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Pneumatique : comment Michelin a contré la marée du low-cost

ÉDITO - Le roi du pneumatique a su rebondir grâce à un mélange d'innovation technologique et de négociation sociale.

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Pneumatique : comment Michelin a contré la marée du low-cost Crédit Image : AFP / Archives, Thierry Zoccolan | Crédit Média : RTL | Date :
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François Lenglet et Loïc Farge

On pourrait croire que l'industrie déserte la France, mais ça n'est pas vrai. Il y a des usines qui non seulement se maintiennent, mais se développent. C'est le cas chez Michelin, le champion français du pneumatique. Le cas de Roanne est exemplaire. C'est une usine qui avait été condamnée en 2014, parce que c'était l'une des moins rentables du groupe. Elle fabriquait des pneus 17 pouces, dont la production s'était peu a peu banalisée, et était très exposée à la concurrence de pays à faibles coûts salariaux comme la Roumanie. Le monde du pneu ne s'est véritablement mondialisé qu'au début des années 2000, sous l'effet du développement du marché automobile dans les pays émergents. Les leaders mondiaux, comme Michelin, ont subi la marée du low cost.

Pour la contrer, il n'y avait qu'une solution : monter en gamme, pour protéger l'activité et les emplois. C'est ce qui se fait à Roanne, qui a été reconvertie sur le haut de gamme : les pneus pour les Ferrarri, les Porsche, qui valent plusieurs centaines d'euros pièce. Michelin a investi 80 millions d'euros dans une machine révolutionnaire et ultra-productive. Avec une technologie tellement secrète que le corps de la machine est protégé de la vue de tous.

La disparition de l'emploi industriel pas inéluctable

Parallèlement, un accord de flexibilité a été négocié avec les syndicats pour faire varier de 10 à 15% le temps de travail, à la hausse comme à la baisse (y compris le dimanche), et ainsi s'ajuster aux variations de la demande, qui sont plus fortes que naguère. L'usine est sauvée parce que redevenue compétitive. Il y a bien eu des postes supprimés, mais sans licenciement. La recette, c'est un mélange d'innovation technologique et de négociation sociale.

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La disparition de l'emploi industriel n'est pas du tout inéluctable. C'est vrai que quand on regarde l'évolution des chiffres, la pente est raide. Nous avions trois millions de postes de travail dans l'industrie au début des années 1980. Il n'y en a plus qu'un peu plus de trois millions aujourd'hui. Mais c'est en grande partie dû au mouvement naturel de la productivité, c'est-à-dire qu'on produit plus avec moins de monde, grâce justement à la technologie.

La clé : la formation

Ce mouvement est aussi vieux que l'industrie elle-même. C'est lui qui a permis la hausse des salaires, la baisse du temps de travail tout au long du XXème siècle, et l'élévation du niveau de vie. Ralentir ce mouvement serait dangereux, parce que ce serait donner l'avantage à la concurrence étrangère. Pour préserver nos usines, il faut s'y adapter. La clé, c'est la formation.

Car il y a en fait un double mouvement dans l'industrie. Une baisse du nombre de postes et, parallèlement, une transformation de ces emplois, qui montent en gamme. L'implantation historique de Michelin à Clermont-Ferrand employait par exemple 30.000 salariés il y a trente ans, il n'y en a plus que 11.000 aujourd'hui, mais avec un centre de recherche flambant neuf de 3.500 personnes, qui inventent le pneu de demain.

Si le nombre de personnes employées diminue sans cesse, ne faut-il pas craindre un chômage accru ? Non, parce que parallèlement de nouveaux secteurs apparaissent en permanence, à la fois dans les technologies et les services, qui prennent le relais des activités déclinantes. Alfred Sauvy, un grand économiste, disait : "Tantale a plus de successeurs que Diogène d'héritiers". Autrement dit, ce sont les besoins toujours renouvelés des hommes qui garantissent la création d'emploi sans limites.

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2016-09-09 08:49:00
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