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La tentation d'une sortie de crise à Air France

ÉDITO - Une colère froide du PDG démissionnaire de la compagnie aérienne et une intersyndicale qui veut continuer à négocier (mais sans personne en face) : Air France est plus que jamais clouée sur le tarmac.

Christian Menanteau Eco Menanteau Christian Menanteau
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La tentation d'une sortie de crise à Air France Crédit Image : AFP / PHILIPPE LOPEZ | Crédit Média : RTLnet | Date :
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Martial You
Martial You et Loïc Farge

Comme au bon vieux temps de l'Aéropostale, patrons sur le départ et intersyndicale s'envoient des lettres qu'ils font fuiter dans la presse. Sauf qu'on est très loin du Vol de nuit de Saint-Exupéry ! Jean-Marc Janaillac a voulu répondre au syndicat de pilotes Snpl qui l’accusait d'être la "marionnette" du gouvernement.

On sent le PDG démissionnaire touché dans son amour propre. Il accuse les syndicats d'avoir menti aux salariés, d'avoir joué le pourrissement et d'être responsables de la crise actuelle. L'intersyndicale, toujours unie, a publié un communiqué à l'issue de la dernière grève pour dire que la balle était dans le camp de la direction, que les syndicats voulaient continuer à négocier sans attendre un nouveau PDG, mais sans lancer de nouvelle appel à la grève.

La réalité, c'est que la démission de Jean-Marc Janaillac a eu un effet "blast" pour tous les protagonistes. Aujourd'hui, la situation est bloquée au minimum jusqu'à l’assemblée générale du groupe, mardi 15 mai, où le départ du PDG sera effectif.

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Le "non" au référendum n'avait pas été anticipé

Ce sont les pilotes (et surtout le Snpl) qui provoquent le blocage et qui "emmènent la compagnie dans le mur", comme l'a encore dit Laurent Berger (CFDT) mardi 7 mai sur RTL ? C'est beaucoup plus compliqué que ça. On se retrouve dans une situation ubuesque où le chef de file des pilotes, Philippe Évain, regrette sur notre antenne, la veille, le départ du PDG qu'il a lui-même contribué à évincer.

Alors c'est vrai - et les syndicats ont raison -, personne n'avait demandé à Jean-Marc Janaillac de mettre sa tête dans la balance. Certainement pas les syndicats. Certainement pas la direction. Et certainement pas le gouvernement. Mais les faits sont là. Et la situation est aujourd'hui bloquée pour plusieurs semaines.

Mais attention, la responsabilité est à mettre du côté de la direction aussi. Soyons honnêtes d'ailleurs : quand on parle avec la direction et avec les syndicats, hors micro, tout le monde croyait que le "oui" l'emporterait au référendum. Le "non" n'avait pas été anticipé.

Une colère de classe

Cela révèle qu'il y avait une arrogance du côté de la direction : l'erreur de penser que le personnel au sol ne se reconnaîtrait pas dans le combat des pilotes. C'était oublier le sentiment d'humiliation ressenti par tout le personnel au sol, qui a fait des efforts au cours des dix dernières années, qui travaille en horaires décalés dans des conditions difficiles et qui s'est senti humilié quand on leur a dit qu'ils toucheraient 15 euros de plus par mois.

Le référendum n'était pas contre Jean-Marc Janaillac, mais il cristallisait une colère plus profonde. Une colère de classe : la colère de ceux qui ont le sentiment que la croissance n'est pas pour eux. Et il est possible que ce sentiment-là soit ressenti ailleurs qu'à Air France, et particulièrement dans la France d'Emmanuel Macron.

Peut-on imaginer purger cette rancœur ? Peut-être, mais pas complètement. Maintenant, il y a un sentiment d'urgence. Il faut sortir de la crise. Les syndicats sont sans doute prêts à accepter une hausse des salaires légèrement supérieure à 2%, mais en-dessous des 6% qu'ils réclamaient.

Turbulences

Ils doivent aussi maintenir leur unité dans le temps. Ce n'est pas simple. Lundi, le Snpl a proposé qu'on engage des discussions uniquement sur des primes pour les pilotes. Le Snpl peut redevenir purement catégoriel. Et puis, il faut un interlocuteur.

Les syndicats font semblant de croire que le directeur général d'Air France, Franck Terner, ou le DRH, Gilles Gateau, pourraient poursuivre les discussions. Mais il est évident que ces deux personnes font partie de l'équipe Janaillac et n'auront pas de mandat pour signer.

PNC aux portes, armement des toboggans. Un avion est une cage de Faraday, comme on dit : il continue à voler même quand il est frappé par la foudre. Mais ça n'empêche pas les turbulences.

Le plus

Tapis rouge et billet vert. Le Festival de Cannes rapporte 197 millions de retombées économiques, selon les calculs du Palais des Festivals. C'est 10% à 15% du chiffre d'affaires annuel de certains grands hôtels de la Croisette.

La note du jour

7/20 à Audi (et ça pourrait encore baisser dans les prochains jours). Le constructeur allemand a admis qu'il y avait des irrégularités sur la pollution des moteurs diesel de 60.000 véhicules dans le monde, des grosses berline A6 et A7.

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