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La BCE met la pression sur les banques grecques

La BCE a annoncé mercredi soir qu'elle suspendait un régime de faveur accordé jusqu'ici aux banques grecques.

Ll'euro a atteint 1,0988 dollar, son niveau le plus faible depuis début septembre 2003 (illustration)
Ll'euro a atteint 1,0988 dollar, son niveau le plus faible depuis début septembre 2003 (illustration) Crédit : DANIEL ROLAND / AFP
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et AFP

Alors que le nouveau gouvernement grec tente de se faire une place au sein de l'Europe, la BCE a mis le couteau sous la gorge d'Athènes mercredi soir 4 février en privant les banques grecques d'un important canal de financement.

Le ministère grec des Finances a tempéré la portée de la décision de l'institution monétaire de Francfort, en assurant peu après qu'elle n'avait "pas de répercussions négatives" sur le secteur financier du pays qui reste "totalement protégé" grâce aux autres canaux de liquidités toujours disponibles.

Une décision qui contraint l'Europe à s'entendre sur la situation grecque

Cette décision de la BCE, ajoute le ministère dans un communiqué, "met la pression sur l'Eurogroupe (la réunion des ministres de Finances de la zone euro, ndlr) pour progresser rapidement vers la conclusion entre la Grèce et ses partenaires d'un accord qui bénéficie à chacun" sur l'avenir de la dette grecque et des réformes économiques du pays.

La BCE a annoncé qu'elle suspendait un régime de faveur accordé jusqu'ici aux banques grecques, qui leur permettait d'emprunter de l'argent auprès de la BCE avec des garanties inférieures à ce qu'elle exige habituellement.

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Le communiqué de la BCE a fait l'effet d'une bombe sur les marchés financiers, l'euro chutant nettement à son annonce.

Tsipras veut renégocier la dette grecque

Mercredi encore, le ministre grec des Finances Yanis Varoufakis était venu en personne à Francfort demander à Mario Draghi, président de la BCE, de quoi "garder la tête hors de l'eau" le temps de s'entendre avec ses partenaires européens.

La nouvelle équipe aux manettes à Athènes, menée par le chef du parti de la gauche radicale Syriza, Alexis Tsipras, veut renégocier sa dette de plus de 300 milliards d'euros et mettre fin à la cure de rigueur imposée par ses partenaires en échange de leur aideAlexis Tsipras et son ministre des Finances sont depuis dimanche en tournée européenne pour rallier les soutiens et expliquer leurs vues.

"Pas d'effacement de la dette" pour Merkel

Yanis Varoufakis sera reçu ce jeudi 5 février par le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble, l'un des plus fervents défenseurs de la rigueur budgétaire en Europe. Ce devrait être la dernière étape de cette opération séduction déjà pas très bien engagée, et à laquelle la BCE vient de porter un sacré coup.

"Sur le fond", les autres Européens ont campé sur leurs positions, a estimé mercredi la chancelière allemande Angela Merkel. Ils ne veulent pas d'effacement de la dette, et veulent qu'Athènes continue ses réformes structurelles.

Draghi reste intraitable

A Paris où il a reçu mercredi le Premier ministre grec, le président français François Hollande a prôné "deux principes" : la "solidarité" mais aussi le "respect (...) des règles européennes qui s'imposent à tous". Et à Bruxelles le président du Conseil européen Donald Tusk a laissé entrevoir "des efforts acharnés" pour parvenir à une solution.

Mario Draghi n'était visiblement pas enclin à se montrer plus accommodant. Il a demandé mercredi à Yanis Varoufakis de "négocier rapidement et de manière constructive" avec ses partenaires de l'Eurogroupe afin d'assurer "la stabilité financière" de la Grèce, selon une source à la BCE.

Joignant le geste à la parole, le conseil des gouverneurs réuni mercredi après-midi a décidé d'augmenter la pression sur Athènes. La disposition qu'il suspend permettait aux banques grecques de financer des achats d'obligations grecques, et donc à l’État grec de lever de l'argent. Elle était conditionnée au programme d'aide dont bénéfice Athènes, et ce encore jusqu'à février.

Les banques grecques pas à sec

Mais "il n'est pas possible à l'heure actuelle d'anticiper une issue positive" du programme d'aide, écrit la BCE dans son communiqué. En d'autres termes, il lui faut de la clarté sur le devenir du programme - les réformes lancées vont-elles êtres menées à bien ? Que se passera-t-il après fin février ? - avant de rouvrir ce robinet.

L'institution ne laisse pas les banques grecques complètement à sec : d'une part, elles pourront toujours apporter en garantie à la BCE d'autres actifs que de la dette publique grecque ; d'autre part, elles pourront bénéficier d'un mécanisme d'urgence, appelé ELA, qui leur permet de recevoir des fonds de la Banque de Grèce en cas de crise de liquidité.

Un plan de réformes sur quatre ans

Le coup de semonce de la BCE survient alors qu'Alexis Tsipras s'est dit mercredi à Bruxelles "très optimiste" sur la possibilité de "trouver une solution viable pour notre avenir".

Il a proposé un plan de réformes et de financement sur quatre ans (2015-2018), a indiqué une source gouvernementale à Athènes. Ce plan comprend un programme "radical" en matière de lutte contre la corruption et la fraude fiscale, couplé à un allègement des obligations budgétaires de la Grèce, a ajouté cette source.

Plusieurs dirigeants européens ont réclamé des mesures contre la corruption et le clientélisme, parmi eux le président du Parlement européen Martin Schulz ou encore le vice-chancelier du gouvernement allemand et ministre de l’Économie, Sigmar Gabriel.

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