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Geoffroy Roux de Bézieux : "On peut encore trouver un boulot en France"

Geoffroy Roux de Bézieux, président de l'Unedic, était l'invité de RTL vendredi matin. Alors que François Fillon vient d'annoncer que l'activité en France serait moins importante en 2009 qu'on ne le prévoyait en début d'année, comment empêcher dans ces conditions l'augmentation du chômage ?

Micro RTL générique
Colas Bedoy

Bonjour Geoffroy Roux de Bézieux.

Bonjour Jean Michel Aphatie

L'UNEDIC que vous présidez prévoyait de 375 à 450.000 le nombre de chômeurs supplémentaires en France, dans l'hypothèse où le Produit Intérieur Brut se rétracterait de 1,5%. Mercredi, le Premier ministre a convenu que la chute du PIB en France serait plus importante que celle qui était attendue. Il la situe maintenant à 2,5%. Ceci va-t-il amener l'UNEDIC, Geoffroy Roux de Bézieux, à revoir à la hausse sa prévision de chômage pour l'année 2009 ?

Oui sûrement, je ne vais pas vous annoncer un chiffre, aujourd'hui, parce qu'on va attendre que ces prévisions se stabilisent. Le Premier ministre a parlé de moins 2,5 ; il y a des Economistes qui vont plus loin ; d'autres qui sont un peu plus optimistes. Donc, on fera ça le 26 mai. Mais il est probable que le chiffre qu'on avait annoncé d'un peu plus de 400.000 chômeurs sera revu -malheureusement- à la hausse.

Depuis le début de l'année, le chômage augmente de 80 à 90.000 personnes par mois. On est sur une pente de 1 million de chômeurs par an, en France aujourd'hui !

Alors, on est sur une pente d'un million mais il est difficile de donner ce chiffre, enfin du moins de prévoir ce chiffre parce que les chefs d'entreprise ont réagi très vite. Il y a aujourd'hui une espèce de période de glaciation des investissements, des embauches ; et je pense que ça peut repartir dans l'autre sens assez vite dès qu'il y aura les premiers signes de confiance. Donc, dire qu'on va avoir un million de chômeurs aujourd'hui, je crois que c'est prématuré. Il faut dire aussi une chose c'est que ce 80.000 chômeurs de février, c'est un solde ; c'est-à-dire qu'il y a eu 500.000 personnes qui se sont inscrites à Pole Emploi ; mais il y a aussi 420.000 personnes qui en sont sorties, qui ont trouvé des contrats, alors quelquefois des contrats d'Intérim.

On crée des emplois en France encore ?

On crée des emplois. Les intentions d'embauche aujourd'hui, c'est un peu moins d'un million d'embauches en France. Je crois qu'il faut le dire aux Français ; c'est-à-dire que : oui, il y a la crise ; oui, il y a des gens qui sont au chômage ; oui, c'est dur pour tout le monde ; mais on peut encore trouver un boulot. Il y a des régions qui embauchent, il y a des entreprises qui embauchent, il y a des secteurs qui embauchent. Donc, tout n'est pas aussi noir, peut-être, que ce qu'on entend.

On crée de l'emploi en France aujourd'hui ; mais on en détruit plus que l'on en crée ?

Malheureusement, on en détruit plus que l'on en crée. Les premières victimes, les gens qui s'inscrivent aujourd'hui à Pole Emploi, c'est essentiellement : c'est pas les licenciés économiques qui font la UNE de l'actualité en nombre (Ca fait à peu près 10 % des chômeurs), ce sont les fins de CDD, ce sont l'Intérim et ce sont les Jeunes.

On attend pour le début de la semaine prochaine, le chiffre du chômage de mars. Vous le connaissez Geoffroy Roux de Bézieux ?

Ecoutez, je ne le connais pas. Et si je le connaissais, je ne vous le donnerais pas.

Mais si vous ne le connaissez pas, vous ne pouvez pas le donner.

Mais il n'est pas bon. On voit au quotidien l'UNEDIC, les gens qui s'inscrivent, il sera dans le même ordre de grandeur que les chiffres précédents. On ne peut pas attendre  d'amélioration avant l'été. Donc, on sera sur ce rythme-là jusqu'à l'été. Ce qui est difficile à prévoir aujourd'hui, c'est ce qui va se passer quand on va rentrer dans les comparables d'octobre puisque la récession a vraiment commencé en octobre. Les chiffres négatifs, c'est octobre, novembre, décembre après Lehmann Brothers ; et là  il n'est pas impossible que l'activité se redresse et que l'emploi commence à se stabiliser.

Vous êtes chef d'entreprise, Geoffroy Roux de Bézieux, vous êtes membre du MEDEF. On sait, on voit, on entend le climat social, les tensions qui existent. On apprend, ce matin, que les dirigeants de Caterpillar -4 dirigeants- qui ont été séquestrés par leurs salariés à Grenoble, portent plainte contre X. Ont-ils raison d'en appeler à la Justice ou bien cela ne risque-t-il pas de tendre encore le climat social ?

Non, je pense qu'ils ont raison. Il faut dire deux choses. D'une part, on comprend l'extraordinaire détresse des salariés, notamment des salariés du groupe industriel dans des petites villes comme à Clairoix où ils savent, si vous voulez, qu'il sera très difficile de retrouver le même emploi au même endroit. Mais de l'autre, rien n'excuse jamais la violence parce qu'on commence par des séquestrations et puis ça finit : on tire sur George Besse ... C'était, il y a pas si longtemps que ça. Donc, je crois qu'il ne faut pas encourager ces actes de violence, il faut les dénoncer.

Et en appeler à la Justice, c'est une chose qui vous paraît nécessaire ?

Oui, parce que je crois que c'est normal dans tous les sens. De la même façon, si vous voulez, quand il y a un patron qui délocalise sauvagement et qui ne respecte pas les procédures, les syndicats -et ils ont raison de le faire - en appellent  à la Justice. Il faut qu'on reste dans un cadre de Justice et ne pas les laisser déborder la violence.

Vous faites partie du groupe  au sein du MEDEF, Geoffroy Roux de Bézieux, qui réfléchit à la meilleure façon d'encadrer les rémunérations des Chefs d'entreprise parce que tous les jours, on en apprend, et tous les jours ça crée des petits scandales. Dans le journal, "Les Echos", ce matin, Alain Juppé, l'ancien Premier ministre, dit ceci : "Soit les organisations patronales adoptent une charte de déontologie sur cette question et une charte assortie de sanctions ; soit il faudra en passer par la Loi pour encadrer la rémunération des chefs d'entreprise".

Ecoutez, là il faut dire deux choses. Il y a une charte qui s'appelle le Code Ethique.  On peut l'améliorer, on peut le préciser, il y a des choses qui ne sont pas tout à fait complètement blindées aujourd'hui ...

Une charte qui n'est pas respectée !

Mais elle n'est pas complètement respectée. Il y a eu deux cas qui ont défrayé l'actualité. Mais on ne parle pas de tous ceux qui la respectent. Et tous ceux qui la respectent, c'est M.Agon, président de l'Oréal qui renonce à ses Stock Options ; c'est M. Dinin, président de Nexity qui renonce à tous ses bonus de Stock Options. Donc, il y a la majorité des patrons qui la respectent et quelques individus comme le Code de la Route qui dépassent la limite. Alors, on ne peut pas sanctionner. Nous, on n'est pas un Ordre professionnel. Par contre, je pense qu'in fine, si vous voulez s'il y a une loi, et peut-être que l'Etat passera par la Loi, ça ne changera rien. C'est une affaire de responsabilités individuelles.

Pourquoi ça ne changera rien. Si on ne respecte pas la loi, on sera sanctionné !

Oui mais parce qu'il y aura toujours quelque part un moyen, c'est comme si vous voulez encore  le code de la route, il y aura toujours un moyen pour quelqu'un qui n'a pas d'éthique personnelle, de contourner cette Loi. L'économie de marché, c'est liberté et responsabilité. Et moi j'en appelle à tous les patrons, en disant dans ce moment de crise, c'est le moment d'être solidaires et de bannir tous ces comportements.

Ils peuvent entendre ce discours, à votre avis, les chefs d'entreprise ; ou ils sont trop égoïstes pour l'entendre ?

Ecoutez, vous savez il y a comme dans toutes les catégories, vous avez 95 % de gens honnêtes et vous avez 5% ou 3% ou 1% de voyous. C'est comme chez les syndicalistes, c'est comme même peut-être chez les journalistes, je n'en sais rien.

Tous sont honnêtes !

Tous sont honnêtes. C'est une exception, alors. Et donc, oui. Alors évidemment la différence, si vous voulez, c'est que c'est médiatisé et que moi ce que je crois fondamentalement, c'est que quand on est patron, quand on gagne beaucoup d'argent, on a un devoir d'exemplarité. Et là, effectivement, il y a des gens qui n'ont pas ce sentiment là ; mais ils sont une minorité. Alors, effectivement, ils font la UNE des média.

Je citais Alain Juppé qui souhaitait que le MEDEF assortisse ses recommandations de possibles sanctions ...

On ne peut pas légalement.

Mais c'est aussi ce que vous demande, je crois, Christine Lagarde. Donc, il y a un bras-de-fer aujourd'hui entre le MEDEF et le gouvernement ?

Non, Christine Lagarde nous demande de faire un comité des Sages qui va être créé ; c'est pas facile de trouver des personnalités qui acceptent d'être dans ce comité des Sages ; mais ce comité des Sages va dire quoi ? Il va dire : Monsieur Morin -Valéo- ne devrait pas prendre ce parachute doré ; mais il n'a pas le pouvoir légal  de sanctionner. C'est aux actionnaires de dire "non, cette indemnité  n'est pas justifiée". Donc, on n'est pas un ordre professionnel au MEDEF. Ce n'est pas comme ça que la France fonctionne.

Donc, vous dites, Geoffroy Roux de Bézieux, au gouvernement : Prenez vos responsabilités si vous voulez qu'il y ait des sanctions !

Et je pense que ça sera contre-productif.

D'accord. Le Premier ministre a dit : on va taxer de manière confiscatoires les retraites-chapeaux. Il a raison ?

Écoutez, moi je suis CONTRE les retraites-chapeaux. Je ne vois pas pourquoi une entreprise paierait pendant des années et des années une retraite à son ancien dirigeant. Donc, par principe, je suis CONTRE ...

Vous n'êtes pas nombreux au MEDEF à le dire !

Ecoutez, plus que vous croyez, à mon avis. Plus que vous croyez. Si l'Etat veut taxer ... de toute façon, il faudra augmenter les impôts, un jour ou l'autre. Donc, pourquoi pas ça !

Eh bien alors ! Que des bonnes nouvelles, ce matin !Geoffroy Roux de Bézieux qui nous a dit aussi que le chômage allait augmenter. Ce n'est pas une surprise, mais enfin voilà ! Il était l'invité d'RTL ce matin. Bonne journée.

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Geoffroy Roux de Bézieux, président de l'Unedic, était l'invité de RTL vendredi matin. Alors que François Fillon vient d'annoncer que l'activité en France serait moins importante en 2009 qu'on ne le prévoyait en début d'année, comment empêcher dans ces conditions l'augmentation du chômage ?
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2009-04-24 07:27:00