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Jean-Claude Trichet : "L'euro est une monnaie crédible qui n'est pas en crise"

Le président de la Banque centrale européenne (BCE) répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie vendredi matin. Jean-Claude Trichet a affirmé que l'euro était "crédible" et n'était pas "en crise en tant que monnaie", au lendemain du conseil des gouverneurs de la BCE, qui a prolongé ses mesures exceptionnelles. Il demande aux pays de la Zone euro de "respecter leurs engagements". Comme on lui demandait si les mesures de rigueur nécessaires pour repousser la crise risquaient d'entraîner les pays membres dans une phase de récession, il a répondu : "Je ne le pense pas".

Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne, sur RTL le 3 décembre 2010
Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne, sur RTL le 3 décembre 2010 Crédit : La rédaction de RTL
Jean-Michel Aphatie et La rédaction numérique de RTL

Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Jean-Claude Trichet.

Jean-Claude Trichet : Bonjour

Vous avez présidé, hier, à Francfort la réunion du Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne ; vous avez décidé à cette occasion la prolongation des mesures exceptionnelles de soutien et d'aide des Etats et des banques de la Zone euro que vous pratiquez depuis le début de la crise ; et hier après midi, les bourses européennes étaient toutes orientées à la hausse, tandis que l'euro lui-même remontait sur les marchés des changes.Pensez-vous, Jean-Claude Trichet, que la crise de confiance que nous avons constatée dans la zone EURO, ces derniers jours, est en train de se dissiper ?

Je crois qu'il faut bien voir que nous avons une monnaie qui est crédible. Donc, il n'y a pas une crise de l'euro en tant que monnaie. On a des problèmes d'instabilité financière qui sont dus à une crise budgétaire dans certains pays européens.

Mais pour reprendre votre question, hier nous avons, en effet, décidé de continuer à alimenter en liquidités sur des durées de... une semaine, un mois et trois mois de manière illimitée l'économie européenne. Nous avons considéré que c'était approprié compte tenu de ce que nous observons précisément ; et l'idée est d'arriver à avoir la meilleure transmission possible de nos taux d'intérêt, de notre politique monétaire. Nous avons laissé les taux d'intérêt au niveau qui était celui que nous avions avant la réunion : 1% ; et nous pensons que c'est ce qu'il faut pour continuer à donner à nos concitoyens - ils sont 330 millions dont les Français - à leur donner la stabilité des prix qui est notre mandat.

Donc, l'euro est crédible, dites-vous, le problème c'est un problème de budget dans certains pays. Justement, certains experts préconisent que plutôt que d'attendre comme l'a fait le gouvernement irlandais - le gouvernement portugais, par exemple - devrait faire appel très vite aux fonds de solidarité européens pour l'aider à gérer le remboursement de ses emprunts. Quand vous entendez cela, que répondez-vous, Jean-Claude Trichet ?
   
Nous avons le même message pour tous les pays européens, sans aucune exception, bien entendu pour le Portugal comme pour les autres pays, ceux qui ont un programme, notamment avec le FMI, avec la commission en liaison avec la Banque centrale européenne, et pour tous les autres, nous leur disons : prenez toutes les mesures qui permettent de rendre totalement crédibles les objectifs que vous avez pour l'année prochaine. C'est  très important pour votre propre stabilité, à long terme et à moyen terme pour la croissance, pour la création d'emplois. C'est aussi très important, évidemment pour la confiance et notamment pour la confiance des investisseurs et des épargnants. Même message pour tous.

Le Portugal a pris suffisamment de mesures ?

Même message pour tous...

Même message pour tous !!!

Et encouragement permanent.

Quand on lit la presse, on voit bien que l'inquiétude est toujours là, pays par pays. "Le Figaro" de mercredi : "L'Italie risque la contagion" ; "Le Monde" d'hier : "L'Espagne sous la pression des marchés", "L'italie, la prochaine cible". On a l'impression que ça n'en finit pas, Jean-Claude Trichet, et que votre discours, dont on comprend la logique, il faut rassurer les opérateurs sur les marchés...

Non ! Il ne faut pas rassurer les opérateurs sur les marchés...

Votre discours ne parvient pas tout à fait à les rassurer ?!...

Il faut prendre des décisions et les décisions qui sont nécessaires ; et nous avons toujours eu le même discours. Peut-être vous souvenez-vous qu'en 2004, 2005, la France, l'Allemagne, l'Italie disaient le pacte de stabilité de croissance qui est précisément ce qui devait permettre de surveiller les politiques budgétaires des différents pays, ils se sont mis à dire : c'est un pacte stupide. D'autres voix l'ont dit, la commission  en particulier, et les Français, les Allemands, les Italiens disaient : "Il faut formidablement affaiblir le pacte". Nous disions : "Non, il ne faut pas affaiblir le pacte de stabilité". Nous avons une monnaie unique. Nous n'avons pas une fédération budgétaire ou une fédération politique, il faut absolument avoir une surveillance très, très attentive des politiques budgétaires.
   
C'est vous qui aviez raison ! C'est ce que vous voulez dire aujourd'hui, instruit par l'expérience ?

C'est vous qui le dites, monsieur Aphatie.

Mais c'est ce que vous suggérez !

Oui, je pense que les leçons de la difficulté dans laquelle nous sommes qui d'ailleurs, vient évidemment de la crise mondiale d'abord ; mais ça révèle des faiblesses et là, effectivement, nous avons toujours été sur la même ligne à la Banque centrale européenne. Nous ne sommes pas responsables des politiques budgétaires ;  bien entendu ! Nous sommes responsables de la stabilité des prix ; nous avons fait moins de 2% de hausse des prix sur douze ans depuis la création de l'euro. Le résultat en France et en Allemagne pour prendre ces deux pays, est meilleur que tout ce que nous avions observé au cours des cinquante dernières années.

Donc, nous avons un mandat, nous avons 330 millions de concitoyens qui nous disent : donnez-nous la stabilité des prix. Ce qui - entre parenthèses - est essentiel pour les plus pauvres et les plus démunis d'entre nous ; et nous avons donné, en effet, la stabilité des prix, exactement dans les conditions qui nous étaient demandées.

Pour respecter le pacte monétaire et pour faire en sorte que l'euro demeure une monnaie crédible, tous les Etats donc - personne n'y coupera, la France non plus - devront inaugurer ce que l'on appelle une politique de rigueur. Et ceci risque de comprimer la croissance, et peut-être de nous faire entrer dans une phase de récession ?

Je ne crois pas. D'abord, elles sont toutes engagées à poursuivre des politiques de sagesse budgétaire et de sens commun parce que l'idée de dépenser aujourd'hui, à grands guides, pour demander à nos enfants et à nos petits-enfants de rembourser, n'a pas de sens. Aucun ménage ne ferait ça. Les pays ne doivent pas le faire, c'est le bon sens.

Mais est-ce qu'on risque la récession ?

C'est vrai que nous sommes dans des circonstances qui sont difficiles à cause de la crise mondiale. Mais il est vrai aussi que lorsque l'on mène ces politiques budgétaires de sagesse et de sens commun que j'indique, et auxquelles tous les pays se sont engagés, ce qu'on leur demande c'est de respecter leurs engagements. Eh bien, on renforce la confiance, on renforce la confiance de nos concitoyens, des Français et de tous les autres pays de la Zone euro qui s'ils n'ont pas confiance, ne consommeront et n'investiront pas eux-mêmes. On renforce la confiance des entreprises, on renforce la confiance des investisseurs et des épargnants, ce qui est bon pour la croissance. Donc la sagesse et le sens commun que j'évoquais c'est bon pour la croissance et la création d'emplois.

Lors de son discours de Politique générale, la semaine dernière, le Premier ministre a dit : "Nous respecterons les engagements de réduction des déficits, et nous n'augmenterons pas les impôts". Les deux sont possibles, Jean-Claude Trichet ?

Si on diminue suffisamment les dépenses, et notamment les dépenses improductives. Mais ce qui compte c'est le résultat.

Une critique vous a été faite ce matin ; vous ne l'avez peut-être pas vue ? C'est l'ancien Président de la République, Valéry Giscard d'Estaing, qui dit dans "Le Parisien", ce matin : "Il serait temps que la Banque centrale européenne cesse de prêter  de l'argent à 1% comme c'est le cas depuis la crise des subprimes américains".

Oui, écoutez, ce que je peux dire, c'est que le Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne a considéré que le taux de 1% que nous pratiquons en ce moment, était approprié. Ceci dit...

Donc le Président Giscard d'Estaing n'a pas raison ?

Ceci dit, les critiques qui nous viennent sous cet angle-là me font plaisir si je puis dire parce que je suis plus habitué aux critiques perpétuelles, disons, que nous sommes trop orthodoxes et qu'il faut que nous baissions les taux. Donc, j'apprécie cette critique.

Votre homologue allemand... Enfin, pas votre homologue allemand, mais du moins Axel Weber qui dirige la Banque centrale en Allemagne, a fait un passage remarqué, la semaine dernière, à Paris. On le présente souvent comme votre successeur. Ce serait un bon successeur, Jean-Claude Trichet ?

Je n'ai pas de commentaire. Je n'ai pas de commentaire. Ce sont les Chefs d'Etat et de gouvernement qui décident.

Votre mandat se termine l'année prochaine, c'est pour ça que je posais la question ?

Oui-oui, oui.

Donc, votre succession est un peu dans toutes les têtes !

J'ai encore onze mois.

Onze mois devant vous. Jean-Claude Trichet sur RTL, ce matin. Bonne journée.

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