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Manifestation des agriculteurs : l'or vert ne fait plus recette

REPLAY - ÉDITO - Il y a dix ans, la France était le premier exportateur agricole européen. Elle est désormais dépassée par les Pays-Bas et l'Allemagne. Retour sur un "Verdun des campagnes".

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Manifestation des agriculteurs : l'or vert ne fait plus recette Crédit Image : Damien Rigondeaud | Crédit Média : RTL | Durée : | Date :
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François Lenglet et Loïc Farge

Des milliers d'agriculteurs ont convergé jeudi 3 septembre vers la capitale pour en bloquer l'accès. C'est une crise sans précédent de mémoire d'homme. Cela n'a rien à voir avec les mécontentements habituels. Tout s'explique par le démantèlement de la Politique agricole commune, la fameuse PAC de Bruxelles conçue pour développer la production européenne grâce à un prix intérieur européen stable et élevé et à des barrières douanières.

Le problème, c'est que cette PAC a tellement bien marché qu'elle a peu à peu généré des surproductions. Ses mécanismes de protection ont été désarmés. Du coup, les producteurs sont exposés aux caprices du marché mondial. Les prix fluctuent du simple au double en quelques mois. Surtout, la concurrence intra-européenne s'est intensifiée, puisqu'il n'y a plus de prix unique. 

Les vins sauvent notre balance commerciale agricole

Pendant des années, on a dit que la France était une puissance agricole de premier plan. On parlait même du "pétrole vert". Nous sommes restés premier producteur européen, mais nous perdons sans cesse des parts de marché. De premier exportateur, nous avons dégringolé en Europe derrière les Pays-Bas et l'Allemagne. Nous ne sommes plus que cinquième au plan mondial. La balance commerciale agricole est encore excédentaire, mais grâce aux vins et spiritueux.

Notre agriculture a dégringolé de la même manière que notre industrie. Elle a un grave problème de compétitivité, avec des coûts du travail trop chers pour nos produits moyen de gamme. En Allemagne, la main d'oeuvre dans les fruits et légumes c'est bien souvent des travailleurs détachés venus de l'Est. Elle coûte 5 à 6 euros de l'heure, contre 10 à 15 chez nous. 

Dans l'agriculture comme dans l'automobile, le milieu de gamme n'a pas d'avenir

François Lenglet
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De plus, nos exploitations restent de taille médiocre. Pour le prix : 200 truies par élevage en France, 500 au Danemark ou en Allemagne, et 1.000 en Espagne. On a les prix les plus chers d'Europe. Du coup, même les gros acheteurs français de porc vont s'approvisionner chez nos voisins. Cette taille insuffisante a été causée en partie par des normes environnementales. 

La circulaire Voynet-Lepensec, en janvier 1998, a renforcé les règles d'exploitation, et a fait la chasse aux cochons sans papier. Conséquence, chute de la production française. Il n'y a guère que les céréaliers qui en sortent. Ils ont vendu 40 millions de tonnes de blé en 2015 (un record) à bon prix. Une bonne conjoncture avec des prix mondiaux élevés, une bonne récolte, ça c'est le cadeau du ciel. Mais il y a aussi des exploitations modernes, productives et de grande taille. 

Rétablir la PAC d'avant ? Impossible

La France reçoit chaque année 9 milliards d'euros de Bruxelles. Mais ce sont des aides désormais déconnectées de la production. C'est une espèce de RMI agricole. Au lieu d'aider ceux qui en ont besoin, elles sont distribuées de façon uniforme. Comme d'habitude, les riches ne veulent pas payer pour les pauvres. Les syndicats agricoles ont donc aussi leur part de responsabilité.

Quant à rétablir la PAC d'avant, c'est impossible. Nos partenaires n'en veulent plus, car ils s'accommodent très bien de la mondialisation et de l'ouverture des marchés. Ils ne veulent pas de ces vieilles lunes françaises. Une seule solution : investir, moderniser, pour faire soit des produits moins chers, soit des produits de meilleure qualité.
L'agriculture, c'est comme les voitures : le milieu de gamme n'a pas d'avenir. On gagne sa vie soit en faisant des Dacia, c'est le low cost ; soit de la valeur ajoutée, ce sont les Audi.

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