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Budget : la "cagnotte fiscale" divise les fourmis et les cigales chez REM

ÉDITO - C'est le retour du feuilleton bien français de la cagnotte budgétaire. La reprise économique est à peine là, et on se demande déjà comment en profiter. Les fourmis de La République En Marche disent "pas touche !". Mais il y a quand même des arguments pour écouter les cigales.

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Budget : la "cagnotte fiscale" divise les fourmis et les cigales chez REM Crédit Image : AFP / FRED DUFOUR | Crédit Média : RTLnet | Date :
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François Lenglet et Loïc Farge

Le débat sur la "cagnotte", c'est comme les hirondelles : ça revient à chaque printemps économique. Dès que la conjoncture s'améliore, les recettes fiscales sont plus élevées que prévu, puisque les impôts rentrent mieux, grâce aux bénéfices des entreprises qui gonflent et à la consommation qui augmente.

Le rendement de l'impôt sur les sociétés et de la TVA est donc à la hausse. Du coup, le débat est immanquable : que faut-il faire de ce surplus, des dividendes de la croissance ? N'est-il pas temps de le distribuer aux Français ? C'est ce que nous dit ce vendredi 9 mars un député en Marche, Joël Giraud, élus des Hautes-Alpes, dans une interview aux quotidien Les Échos.

On parle de 5 milliards d'euros environ sur 2017, et probablement au moins autant sur 2018. C'est donc une certaine somme. Le député Giraud propose d'en affecter une partie aux situations d'urgence, celle des Ehpad notamment (les maisons de retraite).

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Il lance un débat dans la majorité, qui rappelle celui qu'on avait connu à la fin des années 1990, lorsque Jospin était premier ministre. À l'époque, la cagnotte de 50 milliards de francs (c'est-à-dire un peu moins de 10 milliards d'euros) avait déchaîné les passions. C'était DSK qui était le ministre des Finances.

Un geste de rééquilibrage politique

Jusqu'ici, le gouvernement s'en tient à la ligne dure : il n'y a pas de "cagnotte" dans un pays où le déficit est toujours largement supérieur à celui des voisins - à 2,7% du PIB en 2017.

"Même si Bruxelles fait sortir la France de la procédure de déficit excessif, il reste impératif de poursuivre le redressement de nos finances publiques", dit Gérald Darmanin, le ministre en charge du Budget. Ce surplus de recettes ne doit donc pas être affecté à la dépense, mais à la réduction du déficit.

Cette ligne peut-elle tenir ? Je n'en suis pas sûr. D'abord parce que les propositions de Giraud sont assez raisonnables. Il propose d'utiliser 20% du surplus seulement, et d'affecter les 80% restants aux finances publiques. On ne peut pas dire que cela soit une folie.

Jusqu'ici, le gouvernement s'en tient à la ligne dure : il n'y a pas de "cagnotte" en France

François Lenglet
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De plus, cela pourrait être un geste de rééquilibrage politique. En faveur de qui ? Jusqu'ici, la baisse des impôts a profité davantage aux contribuables fortunés qu'aux autres. La réforme du marché du travail profite, jusqu'ici, davantage aux entreprises qu'aux salariés. Il y a donc une disproportion dans les efforts demandés aux uns et autres.

Il va falloir atténuer cette disproportion, surtout si le gouvernement souhaite continuer les réformes au pas de charge. Faute de cela, il prendrait le risque de rouvrir le champ à son opposition (la droite, le Front national et la France insoumise).

"Polarisation de la croissance"

J'ajouterai que la nature de la reprise incite aussi à la prudence. Dans le temps, la reprise c'était comme la mer qui, en montant soulève, tous les bateaux. Toutes les régions et la plupart des catégories sociales en profitaient plus ou moins. Ce n'est plus le cas.

Les destins divergent de plus en plus, au sein d'une même communauté nationale. C'est ce qu'on appelle la "polarisation de la croissance", qui donne tout aux plus qualifiés, aux plus connectés, aux habitants des grandes métropoles, et rien aux autres. La redistribution, c'est un moyen pour étendre la portée de cette reprise un peu avare.

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ÉDITO - C'est le retour du feuilleton bien français de la cagnotte budgétaire. La reprise économique est à peine là, et on se demande déjà comment en profiter. Les fourmis de La République En Marche disent "pas touche !". Mais il y a quand même des arguments pour écouter les cigales.
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2018-03-09 09:29:00
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