1 min de lecture Jean-Michel Aphatie

Gérard Mestrallet, patron de GDF Suez, était l'invité de RTL

Quelles seront les conséquences du krach boursier rampant de ces derniers jours ? Un des grands noms du CAC 40 était l'invité de RTL à 7h50, le patron de GDF Suez, Gérard Mestrallet.

Gérard Mestrallet, le 22 juillet 2008 sur RTL
Gérard Mestrallet, le 22 juillet 2008 sur RTL Crédit : Abacapress pour RTL

Bonjour Gérard Mestrallet

Bonjour

Vous êtes l'un des patrons des plus grands groupes français, un des plus grands groupes industriels. Vous présentez ce matin vos résultats semestriels : 7,9% de chiffres d'affaires, est ce que vous avez souffert d'une croissance qui ralentit en France, en Europe, également dans d'autres zones du monde ?


Non pas vraiment, parce que c'est vrai que la croissance européenne et occidentale de façon générale, a été un peu plus faible que dans le reste du monde, que dans les pays émergents, mais n'a pas été nulle. Nous sommes sortis de la récession de 2009, et la croissance dans le monde émergeant, où nous sommes positionnés très largement, est forte et restera très forte.

Alors, justement les pays émergents, on parle souvent des fonds souverains, des fonds de placements financiers détenus par des états notamment, et vous venez de signer un accord très important avec CIC, c'est un fonds chinois, le plus gros fonds d'investissement au monde je crois, qui va prendre 30% de la branche exploration production de GDF SUEZ. Est ce qu'à terme, c'est peut être les Chinois qui détiendront une partie de ce fleuron industriel français ?

Ah non, non pas du tout. C'est un accord de coopération d'abord. La partie exploration-production est une des applications, c'est la première application d'un accord beaucoup plus général. C'est un partenariat qui vise à nous ouvrir davantage les portes de l'Asie et de la Chine. C'est une zone, qui est évidemment est très prometteuse en matière d'énergie, ou en matière d'environnement...

... Et de croissance....

Et donc de croissance pour nous. Dans cet accord, nous visons à pouvoir nous développer, augmenter nos opportunités à la fois dans le domaine de l'électricité, dans le domaine du gaz naturel, dans le domaine de l'efficacité énergétique, des services à l'énergie, et aussi de l'eau et des déchets.

Donc dans toute l'Asie ?

Oui, dans toute l'Asie. Et c'est un accord avec ce grand fonds qui est le fonds de l'émanation au fond du gouvernement chinois. C'est la première fois que ce fonds signe un accord aussi large. C'est la plus importante opération que ce fonds signe en Europe, et la deuxième au monde depuis sa création.

Est ce qu'il n'y pas un risque à terme d'une perte d'indépendance de ce groupe GDF SUEZ auquel les Français sont attachés ?

Non, non pas du tout. D'abord parce que l’État détient 35% du capital. Nous avons de grands actionnaires comme Albert Frere, privé, et là il s'agit d'un partenariat dans une de nos activités. Ce n'est pas l'activité la plus importante d'ailleurs, même si elle compte pour notre groupe, et nous garderons 70% de cette activité et toute la maîtrise. En revanche, les 30% que le fonds chinois va nous apporter, c'est par augmentation de capitale, 2 milliards 300 millions, donc c'est quand même beaucoup d'argent. Et cet argent va nous permettre d'accélérer notre développement dans l'exploration-production qui va nous permettre effectivement de consolider nos positions dans le monde, dans le gaz naturel liquéfié et  du gaz de schiste.

Quand on pense à énergie, quand on pense à l'Asie, on pense évidemment à Fukushima. Qu'est ce que ça a changé pour votre activité dans cette région du monde ?

Dans le monde entier, Fukushima va avoir un impact considérable. Il évident que la croissance de la production d'électricité nucléaire ne sera plus la même, même si des pays comme la France, comme l'Angleterre ou comme la Chine d'ailleurs, ont confirmé leur engagement dans le domaine du nucléaire, mais d'autres veulent en sortir.

Finalement, des pays vont peut être choisir de tourner la page du nucléaire à moyen terme ou à long terme.

C'est déjà fait, certains pays comme l'Allemagne, comme l'Italie, la Suisse ou l'Autriche ont décidé de renoncer au nucléaire. Ce qui veut dire que il y aura d'autres énergies de substitution pour produire de l'électricité. Et en France, on pense souvent que le renouvelable va prendre la place...

... les éoliennes...

Les éoliennes ou le solaire, la réalité sera un peu différente. En fait, beaucoup de gens pensent que c'est le gaz naturel, c'est à dire la production d'électricité à partir du gaz naturel qui est très flexible et non intermittente qui prendra l'essentiel de la part, et notamment l'Agence Internationale de l'énergie parle de l'âge d'or du gaz naturel post-fukushima. Alors, évidemment, un groupe comme le nôtre qui est le deuxième producteur d'électricité au monde, le premier producteur indépendant d'électricité. Et j'allais dire, surtout le premier producteur non nucléaire...

... Contrairement à EDF qui est le premier producteur nucléaire, également français.

On a la chance d'avoir le premier producteur nucléaire et le premier producteur non nucléaire. C'est un atout considérable et le non nucléaire, la production non nucléaire représente 85% aujourd'hui de la production d'électricité dans le monde. Donc, c'est pour nous une opportunité considérable.

Gérard Mestrallet, vous êtes l'un des grandes figures du CAC 40, est ce que le krach rampant qu'ont vécu les marchés dans le monde entier, ces dix derniers jours, vous inquiète. Est ce que ce krach aura des répercussions sur la croissance, sur l'emploi, en tous cas en France et en Europe ?

Alors, je vais répondre de façon générale. Il est clair que nous vivons actuellement une crise de la dette publique. En 2008 et 2009 c'était une crise de la dette privée. Cette dette s'est déplacée vers les Etats.

Ca démontre que les Etats ont couvert des dettes privées ?

Oui, essentiellement les états anglo-saxons. C'est le cas de l'Angleterre, c'est le cas aux Etats Unis. Ça n'a pas été le cas de la France. En revanche, beaucoup d'états ont décidé d'augmenter les dépenses publiques pour soutenir l'activité et sortir de la récession de 2009. Aujourd'hui, il y a une crise de la dette publique, donc cette crise, il va falloir la régler. Soit par des réductions dépenses publiques, principalement. Parfois en augmentant les impôts.

Et aussi peut être l'impot sur les sociétés ? Peut être à moyen terme, ça dépendra des présidentielles.

Ca dépendra des solutions. Et dans les deux cas, on voit bien que la réduction de la dépense publique va freiner le soutien à l'économie et des prélèvements fiscaux supplémentaires auront également un effet négatif. Donc, tout ceci risque dans une certaine mesure d'avoir un impact sur la croissance, de freiner la croissance, en tous cas dans le monde occidental.

Heureusement, que la croissance du monde émergeant sera là pour soutenir la croissance mondiale.

Vous êtes gestionnaires, vous avez les yeux braqués sur vos comptes, j'imagine toute la journée, comment vous regardez ces politiques qui gèrent la dette dans ces pays occidentaux, d'une manière parfois un peu curieuse ?

Nous avons un regard de long terme. Nous sommes une entreprise industrielle. Nous travaillons sur le long terme. Quand nous construisons des centrales ou des barrages, sur 50 ans, 100 ans, c'est de l'investissement. Nous ne réagissons pas sur le court terme.

Eux, font peut-être à la petite semaine, les politiques ? Ils sont peut-être un peu dépendants de l'opinion, de vouloir faire plaisir à tel ou tel catégories de la population, dépenser de l'argent.

Non, je ne veux pas leur jeter la pierre du tout. Et je suis même frappé par la responsabilité des gouvernements qui ont exprimé un fort leadership, notamment en Europe, le leadership franco-allemand a mon avis, a sauvé l'Europe de la crise, même si on n'en n'est pas encore sorti. Mais il faut le souligner, la crise de cette dette publique en Europe et surtout aux Etats Unis, n'oublions pas quand même les Etats Unis, sont plus endettés que l'Europe, ne se réglera que par une réduction des dépenses publiques.

On a vu qu'une des conséquences immédiates de cet krach rampant, c'était une baisse des prix du pétrole. Est ce qu'on doit aussi anticiper à moyen terme, d'une baisse des prix du gaz à cause d'une demande, peut-être un peu plus faible compte tenu de la croissance en berne ?

Deux choses : il y a d'abord eu effectivement une déconnection du prix du pétrole et du prix du gaz sur les marchés, notamment du fait de l'abondance du gaz naturel et du gaz du schiste aux Etats Unis. Cela dit, nous achetons nous, notre gaz indexé sur le pétrole, le pétrole avait beaucoup monté, si les prix du pétrole baissent durablement, pour l'instant c'est une baisse de quelques jours, si les prix du pétrole devaient baisser durablement, ça aura effectivement un effet favorable sur les prix à terme, puisqu'il y a un décalage  de 6 mois sur les prix du gaz.

Donc l'hiver prochain ?

Peut-être. Ca va dépendre de l'évolution du pétrole à partir de maintenant. Parce qu'il a beaucoup baissé il y a quelques jours...

.. Ces dix derniers jours ...

Oui, il avait une certaine tendance à remonter cette nuit. Vous voyez qu'il ne faut pas s'attacher à des mouvements trop courts. Nous nous travaillons sur le long terme. Que nous investissons sur 50 ans, 100 ans voire plus d'un siècle. Quand nous empruntons nous avons emprunté sur 100 ans, c'est aussi à long terme. Donc nous essayons de nous déconnecter de cette urgence des marchés financiers.

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