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Frédéric Péchenard à Jean-Michel Aphatie : "Dominique Rossi a commis une faute professionnelle"

Le directeur général de la Police nationale répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie jeudi matin. Interrogé sur l'éviction du responsable des services de sécurité intérieure en Corse - relevé de ses fonctions après l'envahissement, samedi, par des nationalistes, de la villa de l'acteur Christian Clavier -, Frédéric Péchenard a expliqué que celui-ci avait "commis une faute". Il a confirmé que Michèle Alliot-Marie lui a demandé de remplacer Dominique Rossi.

Jean-Michel Aphatie
Jean-Michel Aphatie
Journaliste RTL



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Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Frédéric Pechenard.

Frédéric Pechenard : Bonjour.

Samedi dernier, une cinquantaine de personnes ont occupé la villa du comédien Christian Clavier, villa qui se trouve à Porto-Vecchio, en Corse du Sud. Et on a appris, mardi, que Dominique Rossi, 59 ans, coordonnateur des services de sécurité sur l'île, avait été sanctionné pour n'avoir pas pu ou pas su empêcher l'occupation illégale de cette villa. Quelle faute reprochez-vous à Dominique Rossi, Frédéric Pechenard ?

La faute qui est reprochée à Dominique Rossi, c'est de n'avoir pas su anticiper et faire avec les moyens qui lui avaient été fournis. En l'occurrence, les services de renseignements de la Direction centrale du Renseignement intérieur, qui est la nouvelle direction qui a été créée le 1er juillet, par fusion de la DST et des RG, avaient communiqué dès vendredi des informations sur des éventuelles dégradations ou violations de propriétés qui pourraient se commettre, à l'issue de la manifestation devant la mairie de Porto-Vecchio à l'encontre de plusieurs domaines, et notamment celui de Christian Clavier qui était nommément désigné, et celui également de Camille de Rocca Sera

Donc, le coordonnateur avait en sa possession une note de renseignements lui disant ce qui allait se passer. Il avait également à sa disposition trois escadrons de gendarmerie mobile et il n'a pas pu, pas su, ou ses ordres ont été peu suivis, enfin l'enquête permettra de le déterminer, faire en sorte que cette intrusion illégale dans une des deux propriétés ciblées ait eu lieu. Et c'est pour ça qu'il est muté aujourd'hui.

Pour vous, c'était donc une faute ?

Oui.

L'attitude de Dominique Rossi comme une faute professionnelle ?

Absolument.

Ca n'est sans doute pas la première fois en Corse ? C'est sans doute ça qui a surpris que des fonctionnaires de police parce que le travail est difficile sur le terrain, ne parviennent pas à faire des choses que l'on attend d'eux parce qu'en Corse, tout est un peu spécial. C'est ce changement-là qui a beaucoup étonné. Est-ce que ça inaugure un changement d'attitude de la part des forces de l'ordre sur l'île ?

Non pas du tout. Ce qu'il faut comprendre, c'est quel est le poste de Dominique Rossi sur l'île. Alors, il y a deux choses, si vous voulez.
- D'abord, qui il est ? Qu'est-ce qu'il fait ?
- Et d'autre part, quelle est la particularité de cette opération ?
Alors, la particularité de cette opération, c'est que là les forces de l'ordre étaient au courant. C'est vrai qu'on ne peut pas en vouloir à quelqu'un s'il se passe quelque chose alors que personne n'était au courant. En l'occurrence, on savait ce qui allait se passer. Et comme responsable, bien que la faute ne soit jamais quelque chose d'unique et de partagé. Et puis, je ne souhaite certainement pas  l'accabler ni aujourd'hui, ni demain, ni d'ailleurs jamais ; mais comme responsable, il aurait dû prendre les mesures qui permettaient, si vous voulez, que ça ne se passe pas.

Alors maintenant, qui est Dominique Rossi ? Dominique Rossi est un grand policier. C'est un garçon que je connais bien et que j'apprécie, qui a une carrière très longue dans la police, qui a d'ailleurs bougé beaucoup : à Paris, aux Antilles, une première fois en Corse, il est revenu ensuite en Corse. Ca fait maintenant presqu'une dizaine d'années qu'il est à nouveau en Corse, et il a un poste qui est extrêmement important et sensible, puisqu'il est le coordonateur, c'est-à-dire en fait : le patron des Services de police et de gendarmerie sur l'île. Jusqu'à une date récente, c'était d'ailleurs un préfet de police et puis, finalement le poste a été transformé et donné à un policier de haut niveau. C'est un contrôleur général de la police nationale, c'est-à-dire que c'est une des 100 personnes de la police nationale les plus gradées. Ce sont 150.000 policiers en France. Il y a à peu près 2.000 commissaires. Il y a une centaine de personnes qui appartiennent, qui sont les haut-fonctionnaires de la Police nationale.

Alors, il occupait ce jour-là un poste très particulier, encore un peu au-dessus du sien puisque le responsable de l'Ordre Public dans un département quel qu'il soit, notamment en Corse, c'est le préfet.

C'est le préfet. Et là, il n'était pas là. Et Dominique Rossi le remplaçait.

Or, le préfet n'était pas là puisque le préfet Leyrit venait de partir et que le nouveau préfet de l'île, Stéphane Bouillon, arrivait seulement le dimanche soir. Il était donc le représentant du gouvernement et le responsable de l'Ordre Public sur l'ensemble de la Corse. C'est à ce titre que la faute est sanctionnée parce qu'il est "le" patron, le patron des forces de police, et qu'en tant que patron, on doit assumer sa responsabilité quand bien même sa responsabilité personnelle ne serait pas directement engagée.

On connaît les liens - ils sont publics - entre Christian Clavier et le président de la République. Le président de la République est-il à l'origine de cette sanction, Frédéric Pechenard ?

Alors, absolument pas. On connaît effectivement les liens entre Christian Clavier et le Président de la République. Je crois que... Je suis même certain que les faits se seraient passés de la même manière et la sanction de la même manière, s'ils avaient envahi l'autre propriété qui était visée, celle de Camille de Rocca Sera, qui est tout de même le numéro un, l'élu le plus important de Corse. On ne peut pas laisser faire tout et n'importe quoi. On ne peut pas laisser des gens violer la vie privée, violer la propriété ... Finalement, qu'est-ce que c'est une intrusion comme ça ? Quand j'entends dire : "Ah, c'était pacifique !" C'est  ni plus ni moins que de l'intimidation. Alors, effectivement, ils sont repartis sans avoir brûlé la maison.

Est-ce le président de la République qui vous a demandé de prendre cette sanction ?

Pas du tout. J'ai eu une réunion avec le ministre de l'Intérieur ; et c'est le ministre de l'Intérieur, Michèle Alliot-Marie, qui m'a demandé de prendre cette sanction et de rechercher quelqu'un pour remplacer Dominique Rossi. J'ai donc moi-même dit à Dominique Rossi qu'il allait être écarté. C'est moi qui ai décidé de le nommer à l'Inspection générale de la Police Nationale à Paris ; et c'est moi qui ai recherché et nommé, hier, Gilles Leclair comme son successeur.

Christian Clavier porte-t-il plainte pour occupation de sa villa ou pas ?

Absolument. La plainte a été déposée par Christian Clavier. Alors la plainte et la maison de Christian Clavier est en zone gendarmerie. Ce qui fait que c'est la gendarmerie nationale qui s'occupe et de la protection de sa maison et de la plainte. Mais je sais (je n'ai pas un accès direct à l'enquête) mais je sais qu'ils ont entendu, hier, Christian Clavier et puis les témoins et que celui-ci a porté plainte, effectivement.

Donc, il y a une plainte. Et les gens qui ont occupé illégalement la villa seront poursuivis. Parmi eux, il y avait des responsables politiques, par exemple Jean Guy Talamoni. Ceci ne risque-t-il pas de dégrader le climat politique en Corse, Frédéric Pechenard ?

Alors, je ne sais pas s'ils seront poursuivis. Ils seront entendus. Les policiers, les gendarmes font des procédures et c'est à la Justice de décider si à l'issue de ces procédures, il y a lieu ou non à engager des poursuites.

S'il y a une occupation illégale, on imagine tout de même que la Justice ne dira pas : "Circulez, il n'y a plus rien à voir !"

D'abord, le procureur de la République estime, en fonction de ce qui s'est passé, s'il y a ou s'il n'y a pas une infraction ; et puis après, comme vous le savez, le procureur a l'opportunité des poursuites. Mais en tout cas, il y a eu -à mon sens- effectivement une illégalité et un délit.

Redoutez-vous, Frédéric Pechenard, vous qui dirigez la Police Nationale que cette affaire dégrade le climat politique en Corse ? C'était assez calme ces dernières années ou ces derniers mois ?

Non, ça ne m'inquiète pas spécialement. Je crois qu'il faut continuer ce qui a été fait en Corse. Je me suis déplacé en Corse avec Michèle Alliot-Marie. Elle souhaite instaurer le dialogue. Elle souhaite respecter... Je sais qu'elle a beaucoup d'affection pour cette île et pour les Corses et cela passe incontestablement par une répression sévère à l'endroit de ceux qui commettent des illégalités, qui sont des illégalités relativement peu importantes comme celle-là ou bien sûr comme des attentats qui sont tout de même - et c'est fort heureux ! - en baisse notable depuis quelques années.

Frédéric Pechenard, directeur général de la Police Nationale, était présent sur RTL, ce matin. Bonne journée.

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2008-09-04 08:55:00