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Eric Besson : "La loi de la jungle ne peut pas durer éternellement sur notre territoire" (vidéo)

Le ministre de l'Immigration, de l'Intégration, de l'Identité nationale et du Développement solidaire répondait mardi matin aux questions de Jean-Michel Aphatie, quelques minutes après le début du démantèlement du campement de migrants sans papiers près de Calais. "Ce que je veux, c'est que nous démantelions cette jungle qui est le camp de base des passeurs. Ce n'est pas un camp humanitaire", a expliqué Eric Besson. "Il y aura aujourd'hui et dans les jours à venir d'autres démantèlements", a dit le ministre, avant de préciser qu'il se rendrait sur place dans la matinée.

Jean-Michel Aphatie

Ecouter aussi :La "jungle" de Calais évacuée, 278 migrants arrêtés


Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Eric Besson.

Eric Besson : Bonjour, Jean-Michel Aphatie.

Confirmez-vous le début de l'évacuation de la "jungle" à Calais ?

Je vous confirme, le préfet a lancé l'opération, il y a quelques dizaines de minutes.

Combien de migrants se trouvaient en cet endroit-là ?

Je ne sais pas. Les CRS sont en train de le regarder. Hier matin, ils étaient 250 ; au moment où je vous parle,  je ne connais pas le chiffre exact.

Cette opération est critiquée, Eric Besson, non pas tant parce que le respect de la loi, bien sûr, tout le monde le comprend, mais disent ceux qui vous critiquent, elles ne règlent aucun problème ; l'immigration, les migrants, on va les retrouver ailleurs, soit sur la Côte d'Opale, soit ailleurs sur le territoire français.

Quand vous êtes dans l'action, vous êtes systématiquement critiqué. Il faut d'abord expliquer ce que l'on fait. Moi ce que je veux, c'est que nous démantelions cette "jungle" qui est le camp de base des passeurs. Il faut bien comprendre qu'à partir du sud-est de l'Europe, de la Grèce par exemple, vous avez une espèce de continuum qui fait que vous avez des passeurs qui feront payer extrêmement cher à des pauvres personnes exploitées - les migrants - un ticket pour aller en Angleterre.

Vous savez à combien est aujourd'hui ce ticket ? Il est de l'ordre de 15.000 euros. Or, la "jungle" entre guillemets, comme l'appellent les migrants, c'est le camp de base des passeurs.

Pas des passeurs. Enfin, d'après ceux qui connaissent la situation sur le terrain, justement, les passeurs les abandonnent dans la "jungle" !

Non, non, j'ai vu qu'un certain nombre de personnes décrivent comme ça comme un aimable camp humanitaire. Ca n'est pas un camp humanitaire. C'est le camp de base des passeurs avec des personnes qui sont exploitées, qui sont victimes de violences. Vous avez des chefs, vous avez des chefferies, c'est la loi de la "jungle" qui règne. Et sur le territoire de la république française, la loi de la jungle ne peut pas durer éternellement. C'est l'état de droit qu'il faut rétablir à Calais, au bénéfice des migrants eux-mêmes qui sont exploités  mais au bénéfice, aussi -permettez-moi de le rappeler- des habitants de Calais et du Calaisis dont la patience a été mise à rude épreuve depuis plusieurs mois maintenant.

Il y a des passeurs dans la "jungle" de Calais ?

Les commanditaires les plus importants ne sont pas dans la "jungle". Ils restent, j'allais dire planqués loin... Mais ils ont des "lieutenants" qui sont armés parce qu'ils sont organisés, structurés. Ils s'en sont pris aux forces de l'ordre, ils s'en sont pris à des chefs d'entreprise, ils s'en sont pris à des riverains du Calaisis. Il faut casser cette chaîne des passeurs et démanteler la filière.

Quand on lit les dépêches, on se rend compte (elles doivent dire la vérité !) que du coup, des camps de migrants, il y en a ailleurs : à côté de Calais, un peu plus loin, sur des parkings, en fait il y en a partout. C'est pour ça que les gens qui vous critiquent disent que vous ne réglez pas le problème, à la base, c'est-à-dire éviter que cette migration se produise ?

C'est le camp principal. Il y en a d'autres. Depuis plusieurs semaines, le préfet mène des démantèlements de squatt et de campement tout au long de la Manche. Aujourd'hui, c'est une opération extrêmement importante, c'est le camp principal ; mais il y aura aujourd'hui et dans les jours à venir, d'autres démantèlements ; et par ailleurs, nous allons travailler avec les Belges, avec les Néerlandais qui reçoivent, si je peux dire, un peu plus de migrants. Globalement, notre opération de dissuasion a marché. Il y a moins de migrants qui viennent sur le Calaisis mais ce qui est vrai c'est qu'il y a une augmentation légère, proportionnelle du nombre de personnes qui sont allées en Belgique, aux Pays Bas, en Norvège, etc.

L'Europe doit s'unir pour démanteler ces filières d'exploitation parce que vous savez que le trafic des êtres humains est devenu - c'est l'ONU qui le dit - le second, après celui de la drogue. Jusque-là, c'étaient drogue, armes et ensuite esclavagisme, traite des êtres humains ; la traite des êtres humains est devenue le second fléau mondial. C'est à ce défi-là que l'Europe doit s'attaquer.

Donc, il y aura d'autres opérations sur le territoire français de cette nature, Eric Besson ?

Il y a d'autres opérations depuis plusieurs semaines et il y en aura d'autres dans les semaines à venir. Nous ne laisserons pas les passeurs faire la loi le long de la Manche.

Quel sort réservez-vous aux Afghans qui seront là, ce matin, sur cette bande de terre saisie par les autorités ? Que deviendront-ils ?

Pas seulement les Afghans. Les Afghans sont majoritaires dans la "jungle" ; mais sur l'ensemble du Calaisis, vous avez douze nationalités qui sont représentées. Avec le Haut Commissariat aux Réfugiés, avec l'association France Terre d'Asile, depuis des semaines nous avons approché individuellement tous les migrants pour leur faire part de leurs droits et de leurs obligations. Leurs droits ? Nous leur avons proposé un retour volontaire dans leur pays. 180 d'entre eux ont choisi cette option.

Ceux qui ne le souhaitent pas (parce qu'on connait la situation en Afghanistan) ?

J'y viens justement. D'autres ont dit  vouloir faire droit à la demande d'asile. 170 ont initié les démarches pour la demande d'asile. D'autres sont en situation irrégulière et seront reconduits à la frontière.

Tous sont en situation irrégulière !

Oui, tous sont en situation irrégulière ; mais certains veulent le retour volontaire ; d'autres veulent demander l'asile. Donc, le dossier est en instruction. Mais ceux qui veulent absolument passer en Angleterre, qui ne relèvent pas du droit d'asile et qui ne veulent pas du retour volontaire, seront reconduits à la frontière.

Les spécialistes de ces questions-là vous reprochent de renvoyer beaucoup de gens vers Athènes, vers la Grèce - puisque c'est le point d'entrée en Europe, donc vous les renvoyez là-bas -, et disent-ils : c'est hypocrite parce qu'en Grèce, le droit d'asile, ça n'existe pas ; et donc du coup, on s'en débarrasse ?

D'abord, si j'écoute bien ce que vous appelez certains spécialistes ; la suggestion majeure qu'ils me font c'est de : ne rien faire. On m'explique...

Ils vous posent un problème. Ils vous disent : les renvoyer en Grèce, c'est assez hypocrite !

Bien sûr ! Bien sûr !  Moi je dis simplement : est-ce qu'il y a une personne pour dire que le statu quo est envisageable ? Ce qui se passe à Calais est insupportable ; c'est une espèce de décharge à ciel ouvert où des passeurs exploitent des personnes dans des conditions inhumaines. Donc, le premier point : est-ce qu'il y a une personne qui dit : le statu quo est possible ?

Personne. Personne ne le dit. Alors est-ce que vous continuerez à les renvoyer en Grèce, Eric Besson ?

Deuxièmement, est-ce que pour autant le démantèlement de la "jungle" règle tout ? Non. Hier, à Bruxelles, auprès de mes collègues ministres européens, j'ai rappelé une chose importante : que la France n'a pas de leçons à recevoir en matière de générosité. Elle est devenue le pays au monde le plus demandé en matière d'asile et le plus généreux en matière d'octroi de l'asile. Simplement, la Grèce où j'étais vendredi après-midi est soumise à une pression colossale. Lorsque j'entends ceux qui critiquent la Grèce, je dis d'abord : allez ! J'étais à Samos à quelques centaines de mètres de la Turquie, vendredi après-midi, la Grèce fait face à un afflux considérable de migrants illégaux. Il faut d'abord rétablir une vraie police aux frontières et se montrer avant de jeter la pierre aux Grecs, se montrer solidaires de la situation.

Ce n'est pas de leur jeter la pierre. La question, c'est : est-ce que vous continuerez à renvoyer des personnes vers la Grèce ?

Peu, peu ; mais ça arrive. Si vous regardez les chiffres de l'année 2008, nous avons renvoyé, entre guillemets, demandé la réadmission de 60 personnes donc c'est très peu à l'échelle de ce que nous faisons.

Un problème particulier aussi : dans le Xème arrondissement de Paris, il y a des Afghans autour du jardin Villemin, la municipalité a fermé le 18 août ce jardin toutes les nuits ; et du coup, on trouve des personnes un peu partout dans le quartier. Comptez-vous faire quelque chose, Eric Besson ?

Oui, mais nous avons fait quelque chose, exactement comme à Calais parce qu'il faut que vos auditeurs sachent, c'est que nous proposons des solutions d'hébergement. C'était vrai à Calais et c'est vrai à Paris.

Simplement mettez-vous à la place de ces migrants qui ont risqué leur peau, qui ont emprunté, qui ont payé très cher pour payer ces passeurs, quand vous leur dites : je vous propose de dormir, entre guillemets, confortablement, relativement confortablement, leur obsession c'est, par exemple, de passer en Angleterre. Donc, ils ne veulent pas des solutions d'hébergement que nous leur proposons. Ils veulent dormir à proximité du port de Calais pour pouvoir essayer de passer clandestinement ; et c'est ça que nous refusons.

Vous allez à Calais, là, Eric Besson ?

Oui je vais à Calais tout à l'heure, dans la matinée juste après cette émission.

Eric Besson, ministre de l'Immigration, était l'invité de RTL ce matin. Bonne journée.

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Chroniques L'invité de RTL Immigration
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