vol non habité doit préparer le terrain à la mission cette année.

50 ans après les premiers pas de Neil Armstrong, les États-Unis ont cette fois l'intention de rester sur la Lune. Avec la France et l'Europe, notamment, la Nasa espère placer une station spatiale en orbite lunaire afin d'assurer une présence humaine permanente à proximité du satellite naturel de la Terre.  

Le concept de la future spation spatiale lunaire Gateway, en images de synthèses
Le concept de la future spation spatiale lunaire Gateway, en images de synthèses Crédit : Twitter @Boeing

La mission doit permettre d'en apprendre davantage sur les effets des rayonnements cosmiques lors des vols dans l'espace de longue durée. À terme, Artemis doit aussi prendre le relais de la Station spatiale internationale qui tirera sa révérence d'ici à 2030.

2026 : la Nasa à l'assaut de la lune glacée de Saturne

En 2026, la mission Dragonfly quittera la Terre pour atteindre Titan, la lune glacée de Saturne, qui est aussi la plus grande lune de notre système solaire. Pas moins de huit ans seront nécessaires au vaisseau de la Nasa pour rallier la planète dix fois plus éloignée du Soleil que la Terre. L'atterrissage est espéré pour 2034.

Sur place, où la température avoisine les -180 degrés en moyenne, le rover de l'agence spatiale américaine devra parcourir plus de 170 kilomètres en espérant découvrir des signes d'une ancienne vie microbienne. Titan abrite en effet une grande variété de molécules organiques qui pourraient nous aider à percer les mystères de la vie.

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New Dragonfly Mission Flying Landing Sequence Animation

2029 : l'Europe vise les lunes de Jupiter

D'ici la fin de la décennie, nous devrions en savoir plus sur la possibilité de la vie extraterrestre. Les sondes Europa Clipper et Juice doivent s'élancer en 2022 pour étudier Jupiter et ses trois plus grosses lunes. La mission doit arriver à destination en 2029 et passer ensuite trois années à observer l'activité de la géante gazeuse et de ses lunes. 

L'objectif est de déterminer si leurs environnements sont bien susceptibles d'abriter des formes de vie comme le soupçonnent les scientifiques grâce, notamment, à la présence potentielle d'océans salés et de sources d'eau chaude à une centaine de kilomètres de profondeur.

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