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À quoi servent encore les syndicats ?

REPLAY / ÉDITO - Pour ce 1er mai, les défilés des syndicats partiront en ordre dispersé alors que 70% des Français disent n'attendre plus rien d'eux.

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À quoi servent encore les syndicats ? Crédit Média : Martial You / RTL | Date :
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Martial You Journaliste RTL

À quoi servent encore les syndicats ? La question peut se poser en ce 1er mai. Pour le traditionnel défilé, ils partiront en ordre dispersé et jeudi, un sondage dans Le Figaro indiquait que 70% des Français n'attendaient plus rien d'eux.

Est-ce que les syndicats ont perdu toute légitimité dans la vie des salariés ? C'est un lent déclin. 5% de la population active était syndiquée au sortir de la Seconde guerre mondiale. Aujourd'hui, la population active française est bien plus importante qu'en 1945 (30 millions de personnes à peu près) et il y a moins de 2 millions d'adhérents dans les syndicats. C'est-à-dire que les syndicats représentent à peu près 6% des salariés en entreprise.

Le droit du travail et la volonté de François Hollande de favoriser les partenaires sociaux impliquent que ce soit ces syndicats qui négocient de grands accords, gèrent les caisses d'allocations chômage ou les caisses de retraites. Évidemment, ça donne le sentiment qu'ils sont représentatifs mais qu'ils ne représentent plus personne.

Un pouvoir de gauche n'aide pas

Alors quand ils n'arrivent pas à trouver un accord comme lors de la dernière négociation, on se demande vraiment à quoi ils servent. Et puis vous avez une difficulté supplémentaire en ce moment : en 2012, un responsable syndical m'avait dit : "C'est toujours plus dur pour nous quand c'est la gauche au pouvoir."

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Et ça s'est vérifié. Parce qu'il y a une proximité idéologique bien sûr. Et puis souvent, un pouvoir de gauche va avoir à cœur de rallier le patronat, de séduire son adversaire. Souvenons-nous qu'Yvon Gattaz, le papa de Pierre, s'entendait très bien avec François Mitterrand et que le patron du CNPF avait même obtenu au milieu des années 80 un moratoire fiscal de la part de l'Elysée.

Vieux jeu

Mais on a aussi le sentiment que les syndicats sont restés au temps de la lutte des classes, non ? C'est vrai. D'ailleurs, vous avez parlé du "traditionnel défilé du 1er mai". Ça veut tout dire. On ne sait plus très bien pourquoi il faudrait défiler. Quand les Français l'ont fait massivement, c'était entre les deux tours de la présidentielle de 2002 pour dire "non" au FN. On voit bien qu'on est loin des revendications sociales.

Et c'est vrai qu'on trouve encore au sein des syndicats les luttes internes entre les grands courants de pensée de l'extrême gauche. Pendant ce temps-là, vous avez des ministres comme Macron qui font bouger les lignes gauche-droite au niveau économique. Et ça, des vieilles maisons comme la CGT ou FO ont du mal à s'adapter. C'est le paquebot CGT face au hors bord Macron.

Divisés

Enfin, les syndicats se sont déchirés ces dernières années, à grand coup de radicalisation pour montrer qu'ils existaient, qu'ils avaient du pouvoir parce qu'il fallait gagner les élections professionnelles dans les entreprises, pour qu'on sache quel est le poids réel au niveau national de chaque syndicat.

Et on va connaitre la même chose dans les mois qui viennent chez les patrons. C'est ce qu'on appelle la représentativité. Ce n'était plus la lutte des classes, c'était la lutte des places. Et ça n'a pas de signification pour les salariés. 

Une autre forme de syndicalisme

Ce n'est pas pour autant la fin des syndicats. Mais il faut sans doute changer la façon de faire du syndicalisme. On doit certainement en finir avec la Commedia dell'Arte des négociations sociales qui durent des nuits entières, où vous avez des portes qui claquent, où chacun campe sur ses positions. Et où on sort avec un accord a minima qui n'améliore rien et rajoute 100 pages au Code du travail.

Voire où on sort sans accord et on aboutit à une loi du Travail comme on va le voir dans les prochaines semaines parce que les partenaires sociaux ne se sont pas mis d'accord. C'est ridicule et ça décrédibilise toute la négociation sociale dans ce pays. Il faut sans doute que la plupart des accords sociaux soient signés dans les entreprises. Parce que ça correspondra à la réalité des salariés et du patron et qu'une règle établie pour l'ensemble de la métallurgie ne convient peut-être pas à une petite PME du Jura.

Ensuite, on a vu l'embryon de ce qui sera peut-être le syndicalisme de demain avec le mouvement des pigeons en 2012/2013. Des groupes qui représentent une corporation particulière (en l’occurrence des patrons de start-up) qui maîtrisent les réseaux sociaux, qui défendent leurs intérêts, sur des métiers qui n'existaient pas il y a 30 ans. Bref des mouvements agiles, organisés et plus petits que les grandes centrales. C'est sans doute moins ambitieux, moins enthousiasmant qu'un grand projet universel pour la société. Mais ça correspond sans doute un peu plus à notre époque.

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