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Gérard Longuet : "Nicolas Hulot devrait penser aux Français qui sont au chômage"

Le président du groupe UMP au Sénat répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie mardi matin. Interrogé sur la décision de la Fondation Nicolas Hulot de suspendre sa participation au Grenelle de l'environnement, Gérard Longuet a estimé qu'il avait "bien tort". "Il faut que (M. Hulot) accepte que les Français ont aussi le souci de l'emploi et de la croissance" et "pense aux 12% de Français qui sont en chômage, en recherche d'emploi ou menacés dans leur emploi". A propos de la défiscalisation des intérêts d'emprunt, il a estimé qu'il n'était "pas inutile de se poser la question des priorités", alors qu'il y a des "déficits spectaculaires".

Jean-Michel Aphatie

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Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Gérard Longuet.
 
Gérard Longuet : Bonjour, Jean-Michel Aphatie.

Le blue's des Régionales est passé ?

Quand on a pris une claque, il n'est jamais inutile de réfléchir et d'éviter d'en prendre une autre.

Mais là, ça y est, c'est mieux ? Vous sentez que la machine va repartir pour deux ans ou vous êtes inquiet ?

Moi, j'ai confiance dans la capacité des parlementaires - c'est mon métier, moi je suis président d'un groupe parlementaire. J'ai confiance dans la capacité des parlementaires à exercer leurs responsabilités, à peser dans la vie politique et, par conséquent, à être responsable de leurs résultats.

Vous serez moins soumis que vous ne l'avez été dans la première partie du quinquennat ?

Le terme "soumis", justement, c'est un bon terme. Je pense que le Sénat - je ne parle que de ce que je connais - n'a pas été soumis et a pris ses responsabilités sur des sujets qui lui paraissaient importants. Nous l'avons fait pour la taxe professionnelle, lorsqu'il s'est agi de la remplacer, et récemment encore sur l'affaire de la taxe carbone. On découvre que la taxe carbone est compliquée. Je voudrais dire que Fabienne Keller, qui est sénateur, assez écolo, UMP du Bas-Rhin, dès le 8 décembre, avait dit : "Attendez, taxe carbone oui, si l'Europe..." Donc, vous voyez, nous étions déjà dans la ligne.

Vous étiez précurseur...

Précurseur.

Voilà, Nicolas Hulot a claqué la porte en disant...

... Il a bien tort.

Oui, mais là...

Il faut accepter le débat. On n'a pas toujours raison seul. Nicolas Hulot est quelqu'un d'utile au débat des idées et il faut qu'il accepte que les Français ont aussi le souci de l'emploi et de la croissance.

Mais il dit, vous ne tenez pas votre engagement. Nicolas Sarkozy, candidat à la présidence de la République, a signé un pacte écologique où figurait la taxe carbone.

Tout ça n'est pas faux mais entre le pacte d'avant 2007 et aujourd'hui, il y a 2008. Il y a la crise financière la plus spectaculaire qui a failli foutre en l'air le système économique international. Une crise économique dont on voit pas l'issue immédiate ; et il serait normal que Nicolas Hulot pense aux 10%, 12% de Français qui sont en chômage ou en recherche d'emploi ou menacés dans leur emploi.

On lit partout que la loi TEPA et notamment la défiscalisation des intérêts d'emprunt pour les accédants à la propriété, promesse de Nicolas Sarkozy en 2007, entrait en vigueur en 2008 mais qui commence à coûter très cher au budget de l'Etat, pourrait être revisitée dès cette année. Le confirmez-vous ?

Je n'ai pas de compétence en la matière et pas d'informations. Je dis simplement que les taux d'intérêt n'ont jamais été aussi bas, et peut-être puisqu'il y a des déficits spectaculaires, je tiens quand même à rappeler que la moitié du Budget de l'Etat en 2009 a été couvert par l'emprunt. C'est énorme. C'est une responsabilité effrayante vis-à-vis de nos enfants, de nos petits-enfants. Il n'est pas inutile de se poser la question des priorités. Et si les taux d'intérêt sont bas, eh bien partageons le fardeau entre le contribuable et puis, les accédants à la propriété.

Donc les sénateurs UMP seraient prêts à défaire une promesse de Nicolas Sarkozy ?

Les sénateurs UMP sont prêts à examiner la situation de la France dans sa réalité d'aujourd'hui et de la réalité des jours à venir. C'est d'ailleurs notre rôle de parlementaire. On a été élu pour ça, après tout.

La redevance télé pourrait augmenter, a expliqué Frédéric Mitterrand, hier. Ce ne serait pas choquant, assure-t-il. Quelle est votre opinion ?

Je n'ai pas de compétence en la matière ; mais je trouve que le libre-choix est quand même quelque chose d'assez sympathique et que pour la télé publique, on a fait beaucoup ces dernières années. Il serait acceptable de faire une petite pause et donc, que Frédéric Mitterrand aura du mal à faire passer cette idée, je le pense.

Plus personne ne parle de la réforme du code de procédure pénale. Le Président de la République, mercredi, quand il s'exprime, n'en parle pas. Le Premier ministre qui s'exprime à plusieurs reprises, n'en parle pas. Doit-on en déduire que le projet est tombé à l'eau, Gérard Longuet ?

Je pense qu'il y a une urgence à la garde à vue et qu'il faut le traiter rapidement. Pour le reste, il y a, je crois, 550 articles. Ce n'est pas l'urgence absolue du travail parlementaire.

Au fond, quand on fait le bilan parce que je vous interroge là sur différents dossiers, c'est un recadrage assez sévère de l'action. On abandonne la taxe carbone. On va défaire un peu le paquet fiscal. On va abandonner la réforme du code de procédure pénale. On se rend bien compte que la deuxième partie du quinquennat risque de changer considérablement les choses.

Cette deuxième partie du quinquennat... J'écoutais Alain Duhamel... - disons simplement, ordre du jour. L'ordre du jour  prioritaire, c'est la croissance et les dettes : faire en sorte que nous retrouvions un peu plus de croissance et c'est sans doute une des conditions pour diminuer un peu la dette. Le reste, eh bien si vous voulez, quand ce n'est pas prioritaire, ce n'est pas prioritaire.

Les parlementaires seront, demain, à l'Elysée. Vous allez vous faire gronder par le Président ?

Les députés seront...

Uniquement les députés ? Ah, les sénateurs ne sont pas conviés ?...

Les sénateurs, un peu plus tard. Oui  non c'est parce que nous, nous sommes toujours un peu plus lent pour nous déplacer... Donc, on ira un peu plus tard.

C'est vous qui le dites !

On bénéficiera du dialogue entre le Président et les députés pour faire nos propres propositions.

Il est de mauvaise humeur le Président ?

Le Président ? C'est un homme qui a une énergie considérable et un sens des réalités aigu. Donc, il n'est pas caractère à rester sur une défaite et sur une déception personnelle ou une déception collective. Ah, c'est la bonne personnalité pour rebondir.

Je ne sais pas ce qu'il faut déduire de votre réponse.30% des Français, selon un sondage, sont favorables à l'action qu'ils mènent. 49% des Français sont favorables à l'action que mène François Fillon.

Et c'est pourtant la même.

Et vous avez une explication pour la différence ?

Oui, il y en a un qui est devant, et l'autre qui est derrière. Quand on est devant, on prend les coups ; quand on est derrière, on est un peu protégé c'est vrai. Mais je vais vous dire, c'est un choix. Attendez, François Fillon qui est vraiment un ami, l'a écrit et théorisé dans un livre paru avant les élections. Donc, il vit ce qu'il a écrit. Enfin, il vit conforme...

Enfin, il se protège.

Non, non, il vit conforme à une règle qui est le nouveau quinquennat. Nous avons avec Nicolas Sarkozy le premier Président du quinquennat, c'est-à-dire le Président qui dit aux gens : "Je suis élu pour cinq ans et je fais le boulot pendant cinq ans, à temps plein" ; et la seule élection qui compte pour le Président de la République, aujourd'hui, c'est celle de 2012 parce qu'il a gagné les Législatives de 2007 et entre 2007 et 2012, les étapes intermédiaires sont des indications très fortes sur ce que pensent nos compatriotes ; mais le pouvoir, c'est 2007 - 2012 et c'est le premier à repasser au tourniquet puisqu'il repasse en 2012 avant les députés. Et donc, il commande l'élection des députés, les députés le savent.

Pour se rendre dans une conférence en Martinique, mardi dernier, Alain Joyandet, secrétaire d'Etat à la Coopération, a loué un jet privé qui a coûté 116.500 euros, quatre personnes étaient à bord. Ca fait 29.000 euros par personne. Cela vous choque-t-il, Gérard Longuet ?

Ce n'est pas la bonne façon au moment où l'Etat a ses difficultés budgétaires.

Voilà. Tout est dit ; donc, ce n'est pas la bonne façon.

Voilà, c'est tout. Ce n'est pas la bonne façon.

Donc, vous allez lui dire à Alain Joyandet ?

Oui, mais il le sait lui-même, si vous voulez, je crois qu'il a été contraint et forcé, et ça ne le rend pas heureux.

J'ai une dernière question sur l'absentéisme parlementaire, si vous l'acceptez, Gérard Longuet ?

Volontiers.

Il y a 466 députés et sénateurs UMP.

Où étaient les autres ?

Seulement 220 étaient présents, hier ; et on se dit 50% d'abstentions de la part des députés et des sénateurs, ce n'est pas terrible !

C'est à l'image des votes sans doute.

Exactement.

Non mais... Certains choisissent leur circonscription et leurs responsabilités locales. Sur les 200, 100 se sont exprimés et c'est ça qui est important.

Et 220 étaient absents ?

Et 220 sont solidaires par définition.

Ah enfin !

Les absents ont toujours tort, donc ils sont dans la ligne.

Eh bien très bien. Voilà ils sont contents de l'apprendre.

Ils sont contents de l'apprendre ; ils n'avaient qu'à venir, vous avez tout à fait raison.

Gérard Longuet, président du groupe UMP au Sénat, était l'invité de RTL. Bonne journée.
 


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