4 min de lecture Divertissement

Mercredi 19 mars 2014 : Le crime de Hautefaye

Le crime de Hautefaye se produit le 16 août 1870 dans cette commune de Dordogne, en pleine guerre franco-prussienne. Ce jour-là, Alain de Monéys, pris pour un Prussien par des habitants, est véritablement mis à mort. Après diverses tortures, il est tué par immolation. Des rumeurs de cannibalisme entourent également cette affaire.

L'arrivée à Hautefaye à la fin du XIXème siècle
L'arrivée à Hautefaye à la fin du XIXème siècle

Bonjour à tous !

A la une de L’Heure du Crime, l’un des pires faits divers du 19ème siècle, une histoire de folie collective qui fait froid dans le dos...
 
Le drame s’est déroulé au cours d’une foire aux bestiaux dans un petit village de Dordogne, à l’été 1870, en pleine guerre entre la France et l’Allemagne.
 
Pour un mot de travers, une centaine de paysans avinés, pris d’une crise de folie meurtrière, se jette sur un jeune noble de la région, Alain de Monéys, qui vient d’être élu au conseil municipal d’un village voisin. Battu et torturé pendant plusieurs heures, le jeune homme sera jeté, encore vivant, sur un bûcher improvisé. Des témoins cités au procès, des responsables de ce lynchage, affirmeront que certains participants sont allés jusqu’à consommer la chair grillée du malheureux.
 
Mon invité, le romancier Jean Teulé a minutieusement reconstitué le déroulement de ce drame absurde, dans un livre intitulé Mangez-le si vous voulez, qui vient d’être adapté au théâtre.
 
Avec lui nous verrons que, quelque soit l’époque, le monstre enfoui en chacun de nous peut toujours surgir, même – et surtout – chez les braves gens !

Jacques Pradel

À lire aussi
Aéroport d'Orly (illustration) La Curiosité Est Un Vilain Défaut
Les coulisses d'un aéroport !

L'affaire de Hautefaye se déroule dans un contexte particulier, en août 1870, un mois après la déclaration de guerre à la Prusse par la France. La peur collective est alimentée par des rumeurs selon lesquelles des espions prussiens seraient présents. Plusieurs incidents ont lieu. Un employé des chemins de fer est par exemple molesté, soupçonné d'être un espion à la solde de l'ennemi.
A ce contexte politique général s'ajoute une situation économique désastreuse pour la Dordogne, où va se dérouler le drame. Depuis plusieurs mois, la région souffre en effet d'une situation de sécheresse qui nuit aux récoltes.


Le 16 août, jour de la foire à Hautefaye, les affaires s'avèrent mauvaises et les esprits s'échauffent, l'alcool aidant.
Alain de Monéys, fils de l'ancien maire de Beaussac et gérant du domaine du château de Brétanges, arrive à la foire de Hautefaye en début d'après-midi. Une dispute éclate entre Alain de Monéys et un groupe de paysans qui accusent son cousin d'avoir déclaré " A bas Napoléon ! Vive la République ! ". Alain de Monéys défend son cousin et devient alors le centre de l'incident. Le groupe est de plus en plus important et certains se montrent très hostiles et commencent à porter des coups.


C'est un Prussien, il faut le pendre, il faut le bruler

Pierre Buisson
Partager la citation


L'un des paysans, Pierre Buisson, s'écrie " C'est un Prussien, il faut le pendre, il faut le bruler ". Les frères Campot, Etienne et Jean, portent alors les premiers coups, ce qui déclenche l'agression collective. Alain de Monéys continue de se défendre et est aidé par deux habitants qui tentent, en vain, de le mettre à l'abri.
Le groupe, sous la direction de François Chambord, décide alors de pendre Alain de Monéys à un cerisier. Mais l'arbre est trop fragile et la tentative de pendaison échoue. Les paysans entreprennent donc de le battre à mort. Il est torturé, à coups de sabot et de bâton. On tente même de l'écarteler. A l'agonie, Alain de Monéys est trainé jusqu'à une marre asséchée où il est immolé. L'autopsie confirmera que la victime a été brulée alors qu'elle était vivante.
Une cinquantaine de personnes sont interpellées et interrogées par le juge Marchenaud.


Le Palais de Justice de Périgueux aujourd'hui
Le Palais de Justice de Périgueux aujourd'hui

21 personnes sont inculpées et comparaissent à partir du 13 décembre le Tribunal de Périgueux.
Le premier jour du procès, l'acte d'accusation détermine la responsabilité directe de Chambord, Buisson, Jean Campot, Léonard dit Piarrouty et Mazière comme auteurs de l'homicide commis avec préméditation. Les autres accusés sont jugés pour complicité.
Le 21 décembre, après délibération du jury, la cour condamne quatre accusés, dont François Chambort et Pierre Buisson à la peine de mort. Jean Campot est condamné à une peine de travaux forcés à perpétuité en Nouvelle-Calédonie.
Les autres accusés sont condamnés à des peines allant de 8 ans de travaux forcés à un an de prison.
L'un des accusés, Thibaud Limay, est acquitté mais envoyé en maison de correction. 

Pour les quatre condamnés à mort, la guillotine devait, initialement, être installée au lieu de l'ancienne mare desséchée où s'était déroulée l'immolation d'Alain de Monéys. Mais le terrain étant trop accidenté, l'échafaud est dressé le matin du 6 février 1871 dans la halle aux bestiaux.
 

Rumeurs de cannibalisme

Des rumeurs de cannibalisme ont entouré toute cette affaire, notamment à cause de phrases utilisées par certains participants comme " Nous avons fait griller à Hautefaye un fameux cochon ". Le fantasme cannibale des paysans est aussi évoqué dans la presse.
La rumeur prend une forme précise lors du procès, à partir de phrases attribuées à deux des protagonistes lors des évènements. Un témoin affirme avoir entendu le maire Bernard Mathieu déclarer " Faites ce que vous voudrez, mangez-le si vous voulez ! ". Ce que le maire niera farouchement. Un autre témoin évoque les propos d'un homme qui regrettait de voir s'écouler la graisse du corps de la victime sans pouvoir la recueillir.


Invité : Jean Teulé, écrivain, auteur du livre Mangez le si vous voulez

Le livre de Jean Teulé "Mangez-le si vous voulez" a récemment été adapté au théâtre par Clothilde Morgiève et Jean-Christophe Dollé qui sont à la fois metteurs en scène et comédiens pour cette pièce jouée au Théâtre Tristan Bernard à Paris
Le livre de Jean Teulé "Mangez-le si vous voulez" a récemment été adapté au théâtre par Clothilde Morgiève et Jean-Christophe Dollé qui sont à la fois metteurs en scène et comédiens pour cette pièce jouée au Théâtre Tristan Bernard à Paris
Lire la suite
Divertissement
Restez informé
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants
article
7771230687
Mercredi 19 mars 2014 : Le crime de Hautefaye
Mercredi 19 mars 2014 : Le crime de Hautefaye
Le crime de Hautefaye se produit le 16 août 1870 dans cette commune de Dordogne, en pleine guerre franco-prussienne. Ce jour-là, Alain de Monéys, pris pour un Prussien par des habitants, est véritablement mis à mort. Après diverses tortures, il est tué par immolation. Des rumeurs de cannibalisme entourent également cette affaire.
https://www.rtl.fr/actu/debats-societe/l-heure-du-crime-mercredi-19-mars-2014-le-crime-de-hautefaye-7771230687
2014-03-14 10:44:00
https://cdn-media.rtl.fr/cache/cPFxlqzpRATaf2jzp9_Pqw/330v220-2/online/image/2014/0318/7770555917_l-arrivee-a-hautefaye-a-la-fin-du-xixeme-siecle.jpg