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L'affaire Omar Raddad

REPLAY - Vingt-cinq ans après l'assassinat de Ghislaine Marchal, de nouvelles expertises d'un ADN mêlé au sang de la victime relancent l'affaire.

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L'affaire Omar Raddad Crédit Image : MEHDI FEDOUACH / AFP | Crédit Média : Jacques Pradel | Durée : | Date : La page de l'émission
Jacques Pradel
Jacques Pradel et Charles Deluermoz

L'édito de Jacques Pradel

Nous sommes le lundi 24 juin 1991. Le corps sans vie de madame Ghislaine Marchal, 65 ans, est découvert, vers 19 heures, dans la chaufferie située au sous-sol de sa maison de Mougins. Ce sont les gendarmes qui font cette découverte. Ils ont été alertés par plusieurs appels d’une amie proche de madame Marchal, Colette Koster, qui leur signale avec inquiétude, que son amie, ne donne plus de nouvelles depuis la veille. Ce dimanche, elle n’est pas venu déjeuner chez elle, comme prévu. Depuis lors, elle ne répond ni au téléphone, ni aux coups de sonnette…

Compte-tenu de la personnalité de Ghislaine Marchal, les gendarmes se rendent sur les lieux vers 19 heure. La maison semble vide. Il n’y a pas de trace d’effraction ni de lutte. Rien ne semble avoir été volé. Par acquis de conscience, les militaires terminent leur visite de la propriété par les sous-sols. C’est là qu’ils découvrent, dans une cave fermée de l’intérieur, entre la chaufferie et la cave à vin, le cadavre de la propriétaire, lardée de coups de couteau. La victime porte la trace de multiples coups portés à la tête et au visage à l’aide d’un chevron de bois laissé sur les lieux. D’autres coups ont été portés sur tout le corps avec une arme blanche qui n‘est pas retrouvée. Sur la porte menant à la cave à vin, les enquêteurs découvrent une inscription en lettre de sang « Omar m’a tuer ». Une autre phrase incomplète « Omar m’a … et la lettre t… » est inscrite sur le bas de la porte de la chaufferie, près du cadavre… 

Le lendemain, Omar Raddad, 29 ans, le jardinier marocain de madame Marchal est arrêté à Toulon où il participe en famille à la fête musulmane de l’Aïd El Kébir ». Trois jours plus tard, il est mis en examen pour « homicide volontaire » et écroué à la prison de Grasse. Le 27 juillet, trois experts légistes datent la mort de la victime dans la journée du lundi 24 juin, 6 heures avant leur examen du corps. Or Omar a un alibi, il était ce jour-là à Toulon. Mais, six mois plus tard, les experts signalent au juge d’instruction qu’une faute de frappe s’est glissée dans leur rapport et qu’il fallait lire le 23 juin et non le 24 ! Or, le dimanche, Omar n’a pas d’alibi à l’heure supposée du crime… 

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Des expertises graphologiques indiquent que les mots « Omar m’a tuer » - avec la fameuse faute d’orthographe - ont bien été écrits par la victime avec son propre sang. Mais ces expertises seront vivement contestées par la défense pendant le procès qui s’ouvre devant la cour d’assise des Alpes Maritime, à Nice, en Janvier 1994. Au cours des audiences, Omar Raddad proteste toujours de son innocence. Pour l’accusation il est coupable et son mobile serait financier. Il aurait eu des dettes de jeu et aurait assassiné sa patronne parce qu’elle aurait refusé de lui prêter de l’argent. L’avocat de l’accusé, maître Jacques Vergès, met sur le compte d’un « assassin pervers » les inscriptions destinées à faire accuser, selon lui, le jardinier. Les débats permettent également de constater qu’aucune recherche d’ADN n’a été entreprise dans la cave de la victime.

Il n’y a donc pas de preuve formelle de la culpabilité d’Omar, pas d’aveux, des doutes et des zones d’ombre nombreuses : la date précise de la mort de la victime, l’absence de traducteurs pendant certains interrogatoires du jardinier qui parle mal le français, un témoin clé qui n’a pas été retrouvé, et ainsi de suite… Malgré ces doutes et ces zones d’ombre de l’instruction, après 7 heures de délibération, Omar Raddad est condamné le 2 février 1994 pour le meurtre de Gishlaine Marchal, avec circonstances atténuantes, à 18 ans de réclusion criminelle ! Tout de suite après le verdict, maître Jacques Vergès n’hésite pas à évoquer l’affaire Dreyfus…

Mars 1995, le dernier espoir de la défense s’envole avec la décision de la Cour de cassation qui rejette le pourvoi formé par Omar Raddad. Jacques Vergès annonce son intention de déposer une demande en révision du procès et il engage un détective privé, Roger-Marc Moreau, dont la mission est de trouver des faits nouveaux pour étayer cette demande… 

Le temps passe. En mai 1996, le Président Jacques Chirac accorde au condamné une grâce partielle qui lui permettra de solliciter une libération anticipée. Quelques temps plus tard, une nouvelle expertise graphologique privée met en doute les conclusions des premiers experts. Selon cette nouvelle analyse, Mme Marchal ne serait peut-être pas l’auteur des inscriptions sanglantes. Le 4 septembre 1998, Omar Raddad, détenu depuis 7 ans, est libéré de sa prison de Muret. La requête en révision est formulée officiellement par Jacques Vergès, le 27 janvier 1999. L’avocat motive sa demande par des éléments tirés de l’enquête du détective privé Roger-Marc Moreau. Celui-ci a retrouvé un manœuvre tunisien dont le témoignage n’avait pas été retenu par les enquêteurs. Or cet homme signalait la présence au domicile de la victime d’une « mystérieuse femme blonde » le lundi 24 juin 1994, avant la découverte officielle du corps…

Un an plus tard, le 2 février 2000, la commission de révision commande une nouvelle expertise graphologique. Deux experts en écriture concluront : « l’inscription "Omar m’a tuer" pourrait ne pas avoir été écrite par Mme Marchal » ! Quatre mois plus tard, une nouvelle expertise indique qu’un ADN masculin retrouvé sur les lieux du crime, mêlé aux lettres de sang, ne correspond pas au profil génétique d’Omar Raddad ! 

Malgré tout, la requête en révision est rejetée le 20 novembre 2002. Officiellement Omar Raddad a été gracié mais il est toujours considéré par la justice comme coupable.

Nos invités

Me Sylvie Noachovitch, avocate au barreau de Paris, avocate de Omar Raddad, Jean-Alphonse Richard, chef du service police justice d'RTL, Roger-Marc Moreau, criminaliste, il travaille de puis plus de 20 ans sur l'affaire Raddad.

Vous pouvez à tout moment soumettre une affaire à Jacques Pradel. Laissez votre message avec les principales informations nécessaires à l'équipe de l'émission pour programmer, peut-être prochainement, ce fait-divers dans L'Heure du Crime.

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