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Renault : pourquoi Carlos Ghosn engage un bras de fer contre l'État

Renault n'entend pas se laisser dicter des ordres par l'État après sa montée surprise en capital et compte défendre bec et ongles les droits simples (une action = une voix, ndlr) lors de la prochaine assemblée générale le 30 avril prochain.

Le PDG de Renault, Carlos Ghosn et le ministre de l'Économie, Emmanuel Macron le 30 septembre 2014 (archives)
Le PDG de Renault, Carlos Ghosn et le ministre de l'Économie, Emmanuel Macron le 30 septembre 2014 (archives) Crédit : CHARLY TRIBALLEAU / AFP
Marion Dubreuil
Marion Dubreuil
Journaliste RTL

Renault n'a pas l'intention de perdre le bras de fer qui l'oppose à l'État. Ce dernier, qui détient actuellement 15,3% du capital de la marque au losange, vient d'acheter 14 millions d'actions supplémentaires (soit 4,73% du capital). De quoi s'assurer une minorité de blocage à l'assemblée générale des actionnaires, et ce dans le seul but d'imposer à Renault une disposition de la loi Florange, à laquelle Carlos Ghosn veut déroger. Cette disposition - largement favorable à l'État contre les spéculateurs - permettrait aux actionnaires qui conservent leurs titres pendant deux ans d'obtenir deux voix par action, contre une traditionnellement. 

De son côté, le PDG de Renault soutient la résolution numéro 12 qui défend la stricte équivalence entre une action et un vote pour empêcher l'État de jouer les trouble-fête au sein de l'entreprise. La prochaine assemblée générale aura lieu le 30 avril prochain. Retour sur un coup de théâtre en trois actes. 

Premier acte : l'État monte dans le capital de Renault

Le 8 avril dernier, l'État avait annoncé avoir acquis 4,7% du capital de Renault, augmentant ses parts à près de 20%. L'objectif de la manœuvre : peser suffisamment lourd pour défendre l'application de la loi Florange, qui impose les droits des votes doubles comme la norme pour les sociétés cotées sauf décision contraire de l'assemblée des actionnaires. À l'origine, cette mesure vise à lutter contre la spéculation et à favoriser l'actionnariat à long terme. 

L'arrêté ministériel autorisant l'acquisition de titres de Renault par l'État a été publié au Journal officiel, jeudi 16 avril.
L'arrêté ministériel autorisant l'acquisition de titres de Renault par l'État a été publié au Journal officiel, jeudi 16 avril. Crédit : Capture d'écran du site legifrance.gouv.fr
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L'arrêté ministériel (Finances et Comptes publics, Économie, Industrie et Numérique) autorisant l'acquisition de titres de Renault par l'État a été publié au Journal officiel, jeudi 16 avril. Le texte numéro 19 autorise en effet "l'acquisition par l'État de 14 millions d'actions de la société Renault, représentant 4,73% du capital, pour un montant compris entre 814 millions d'euros et 1.232 millions d'euros."

Cette montée en capital à 19,7% de l'État équivaudrait, si la loi Florange était pleinement appliquée chez Renault, à 23,2% des droits de vote de l'entreprise. 

Acte II : conseil d'administration extraordinaire de Renault

La contre-attaque n'a pas tardé. Carlos Ghosn le PDG de Renault a convoqué un conseil d'administration extraordinaire pour organiser la riposte face à l'État. L'occasion de renouveler l'opposition du constructeur automobile à la loi Florange et de renouveler son soutien à la résolution 12 qui vise à instaurer des droits simples (contre la disposition de la loi Florange). 

Le conseil d'administration demande que l'équilibre entre les deux principaux actionnaires de Renault soit maintenu.

Renault
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À l'issue de ce conseil, Renault a demandé que "l'équilibre entre les deux principaux actionnaires de Renault (l'État et Nissan) soit maintenu lors de la prochaine assemblée générale ou restauré après celle-ci". 

En effet, jusque-là, Nissan et l'État jouaient à armes égales dans le capital de l'entreprise, 15% chacun. Un équilibre menacé par la montée en capital de l'État qui en détient aujourd'hui 19,7%. De plus, le japonais Nissan - contrairement à l'État - ne vote pas à l'assemblée générale des actionnaires en vertu de dispositions réglementaires. Un héritage de la prise de contrôle de Nissan par Renault en 1999. Le constructeur français détient aujourd'hui encore 43,4% du Japonais.

Acte III : Emmanuel Macron tente de calmer le jeu

Emmanuel Macron, le ministre de l'Économie, a immédiatement réagi. "Les équilibres de l'alliance sont et seront pleinement préservés par l'État français", a-t-il affirmé à l'AFP. Le patron de Bercy a nié toute mésentente avec Carlos Ghosn, qui a, dit-il, "la pleine confiance du gouvernement".

Nous avons simplement décidé de défendre nos droits.

Emmanuel Macron
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"Sa stratégie, a-t-il poursuivi, nous la soutenons, nous sommes à ses côtés. Simplement le gouvernement a fait voter une loi sur les droits de vote double qui existent dans de nombreux pays (...) nous avons simplement décidé de défendre nos droits", a-t-il conclu. 

"Et pour avoir une minorité qui empêche de vraiment contrevenir à cette loi, nous avons décidé d'acheter quelques actions qui seront revendues dès après l'assemblée générale" du 30 avril, a-t-il ajouté. Impossible néanmoins de savoir quelle part va réellement abandonner l'État. 

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2015-04-17 12:00:00
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