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Le théorème d'Helmut est remis en cause par les pratiques financières

REPLAY / ÉDITO - L'ex-chancelier allemand Helmut Schmidt, décédé le 10 novembre, laisse son nom à une maxime qui a inspiré la politique économique de l'Europe entière, et en particulier de la France.

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Le théorème d'Helmut est remis en cause par les pratiques financières Crédit Image : Damien Rigondeaud | Crédit Média : RTL | Date :
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François Lenglet et Loïc Farge

Le théorème de Schmidt, du nom de l'ancien chancelier allemand décédé mardi 10 novembre à l'âge de 96 ans - a fait couler beaucoup d'encre parce qu'il a été violemment contesté. Que dit-il ? "Les profits d'aujourd'hui sont les investissements de demain, qui sont les emplois d'après-demain". En clair, il faut faire une politique qui permette aux entreprises de faire le maximum de bénéfices. Avec ces profits elles se développeront, en construisant des usines ou en achetant des machines, ce qui finira par créer de l'emploi. Autrement dit, il ne faut pas trop augmenter les salaires et les impôts, sinon on ampute les profits et on compromet la création d'emplois.

Le théorème de Schmidt a très bien marché en Allemagne pendant les années 60, 70 et 80. Cela a été la base du miracle allemand, au point que la France a aussi fait sienne cette loi, en particulier avec Raymond Barre, le Premer ministre de Valéry Giscard d'Estaing. D'une certaine façon, le théorème inspire toujours la France. C'est la base du "pacte de responsabilité", ces aides aux entreprises décidées par François Hollande et qui sont destinées justement à faire remonter leurs marges financières pour qu'elles créent de l'embauche.

Des actionnaires plus voraces qu'avant

On ne peut pas dire que cela soit un succès, quand on voit le chômage en France. Il faut dire que quelque chose s'est déréglé dans l'économie depuis l'époque de Schmidt, à cause de la mondialisation. D'abord, les profits des grandes entreprises françaises ne sont pas forcément réinvestis en France. Ils vont là où les marchés sont dynamiques, ou bien là où les coûts du travail sont les plus faibles, pour produire moins cher.

Renault, par exemple, bien a ouvert des usines récemment, mais non plus chez nous, mais au Maroc ou en Turquie. Il y a donc beaucoup de dispersion. Ensuite, les actionnaires demandent une part des profits bien plus importante qu'avant. C'est autant en moins pour les projets des entreprises.

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Les actionnaires sont plus voraces qu'avant. C'est encore un effet de la mondialisation. Depuis les années 1990, l'argent est libre d'aller là où il veut sur la planète. Auparavant, on n'avait pas le droit de sortir son argent du pays librement. Du coup, les actionnaires ont un choix considérable pour faire leurs placements dans le monde entier. Ils mettent en concurrence toutes les entreprises. Celles-ci, pour attirer ces investisseurs, sont contraintes de leur servir une part des profits plus importante qu'avant.

Les PME fonctionnent comme à l'époque de Schmidt

C'est l'une des causes du mauvais fonctionnement du "pacte de responsabilité". Mais ces dérèglements ne frappent que les grandes entreprises, celles qui sont internationalisées et cotées sur les marchés financiers. Les PME, elles, fonctionnent encore comme à l'époque de Schmidt. Ce sont pour la quasi-totalité des entreprises familiales, dont l'actionnaire est le patron et sa famille. Elles n'ont donc pas à rémunérer l'actionnaire de façon importante. Le patron préfère développer sa boîte plutôt que de toucher des dividendes.

Pour ces PME, l'augmentation des profits a une vraie chance de se transformer en emplois. Le théorème de Schmidt n'est donc pas mort. Il est possible que notre "pacte de responsabilité" finisse par produire des effets sur les PME, qui sont les principales pourvoyeuses d'emploi en France.

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