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Dominique de Villepin : "Faisons en sorte que les deux années qui viennent ne soient pas perdues"

Dominique de Villepin était l'invité de RTL vendredi matin. L'ancien Premier Ministre, qui répondait aux questions de Philippe Corbé, a mis en garde Nicolas Sarkozy quant à l'usage des "mots" en matière de sécurité critiquant l'emploi de celui de "guerre" par le chef de l'Etat, estimant également qu'il ne fallait pas se borner à une "idéologie" en la matière.

Philippe Corbé
Philippe Corbé
Journaliste RTL

Bonjour Dominique de Villepin

Bonjour

Le mois dernier, en lançant votre parti "République solidaire", vous aviez dénoncé la fuite en avant sécuritaire du pouvoir. Est-ce que la guerre contre la criminalité que promet le président, c'est une nouvelle étape de cette fuite sécuritaire ?

Il faut faire attention aux mots.. La guerre contre la criminalité, la guerre contre le terrorisme, c'est la terminologie des néo-conservateurs américains et de George Bush avec le peu de succès que l'on sait.
Un état de droit ne fait la guerre, pas plus aux terroristes qu'aux criminels.

Nicolas Sarkozy n'est pas un néo-conservateur...

C'est bien pour ça que je dis "attention aux mots". On doit mobiliser tous les moyens. Et tous ces moyens, on doit le faire pragmatiquement. Il n'y a pas de moyens de sécurité de droite ou de gauche. Et ce que je regrette, c'est que nous ne soyons pas suffisamment pragmatiques... Attention à l'idéologie y compris en matière de sécurité. On le voit, tout la gamme des moyens de prévention et de répression doivent être utilisés. Parfois, certains qui ont été inventés par cette majorité. J'ai conçu dans la campagne de 95 des groupements d'interventions régionaux, les GIR, qui ont été mis en oeuvre par Nicolas Sarkozy à cette époque. Il est très important de revenir à l'esprit d'un tel concept, en particulier dans les trafics, grands trafics comme la drogue. C'est ce qu'a fait Nicolas Sarkozy en 2002. Je crois que nous pouvons aller beaucoup plus loin dans la réactivation.

J'ai dit tout à l'heure campagne présidentielle en 95, pardon, c'était en 2002... Nous pouvons aller beaucoup plus loin en mettant ensemble ces moyens fiscaux, douaniers, policiers, qui doivent permettre de lutter contre ces grands criminels.


C'est le rôle quand même du chef de l'Etat de faire appliquer la loi, de faire respecter l'ordre républicain. Lorsque par exemple, il dit : "les campements illégaux de gens du voyage seront évacués". Il fait appliquer des décisions de justice. Il est dans son rôle.

Bien sûr. Il est tout à fait dans son rôle quand il fait cela. Une fois de plus, faire respecter la loi, tout en évitant - parce que nous sommes une nation - de pointer du doigt et de stigmatiser. Il y a un équilibre qui n'est pas très difficile à trouver. C'est pour ça que vous me permettrez ce matin, au coeur de l'été, de privilégier les solutions. Nous sommes frappés en France par un cycle tragique, qui est un cycle de défiance et de division.

Et nous connaissons les solutions...

Provoqué par Nicolas Sarkozy, provoqué par le pouvoir en place ?

Provoqué sans doute essentiellement par les difficultés du temps et par des réponses qui ne sont pas toujours appropriées. Mais nous pouvons ensemble tirer les leçons et améliorer les choses.

Vous me permettrez de prendre trois exemples :
En matière de principe républicain, on le voit à travers des affaires récentes. Il y a une défiance très profonde. On a un sentiment qu'il y a un système hors norme pour les riches. Et puis il y a la loi pour les autres.

Faisons en sorte que nous puissions avoir des principes communs, avoir une loi appliquée par tous, une égalité devant l'impôt, une égalité devant la loi. Et nous avancerons avec une base commune. Faisons en sorte que la justice sociale soit respectée dans notre pays. L'une des grandes raisons de la défiance, c'est parce qu'on a le sentiment que tout le monde ne concourt pas de la même façon à l'effort qui doit être entrepris. Et puis, respectons nos institutions.

Toutes ces affaires qui défraient la chronique au quotidien, se trouveraient très largement procédurisées, s'il y avait le respect de l'indépendance de la justice. le respect de la liberté de la presse, si il y a la confiance du citoyen, et bien vous verrez que la France s'en portera mieux.

Justement, est-ce que cette guerre contre la criminalité, ce retour du terme sécuritaire dans l'actualité du gouvernement et de Nicolas Sarkozy, c'est une manière de détourner l'attention, de faire diversions sur l'affaire Woerth à votre avis ?

Ce sont des sujets très difficiles. Il est très difficile d'améliorer les choses. Nous en savons quelque chose. Nous nous sommes battus depuis 95 pour apporter des solutions.Et on voit bien en particulier sur les violences aux personnes, qu'il y a des résistances très fortes voire des détériorations.

En parler aujourd'hui, est-ce que c'est un hasard ?

Alors, en parler, c'est très bien. Agir, c'est beaucoup mieux. Si on veut être efficace, il faut que nous agissions ensemble. Et ça fait partie à mon sens, des sujets qui devraient déborder le sujet partisan, rassembler tous les Français. Une fois de plus, sur la sécurité, sur la compétitivité. Sur la lutte contre les déficits. Autant de sujets qui doivent pouvoir rallier une majorité de Français. C'est pour cela, évitons de nous diviser. Evitons de montrer du doigt, de faire des amalgames. Et par contre, marquons des points sur le terrain. Et souvent, l'action la plus efficace est une action qui est une action pragmatique.

Eric Woerth a été entendu hier pendant huit heures au ministère. Vous, vous avez entendu comme ministre également en 2006. Vous aviez dû passer 17 ou 18 heures au pole financier du parquet de Paris. Est-ce qu'il y a une inégalité de traitement de vous ?

C'est à vous de l'apprécier. Ce que je peux vous dire, c'est que j'ai compris très tôt qu'il fallait, qu'il était important quand on était un homme politique de premier plan, d'être traité comme un citoyen ordinaire. Et j'ai voulu être traité comme un citoyen ordinaire. J'ai refusé toute prérogative, tout système d'exception. Et c'est comme cela qu'on se blanchit le mieux. C'est en faisant en sorte qu'il n'y ait pas de traitement de faveur.

Est-ce que dans cette affaire Woerth - Bettencourt, la justice est aux ordres. Ou est-ce qu'elle montre les signes d'indépendance en multipliant les perquisitions, les auditions, les enquêtes préliminaires ?

Il y a un soupçon. Et le soupçon se nourrit d'une procédure qui n'apparait pas adaptée aux circonstances. Voilà une affaire qui a des ramifications internationales importantes. Qui suppose des investigations au-delà des frontières. Nous savons tous que le procureur qui n'est pas un magistrat indépendant, n'a pas ces prérogatives. Ne polémiquons pas. Faisons en sorte qu'un juge d'instruction se voit conférer ce dossier, qu'il puisse en toute indépendance faire ce travail qui doit être le sien. Et, alors, oui, il y aura confiance.

Confiance dans la justice, confiance dans nos institutions.. Et nous nous en porterons tous mieux. Et je ne crois pas que les Français soient ravis, le matin, au petit déjeuner, tous les jours, d'entendre et seriner de nouveaux éléments dossiers distillés. Faisons en sorte que chacun puisse avoir confiance dans la justice et que la justice fasse son travail.

Le hasard de la vie fait que vous avez pour avocat Maître Olivier Metzner, qui est aussi l'avocat à l'origine de cette affaire, puisqu'il défend la fille de la milliardaire Liliane Bettencourt. Et vous savez aussi parmi vos amis, Edwy Pleinel le patron de Médiapart. Certains y voient pas vraiment un hasard.

Vous voyez bien à quel point il est important dans un pays où le soupçon est prompt, il est important de faire confiance aux principes, aux procédures, à la justice. Je crois que cette culture du soupçon, elle est avivée par le sentiment que nous ne sommes pas dans un système auquel on peut faire confiance, parce que c'est un système à deux vitesses. Vous savez, c'est ça le drame de l'affaire Bettencourt. C'est que c'est un révélateur d'un e certaine société frappée d'inégalités, frappée d'un traitement préférentiel. Les Français veulent l'égalité et la justice. Et ils ont raison.

Justement, en un mot. On a vu les députés villepinistes extrêmement offensifs lors de l'audition du texte retraite à l'Assemblée nationale. Est-ce que vous pourriez aller jusqu'à créer un groupe indépendant de l'UMP à l'Assemblée nationale.

Nous verrons bien, ce sera un sujet de la rentrée. Ce n'est pas le sujet d'aujourd'hui. Ce qui compte pour moi, c'est d'avancer dans la voie du rassemblement, de la proposition et de l'alternative, dès lors que nous n'avons pas les résultats qui sont souhaités par les Français. C'est très important dans une démocratie d'être capables de renouveler les idées, de renouveler les propositions. Mais faisons en sorte surtout que les deux années qui viennent ne soient pas des années perdues, dominées par des querelles, par des affaires.

Et une fois de plus, la solution, nous la connaissons. Donc, je souhaite que la classe politique ait un peu de bon sens dans l'intérêt des Français.

Dominique de Villepin, si vous comptez bien, deux ans, c'est 2012.

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