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Arnaud Beltrame : "Le silence s'imposait et en imposait", dit Isabelle Morini-Bosc

ÉDITO - Isabelle Morini-Bosc revient sur les hommages à Arnaud Beltrame et Mireille Knoll, mercredi 28 mars.

La garde nationale devant le Panthéon lors de l'hommage à Arnaud Beltrame le 28 mars 2018.
La garde nationale devant le Panthéon lors de l'hommage à Arnaud Beltrame le 28 mars 2018. Crédit : ETIENNE LAURENT / POOL / AFP
Isabelle Morini-Bosc
Isabelle Morini-Bosc Journaliste RTL

Que dire qui n'a pas encore été dit sur le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame ? Rien, sans doute. Tout au plus a-t-on le droit d'éprouver un besoin lancinant. J'en ressens un. Oui, je ressens le besoin de préciser à quel point j'admire éperdument - et depuis toujours - ces hommes d'exception qui acceptent de tout risquer pour que les autres ne craignent rien. Qui vivent avec l'idée que leur existence n'a de valeur que si elle est mise au service de tous.

Cela inclut, à leur yeux, le fait de se sacrifier pour ceux qui sont moins bien "équipés" qu'eux côté grandeur d'âme. Oui, ils sont admirables, ces êtres sans prétention qui acceptent l'idée de perdre la vie pour que d'autres conservent la leur.

"Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime". Arnaud Beltrame avait fait sienne cette phrase de Saint-Jean. Il est allé au-delà, en risquant puis en donnant la sienne pour quelqu'un qu'il ne connaissait pas. Qu'il aimait "a priori".

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Se hisser au niveau d'Arnaud Beltrame

Oui, sa noblesse, son destin, c'était d'avoir toujours admis le fait de devoir un jour sacrifier sa vie pour des "individus" (moi, toi, lui, nous) qui n'auraient sûrement pas sacrifié la leur pour lui. Était-il naïf ? Candide ? Évidemment non, puisqu'il était militaire, et qu'il savait donc se gendarmer.

Le rappel de son comportement glorieux ne pouvait donc que nous marquer au moment des honneurs et des hommages, même si notre "générosité humaine" ne s'exprime hélas que trop souvent "à temps partiel". Hier, il fallait tenter de se hisser à son niveau spirituel. Faute d'avoir pu l'approcher de son vivant, du moins fallait-il tenter de l'"approcher" en "noblesse de cœur" après sa mort. Avec sobriété. Et pudeur.

C'était le temps du silence

Isabelle Morini-Bosc
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C'est ce à quoi se sont essayées les chaînes en général, et les chaînes d'infos en particulier. Elles y sont parvenues : les reportages étaient d'une grande dignité, évitant le verbiage et le remplissage. Le silence s'imposait et en imposait à tous, un silence à qui on laissait le temps de remplir l'espace. C'est ça, c'était le temps du silence. Celui que l'on sait retrouver à chaque traumatisme national.

Il faut évidemment souhaiter que le nom d'Arnaud Beltrame reste sur une grande artère, lui dont la sienne, carotide, a hélas été tranchée par l'arme blanche du terroriste. Faut-il préciser que mes camarades de RTL ont fait preuve d'un tact infini dans la couverture de cet événement bouleversant ?

Une marche pleine de tensions

Ils ont fait preuve de la même sensibilité pour vous faire vivre l'autre temps de recueillement médiatique de la journée de mercredi : la marche organisée pour rendre hommage à Mireille Knoll, cette octogénaire victime d'un "homicide volontaire à caractère antisémite". Un assassinat particulièrement abject.

On a beaucoup parlé de politique à cette occasion. On a en fait parlé avant, pendant, et après cette marche. Trop à mon goût. Toutes les têtes d'affiche politiques qui ont tenu à s'y montrer auraient-elles dû s'abstenir ? Comprendre d'elles-mêmes qu'elles étaient indésirables avant que le Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France) le leur fasse savoir ? Je ne sais pas.

Ce principe de "mise à l'index" m'a toutefois gênée. Cette marche était à mes yeux celle du "rassemblement", qui devait à ce titre "faire fi'" des polémiques. Il suffit parfois d'ignorer ceux qui nous gênent pour qu'ils existent moins, pour peu qu'on leur demande de s'abstenir de toute déclaration tonitruante et donc déplacée. Un citoyen non déchu de ses droits civiques a le droit de marcher aux côtés d'autres citoyens. La bonté, ça peut également déteindre.

Mireille Knoll aurait-elle cautionné, approuvé ces polémiques ?

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Et pourquoi ressortir, comme l'ont fait de nombreux jeunes, la main jaune "Touche pas à mon pote": Les autres, on peut donc ? Non, C'est à tout-le-monde qu'il ne faut pas toucher. Pourquoi, ma foi, introduire un facteur de division dans une marche d'union ? Une chaîne d'amitié se passe à mon sens des badges et des symboles d'une autre époque.

La question que je n'ai, en fait, pas cessé de me poser en écoutant notre antenne et en regardant les images-télé si poignantes, c'est celle-ci : Mireille Knoll aurait-elle cautionné, approuvé, ces dissonances, ces dissensions, bref ces polémiques ? Je n'en suis pas si sûre. Et de moins en moins. Plus je lis, en effet, des détails sur la vie de cette femme magnifique, solaire, qui a su marquer positivement les autres alors qu'on l'a, elle, marquée dans sa chair à Auschwitz, et plus je doute. J'ai certes été bouleversée par cette "cérémonie déambulatoire". Mais j'avoue préférer garder dans la rétine le souvenir d'une femme pleine d'attentions à une marche pleine de tensions.  

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