1 min de lecture L'invité de RTL

François Baroin : "Ne pas respecter les procédures, c'est promulguer des rumeurs"

Le ministre du Budget, des Comptes publics et de la Réforme de l'Etat répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie mardi matin. Interrogé sur les révélations au site Mediapart de L'ex-comptable de Liliane Bettencourt, selon laquelle Eric Woerth a reçu en tant que trésorier de l'UMP la somme de 150.000 euros en liquide pour financer la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy au printemps 2007, François Baroin a rappelé qu'il fallait protéger le secret de l'instruction. Il a évoqué "une marguerite à laquelle on retirerait des pétales chaque jour".

Jean-Michel Aphatie

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L'ex-comptable des Bettencourt parle de sommes versées à Eric Woerth


Jean-Michel Aphatie : Bonjour, François Baroin.

François Baroin : Bonjour.

Les urgents se succèdent sur le fil des agences de presse. 7h26 - AFP : "L'ex-comptable de Liliane Bettencourt a affirmé qu'Eric Woerth a reçu en tant que trésorier de l'UMP, la somme de 150.000 € en liquide pour financer la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy au printemps 2007 - c'est dans une interview à Mediapart".
7h35 - dépêche Reuter : "L'Elysée qualifie de totalement fausses les affirmations selon lesquelles Nicolas Sarkozy recevait des espèces des Bettencourt".
Est-ce que ça peut durer longtemps comme ça, François Baroin ?

Toujours très frappé de voir que des auditions dans le cadre d'une procédure judiciaire...

Là, c'est une interview à Médiapart, la comptable...

Ah bon, d'accord. Donc, c'est encore plus clair. Alors, l'a-t-elle dit à la police ? Dans quelles conditions ? Sous quelle forme ? Enfin, écoutez, moi je n'ai pas d'autre commentaire dans la mesure où il y a une procédure qui est en cours, il y a une instruction qui est en cours. Enfin, je crois qu'il faut rappeler quelques principes simples. Le secret de l'instruction, ce n'est pas un secret de polichinelle. Le secret fiscal, ce n'est pas le secret des vestiaires d'une équipe de foot. Bref ! Tout cela il faut le protéger parce que ce sont des protections de liberté.

Ca ne veut pas dire qu'il faut cacher des secrets. Ca veut dire qu'il faut simplement laisser les procédures aller jusqu'à leur terme dans le cadre de l'Etat de droit. S'éloigner de ces principes là, c'est s'éloigner d'une certaine idée de la démocratie et c'est faire le jeu d'une certaine idée de la manière dont on développe des rumeurs, des soupçons, des amalgames, et la confusion.

La comptable du couple Bettencourt raconte sa vérité. Elle la raconte publiquement. Elle prend ses responsabilités.

Voilà, c'est sa part de vérité ; ça a été démenti. Point. Barre.

Pensez-vous, François Baroin, qu'Eric Woerth nous a dit la vérité jusqu'ici sur ses relations avec la famille Bettencourt ?

Ecoutez, à l'origine Jean-Michel Aphatie, j'étais venu pour vous parler du Budget, ça me semble important pour le pays. On a 40 milliards à trouver. Je pense que c'est important pour les Français, ceux qui nous écoutent, de discuter tout cela, je veux bien faire huit minutes, dix minutes, une demi-heure, y consacrer tout le temps nécessaire, je ne suis pas qualifié pour le faire. En revanche, on a des choses à dire en la matière.

Vous voulez parler Budget !

Voilà.

Vous savez, c'est un embarras commun d'avoir à traiter ce genre d'histoire mais on fait avec ce que l'actualité nous offre.

Non, mais ce n'est pas un embarras.

Et visiblement, ce feuilleton, personne n'est en  état de l'arrêter ?

Ecoutez, il y a dix jours, j'ai fait une émission d'une heure. Pendant une demi-heure, on a répondu point par point. Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ! Voilà, il me semble que le Budget de la France, la préparation des comptes, l'organisation, la perspective, rassurer les gens, dire les mesures que nous allons prendre, préserver les années qui viennent, préserver nos systèmes de fonctionnement, ça me semble plus important que de commenter cette marguerite à laquelle on veut retirer chacun des pétales jour après jour, sans preuve particulière. Quelle est la preuve ? Seule, une histoire de vérité permettra de savoir ce qu'il en est. C'est impossible.

Peut-être nous accorderons-nous, ce matin, François Baroin, pour dire que cette histoire vous gêne pour gouverner, et nous gêne pour travailler ?

En tout cas, je ne crois pas qu'elle gêne les journalistes pour travailler et évidemment, consacrer...

Pour parler du Budget, par exemple, puisque c'était notre rendez-vous.

... Evidemment, consacrer dix minutes et 50% d'émission sur cette histoire, évidemment on perd du temps.

Débat aujourd'hui à l'assemblée nationale sur le Budget 2011. Quel est l'état des finances publiques françaises, aujourd'hui, François Baroin ?

L'état des finances n'est pas bon. La crise a impacté très fortement. On a une obligation, je dis bien une obligation, un devoir, un objectif intangible qui est de ramener ce niveau de déficit de 8% à 6% dès l'année prochaine. Et cet objectif, il est intangible et on se donne les moyens d'y parvenir. Et on a un objectif d'ici 2013, c'est de revenir à un niveau de déficit qui était avant celui de la crise. Pour cela, on a une méthode, un calendrier et des dispositifs, des mesures qui sont proposés.

La méthode c'est qu'on prépare cet après midi devant la représentation nationale la partie dépenses pour essayer de trouver comment on franchit cette marche qui n'a jamais été franchi par le passé, qui est absolument incontournable pour l'avenir de notre pays et qui va être une addition de mesures où on épargnera les publics les plus fragiles, où on essaiera d'être équitable dans l'équilibre général mais en proposant des mesures difficiles. Alors, certains disent, c'est de la rigueur. D'autres...

On va couper dans des allocations ; et vous dites quoi, vous ?  C'est de l'austérité, tout de même, on peut le dire ?

Oui, j'ai bien réfléchi à tout ça. Je pense que le dire tout simplement, c'est un budget responsable qui correspond à peu près à ce qu'on veut faire.

Vous savez, en Grande-Bretagne, ils disent : "On va souffrir, ça va être dur". En France, on s'arrête ! On ne dit pas la vérité de ce qu'on va faire.

J'ai aucun problème pour assumer... Ca, ce n'est pas vrai, on met tout sur la table plus tôt que prévu... Jamais un ministre du Budget n'aura été aussi précis.

Mais dans les qualificatifs, on est très prudent. Mais bon, ce n'est pas très grave non plus !

Moi j'assume "rigoureux" sans aucune difficulté, sur le thème précis, minutieux, méthodique où l'expertise a conditionné quelque chose qui me semble bien.

"Austérité", vous l'assumeriez ?

Austérité, c'est l'étape d'après. Alors, je veux bien qu'on s'entende, on peut s'amuser là-dessus.

Non, non, ce n'est pas très important...

Non, non, si, si c'est important ! C'est vous qui avez dit "austérité". Donc on va y aller ! Alors, qu'est-ce qu'on dit pour l'Angleterre où il y a une augmentation de la TVA, qu'est-ce qu'on dit pour l'Espagne où il y a une baisse des traitements des fonctionnaires, qu'est-ce qu'on dit pour la Grèce ?

Personne ne croit à la prévision de croissance que vous faites pour 2011 ; et pourtant, il faut faire semblant ?

D'abord, ça n'a pas été au doigt mouillé. On n'a pas sorti le doigt pour voir d'où venait le vent.

2,5%.

L'OCDE nous plaçait à 2,1% ; d'autres instituts nous plaçaient même à 2,7%. On est dans une fourchette haute. C'est ambitieux. On l'a concédé. On aura de toute façon au mois d'août des éléments supplémentaires. Tout ce que je peux vous dire c'est que les recettes pour l'exercice budgétaire de cette année, sont en ligne, que donc, notre croissance prévue l'an dernier pour cette année, nous la tiendrons ; et tout ce que je peux vous dire, c'est que notre objectif intangible c'est d'atteindre les 6%. Donc, on prendra les mesures nécessaires pour parvenir à atteindre ces 6% quelle que soit l'évolution des recettes.

Beaucoup d'allocations vont être diminuées, coupées ?

Alors, on a un système de rabot. Ce n'est pas un prix Nobel génial qui nous a proposé cette idée mais c'est ce qui nous est apparu comme, au fond, le plus efficace pour parvenir à trouver cet argent. Il faut bien qu'on les trouve. Et donc évidemment...

... 40 milliards d'euros.

... 40 milliards d'euros, on a 15 milliards d'euros qui vont être supprimés du fait de l'extinction du plan de relance. On a 11 milliards autour des perspectives de recettes. En fonction de l'évolution de la croissance, nous adapterons nos mesures... S'il y a moins de recettes, on fera un peu plus d'effort sur les dépenses ; et puis, le reste c'est l'addition de ce qu'a souhaité le Premier ministre, de ce qu'a souhaité le Président de la République, c'est-à-dire secteur par secteur, un échenillage de toutes ces mesures. Les ministres ont reçu leur lettre au plafond. Oui, c'est un budget difficile et les ministres auront la responsabilité de le mettre en œuvre.

Certains proposent d'augmenter la TVA dans la restauration. Des parlementaires le proposent, de la fixer à 10% ou 12% pour faire un peu de recettes parce qu'avoir trop baissé la TVA dans la restauration, ça coûte de l'argent, ça ne rapporte rien. Qu'est-ce que vous en pensez ?

On ne le propose dans ce budget 2011 et on le proposera probablement pas pour le budget 2012. Maintenant, le débat autour de la TVA sur notamment un seuil intermédiaire entre le 5,5% et le 19,6%, pourquoi pas, je pense que dans la présidentielle un candidat peut parfaitement porter ce type de mesures à condition, en effet, de prendre les Français à témoins, de demander un engagement sur cette base, et ce serait intéressant parce que ça nous permettrait non pas de baisser les 19,6% mais de monter les 5,5%, de faire rentrer de l'argent dans les caisses et de financer notre désendettement.

Voyez, nous avons pu parler du Budget, François Baroin !

Et je vous en remercie !
   
Et dernier sujet : vous savez ce que vous avez dit le 27 novembre 2008 ? Vous étiez député de l'Aude...

Vous avez parlé de la télé, non ?

Oui. "Je pense que le Président de la République nomme le président de France Télévisions, je pense que c'est une erreur politique", avez-vous dit. 27 novembre 2008.Vous le rediriez, ce matin ?

Ah oui, ça je le redirais. Moi, je suis fidèle à mes convictions.

Alors, redites-le !

L'ancien journaliste que je suis est fidèle à cette position, je me suis abstenu sur ce dispositif parce que je pense qu'en 2010, une instance de régulation peut parfaitement mettre en place ce cordon et cette distance nécessaire. La télévision c'est de l'information et c'est de la création, il faut protéger les deux.

Donc, c'est une erreur politique de nommer le président de France Télévisions.

Ah je lui ai dit, je l'ai dit à Nicolas Sarkozy et je l'ai dit aussi, franchement, et devant 500 parlementaires : je crois que ça nous reviendra en boomerang.

Et là, vous le redites ?

Le choix de Pflimlin est un choix qui devrait éviter que le boomerang soit trop large.

Vincent Parizot : Vous espériez qu'il allait le dire !

Ah, je n'ai pas été méchant. J'aurais pu insister encore.

J'ai été sincère.

Et vous avez été sincère, et François Baroin était l'invité d'RTL ce matin, porte fermée. Bonne journée.

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