3 min de lecture Transports

Transport aérien : le secteur va trop bien

ÉDITO - La croissance du trafic aérien, entre 5 et 8% par an, a des conséquences : manque de pilotes de lignes, difficultés de gestion des tours de contrôle ou encore problème de capacité des aéroports...

Lenglet - Lenglet-Co François Lenglet
>
L'Angle-éco du 02 août 2018 Crédit Image : AFP / PHILIPPE LOPEZ | Crédit Média : RTL | Date :
La page de l'émission
Eric Vagnier
Éric Vagnier et Marie Sasin

Le transport aérien est en crise... mais en crise de croissance ! Le secteur va trop bien et ça lui pose de gros problèmes. Le trafic croît de 5 à 8% par an, un peu plus de 7% l'an dernier au niveau mondial, un peu plus de 6% en France. Les prévisions des experts donnent le vertige : le nombre de passagers aériens dans le monde devrait doubler en 20 ans, le nombre d'avions tripler...


La croissance va trop vite et la logistique ne suit pas. On manque déjà de pilotes. Il y a une pénurie de commandants de bords et de co-pilotes partout dans le monde. On commence à voir très concrètement les conséquences, chez Ryanair notamment, contraint ces derniers mois d'annuler des milliers de vols, faute de pilotes dans les cockpits et toutes les compagnies sont confrontées au problème, y compris Air-France qui travaille cet été en flux tendu. Et parfois ça coince : impossible de trouver un équipage complet, il faut supprimer le vol.
 Air France recommence à embaucher des navigants techniques et même à les former directement en urgence, et à ses frais, alors que ces dernières années elle cherchait plutôt à s'en débarrasser à coup de plans de départs volontaires. Mais il faut deux ans pour apprendre le métier, il faut avoir certaines aptitudes et obtenir des tas d'habilitations. Les besoins sont énormes. Au niveau mondial, les spécialistes du secteur chiffrent à 255.000 le nombre de pilotes de lignes supplémentaires qu'il faudra trouver dans les 10 ans à venir, sinon la croissance du transport aérien sera bridée. En clair,il faudra laisser les avions au sol.

Certains pays ont déjà pris des mesures pour essayer de résoudre le problème

Le Japon a reculé de 3 ans l'âge de départ à la retraite des personnels navigants. Ils pourront maintenant piloter jusqu'à 67 ans. En Iran, les femmes pilotes sont désormais les bienvenues, ce qui aurait été inconcevable il n'y a encore pas si longtemps. En Chine, certaines compagnies proposent un salaire double aux pilotes étrangers qui acceptent de venir prendre les commandes d'un de leurs avions.

Pour revenir à Air France et au conflit salarial dans l'entreprise qui n'est toujours pas réglé, je pense que le Syndicat National des Pilotes de Ligne (SNPL) n'a pas trop de souci à se faire. Dans ce contexte de croissance et de pénurie de navigants, la direction n'aura pas d'autres choix que de faire un geste sur la  feuille de paie des pilotes.

Le problème n'est pas seulement dans les cockpits, il est aussi dans les tours de contrôle

À lire aussi
La gare du Nord paralysée (illustration) Santé
Avec les grèves, "les émotions négatives l'emportent sur les positives" prévient le docteur Ferreri

Le contrôle aérien est lui aussi en train d'être dépassé par cette croissance accélérée du trafic... En France particulièrement mais aussi ailleurs, les investissements n'ont souvent pas été suffisants pour moderniser et augmenter les capacités des centres de navigation aérienne. Un rapport sénatorial récent pointait du doigt les logiciels vieillissants utilisés par les aiguilleurs du ciel français et s'étonnait que certains travaillent encore avec des stickers qui leur servent de pense-bêtes. La réorganisation du contrôle aérien au niveau européen  pour unifier les règles et les procédures n'est toujours pas terminée : chacun continue à travailler dans son coin. Jamais, dans ces conditions, les tours de contrôles pourront absorber la multiplication du nombre d'avions au décollage et à l'atterrissage. Ou alors, si on ne fait rien, cela finira en grosse pagaille, avec des retards qui continueront à s'allonger.

Suffisamment d'aéroports ?

Même pas ! Et en France, on est bien placés pour le savoir avec Notre-Dame-des-Landes qui ne se fera pas. La plupart des projets de construction de nouvelles plates-formes aéroportuaires, quel que soit le pays, suscitent aujourd'hui de la contestation à cause des nuisances et du modèle de développement agressif contre l'environnement qu'ils représentent.

Pas toujours facile non plus d’agrandir les pistes et les aérogares existants, faute d'espaces suffisants. Pourtant, il y a urgence : sur les 100 plus grands aéroports mondiaux, 40 sont déjà saturés ou à la limite de la saturation. Alors entre les pilotes que l'on cherche désespérément, les tours de contrôle qui n'arrivent pas à suivre le rythme et les aéroports qui  étouffent, cette bonne nouvelle en soi qu'est la forte croissance du transport aérien risque rapidement de virer au casse-tête et au capharnaüm.

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Transports Avions Air France
Restez informé
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants