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François Bayrou : "Nicolas Sarkozy se comporte en chef de parti avec les donateurs de son parti"

Le président du Mouvement Démocrate (MoDem) répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie jeudi matin. François Bayrou a vivement critiqué la réunion du Premier Cercle des donateurs de l'UMP en présence de Nicolas Sarkozy, y voyant le signe que "l'influence sur le pouvoir s'acquiert par l'argent", "en faisant des chèques". "Il y a deux questions : la première question c'est (le fait) que le président de la République se comporte en chef de parti avec les donateurs de son parti, c'est-à-dire qu'il sorte de l'impartialité qui doit être celle de cette fonction pour entrer dans la défense d'un intérêt particulier qui est l'intérêt de son parti", a-t-il dit. "Deuxièmement, me choque terriblement l'expression Premier Cercle" qui montre que "l'influence sur le pouvoir, elle s'acquiert par l'argent, elle s'acquiert en faisant des chèques", "en l'achetant", a-t-il ajouté. "Ceci est un modèle politique et un modèle de société que je récuse".

Le président du MoDem François Bayrou sur RTL le 27 janvier 2011
Le président du MoDem François Bayrou sur RTL le 27 janvier 2011 Crédit : RTL
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La rédaction numérique de RTL
et Jean-Michel Aphatie

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Jean-Michel Aphatie : Bonjour, François Bayrou.

François Bayrou : Bonjour.

Un parfum de suspicion flotte sur la République. Et pour le dissiper la commission Sauvet propose de faire remplir aux élus notamment, une déclaration d'intérêts.
- Quelles activités professionnelles avez-vous effectué durant ces trois dernières années ?
- Bénéficiez-vous de revenus d'une activité privée ?
- Possédez-vous des actions dans les entreprises ?
Etes-vous prêt, François Bayrou, à faire une telle déclaration sur votre situation pour pouvoir poursuivre votre carrière politique ?

Bien sûr non pas pour poursuivre une carrière politique mais parce que ça me paraît normal et juste d'être transparent. Au demeurant, il n'y a pas beaucoup d'effort parce que quand vous avez été, plusieurs fois, candidat à l'élection présidentielle, vous avez chaque fois rempli une déclaration complète - et rendue publique maintenant - de ce qu'est votre patrimoine, vos revenus ; et donc tout ça est absolument légitime et normal.

C'est peut-être un peu inquisitorial tout de même : vos descendants, vos ascendants ; ça va peut-être un peu loin ?

Bon, on verra lorsqu'on votera la loi où il faut mettre le curseur. Mais pour moi, en tout cas, la transparence est nécessaire pour que cessent, non pas seulement le soupçon, mais les réalités de croisement entre l'intérêt général que devrait défendre un élu, un gouvernant et l'intérêt privé. Les intérêts privés. Non seulement les intérêts privés de celui qui vote ou décide mais les intérêts privés de gens avec qui il est en liaison ou en relation : d'entreprises, par exemple, ou de gros intérêts financiers avec qui il est en liaison ou en relation. Est-ce qu'il y en a ? Oui. Et vous le savez bien.

Honnêtement, non ; parce qu'on le sait bien : non. On le dit mais il y a peu d'histoires concrètes. Le Médiator en était une mais est-ce qu'on peut généraliser ce type de situation ?

Le fait qu'un très grand nombre de parlementaires s'inscrive comme avocat...

Ca, ça vous inquiète ?

Non pas pour défendre la veuve et l'orphelin, ce qui serait légitime et bien et que je comprendrais et soutiendrais. Mais pour faire des rapports du Conseil, des arbitrages, cela ça n'est pas normal dans une démocratie comme la nôtre. Et donc il faut absolument entrer dans l'étape ultérieure de cette réflexion ; cette étape, c'est : il faut aussi que députés et sénateurs votent pour eux-mêmes puisque le rapport Sauvet n'aborde pas leur cas pour respecter la séparation des Pouvoirs, ce que je comprends très bien, votent pour eux-mêmes ce genre de limitation, ce genre de transparence. Et moi, en tout cas, je la soutiendrais, c'est ce que j'avais proposé devant la commission Sauvet lorsqu'elle m'a auditionné comme on dit.

Donc, on attendra une éventuelle loi... On n'y est pas encore, mais donc, on aura l'occasion d'en reparler.

Si, si, ça va venir.

Vous pensez que ça va aller vite ?

Ca va venir et c'est très important. On ne peut pas continuer à avoir ce soupçon perpétuel, et un soupçon qui comme on le sait dans le cercle des pouvoirs, est assez souvent fondé.

Votre pari, votre intuition, François Bayrou c'est qu'une loi sera faite rapidement sur ce sujet ?

Oui, et c'est une bonne chose.

Nicolas Sarkozy a réuni mardi soir dans un hôtel à Paris les principaux donateurs de l'UMP regroupés dans une association que l'on appelle "Le Premier Cercle". Philippe Corbé le racontait, hier matin, sur RTL. "Le Figaro" y revient ce matin. Il raconte cette réunion et il décrit d'abord, commençons par là : "Un Président de la République déjà dans la préparation de sa nouvelle campagne présidentielle". Cela vous étonne-t-il, François Bayrou ? Ou vous trouvez ça normal ?

Non, ce n'est pas ça le sujet. Alors que Nicolas Sarkozy se prépare à être candidat en 2012...

Ce n'est pas une surprise pour vous ?

... Il n'y a que ceux qui ont un bandeau sur les yeux qui ne le voient pas. Ce n'est pas ça la question. Il y a deux questions. La première question, c'est que le Président de la République se comporte en chef de parti avec les donateurs de son parti, c'est-à-dire qu'il sorte de l'impartialité qui doit être celle de cette fonction pour entrer dans la défense d'un intérêt particulier qui est l'intérêt de son parti. Ca, c'est la première chose.

Ca, ça vous choque parce que tous les Présidents l'ont fait... Peut-être...

Non.  Tous les Présidents ne l'ont pas fait. Tous les Présidents n'ont pas organisé des réunions de partis à l'Elysée. Tous les Présidents n'ont pas participé à des réunions de...

... Ce n'est pas à l'Elysée, là !

Non, mais...

... C'était à l'extérieur.

C'est pareil, c'est la même chose. Mais à l'Elysée, il organise les réunions de son parti, du bureau politique de son parti. Ceci ne correspond pas à l'impartialité qui doit  être celle de l'Etat et du Chef de l'Etat par-dessus tout le monde.

Deuxièmement, me choque terriblement l'expression "Premier Cercle", parce que si vous voulez réfléchir une seconde à cette expression, que dit-elle ? Elle dit que l'influence sur le Pouvoir, elle s'acquiert par l'argent, elle s'acquiert en faisant des chèques, elle ne s'acquiert pas à la sagesse, elle ne s'acquiert pas à l'intelligence, elle ne s'acquiert pas à la culture, elle s'acquiert en l'achetant. Eh bien ceci est un modèle de société que je récuse, un modèle politique et un modèle de société que je récuse parce que pendant ce temps  - je vous donne les chiffres que donnent ce matin les journaux - en une phrase.
Chômage en décembre : + 32.000 ;
Chômage de longue durée : + 20% ;
Chômage des seniors : + 16% ;
Taux de suicides chez les agriculteurs (ça mériterait qu'on s'arrête sur cette phrase) : trois fois plus que dans le reste de la population.
Et pendant ce temps, les stagiaires à l'Education nationale ne peuvent pas faire leur stage parce que pas remplacés ; et les chefs d'établissements se voient promettre des primes de résultats. Vous avez tout ça, c'est un modèle de société.

Je voudrais vous soumettre une phrase de Jean-François Copé, cité dans "Le Figaro aujourd'hui" - secrétaire général de l'UMP, Jean François Copé : "Je souhaite que les grands donateurs du Premier Cercle apportent leur éclairage, leur expérience, leur contribution pour l'élaboration du projet présidentiel".

Voilà ! Soyez riche, ayez de l'argent, faites des chèques, vous aurez de l'influence et on écoutera votre voix ! Et c'est ça qui est inacceptable, bien sûr.

Une dernière question rapide, François Bayrou ?

Oui.

Vous êtes centriste, et tout le monde note autour du Centre beaucoup de mouvement ; et là, on n'a pas le temps, alors on va aller à l'essentiel. Nicolas About, sénateur des Yvelines, présidait le groupe centriste au Sénat jusqu'à récemment. Il a été nommé à la surprise générale au CSA (Conseil Supérieur de l'Audiovisuel) alors qu'il était surtout connu pour avoir présidé la commission des Affaires sociales du Sénat. Vous expliquez comment une nomination comme celle-là ?

Dans cette République, dont je prétends qu'il faut qu'on la change fondamentalement dans ses règles et dans ses usages, on n'est pas nommé pour sa compétence, pour les services qu'on peut rendre ; on est nommé parce que ça arrange ceux qui décident et qui vous nomment. Ca arrange...

Et vous pensez que c'est le cas avec le sénateur centriste ?

Je pense que c'est le cas avec Nicolas About, qui est quelqu'un qui a des mérites par ailleurs ; mais c'est le cas avec Nicolas About, c'est le cas dans la plupart des nominations qui sont faites aujourd'hui et vous y verrez, chaque fois, cette trace d'arbitraire qui est pour moi incompatible avec un état impartial et juste.

Voilà. François Bayrou, président du MoDem - le CSA nous surveille !, donc, on dit "coucou" au CSA !

Vincent Parizot : Bonjour messieurs, mesdames...

Et on souhaite à tout le monde une bonne journée !

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Le président du Mouvement Démocrate (MoDem) répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie jeudi matin. François Bayrou a vivement critiqué la réunion du Premier Cercle des donateurs de l'UMP en présence de Nicolas Sarkozy, y voyant le signe que "l'influence sur le pouvoir s'acquiert par l'argent", "en faisant des chèques". "Il y a deux questions : la première question c'est (le fait) que le président de la République se comporte en chef de parti avec les donateurs de son parti, c'est-à-dire qu'il sorte de l'impartialité qui doit être celle de cette fonction pour entrer dans la défense d'un intérêt particulier qui est l'intérêt de son parti", a-t-il dit. "Deuxièmement, me choque terriblement l'expression Premier Cercle" qui montre que "l'influence sur le pouvoir, elle s'acquiert par l'argent, elle s'acquiert en faisant des chèques", "en l'achetant", a-t-il ajouté. "Ceci est un modèle politique et un modèle de société que je récuse".
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2011-01-27 09:05:00
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