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Rachat de Monsanto par Bayer : la fin de la firme aux OGM ?

ÉCLAIRAGE - L'allemand Bayer a annoncé lundi 23 mai vouloir racheter l'américain Monsanto avec une offre de 55 milliards d'euros. Si elle aboutit, l'OPA créera un nouveau leader mondial de l'agrochimie.

Un agriculteur dans un champ de maïs
Un agriculteur dans un champ de maïs Crédit : STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
Paul Véronique
Paul Véronique
Journaliste

Monsanto a mauvaise réputation. Samedi 21 mai, des milliers de manifestants se sont réunis dans plusieurs villes de France pour demander l'interdiction de ses produits. C'était là, la quatrième édition de la "Marche Mondiale contre Monsanto". À Paris et dans près de 500 villes du monde, ils étaient debout, dénonçant, au choix, "une entreprise criminelle" pour les uns, "un empoisonneur" pour les autres. Un jour plus tôt, la Commission Européenne décidait de reporter sa décision sur le renouvellement de l'autorisation d'utiliser le glyphosate. 

Dans le cas où elle disparaîtrait, le Roundup, produit phare de Monsanto, ne serait plus commercialisable. Une épine de plus dans le pied d'un géant qui commence à vaciller. Après des rumeurs la semaine passée, l'entreprise Bayer a officiellement transmis lundi 23 mai une offre de rachat de la firme. Elle atteint plus de 55 milliards d'euros. "Bayer a fait une offre en numéraire pour acquérir toutes les actions de Monsanto au prix de 122 dollars par action ou une valeur totale de 62 milliards de dollars", a ainsi annoncé le groupe chimique et pharmaceutique allemand, ce matin, dans un communiqué.

La fusion de deux géants

Pour Bayer, qui pèse aujourd'hui de 73 milliards d'euros, cela constituerait une opération de taille, si elle venait à se concrétiser. Devenant la plus importante qu'ait connu l'histoire économique allemande. Par cette OPA, l'allemand propose aux actionnaires de Monsanto une prime de 37% par rapport au cours de l'action du groupe américain. Une offre à prendre donc très au sérieux. Si elle aboutit, elle débouchera sur la création d'un mastodonte de l'industrie agrochimique et pharmaceutique. Werner Bauman, le PDG de Bayer a annoncé : "Ensemble, nous allons puiser dans l'expertise collective des deux groupes pour construire un leader de l'agriculture avec des capacités d'innovation exceptionnelles pour le bénéfice des agriculteurs, des consommateurs, de nos employés et des communautés dans lesquelles nous opérons." Derrière cela, une volonté de Bayer de faire des économies estimées à 1.5 milliard en trois ans, mais aussi d'enregistrer une hausse de son bénéfice par action : de 5% la première année à 10% pour les suivantes. 

Une course à l'élargissement

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Cette offre d'achat confirme aussi une tendance de fond qui s'opère maintenant depuis plusieurs années dans ce secteur. En 2015, Dow Chemical a annoncé sa fusion avec DuPont, devenant par là même le numéro deux de la chimie mondiale. Avant cela, à trois reprises, Monsanto avait tenté d'avaler le suisse Syngenta avant de se faire griller la priorité par le chinois ChemChina. Cette course à l'élargissement traduit un contexte peu favorable pour les entreprises de l'agrochimie. La baisse du cours des matières premières agricoles ainsi que celle du revenus des agriculteurs a affecté la demande en engrais et semences. D'où une volonté de regroupement pour compenser ces pertes de rentabilité.

François Lenglet, éditorialiste économique à RTL explique : "par ces fusions elles espèrent faire des économies d'échelles : partager les coûts de recherche, de façon à améliorer leurs marges." Il nuance tout de même : "L'expérience prouve que ces économies sont bien souvent moins importantes que ce qu'on espère, car la fusion génère toujours aussi des coûts, et des problèmes de compatibilité de culture d'entreprise, sans compter les rivalités."

Sur le premier trimestre de 2016, Monsanto a vu son chiffre d'affaires baisser de 12%. L'alignement des planètes ne lui est pas favorable. Pourtant, il serait illusoire de croire que cette offre de rachat va marquer la fin de la firme. En poursuivant son activité dans un ensemble plus vaste, elle contribuera à gagner en stabilité. Sous un autre nom, peut-être, mais pour elle, est-ce vraiment une mauvaise chose ?

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2016-05-24 11:17:00
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